Au Musée de l’Orangerie — L’empathie esthétique 🟨 de David Hockney

L’empathie, selon l’usage courant, consiste à se mettre à la place de l’autre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Au début du vingtième siècle, l’empathie désignait la projection de nos émotions dans une œuvre d’art ou dans la contemplation de la nature : observer le sommet majestueux d’une montagne, la frondaison d’un arbre, ou les voûtes d’une cathédrale gothique.

Au Musée de l’Orangerie — L’empathie esthétique 🟨 de David Hockney par Sylvie Gendreau, fondatrice du Laboratoire créatif et des Cahiers de l’imaginaire

L’empathie esthétique

Vous connaissez ?

L’empathie était, à cette époque, considérée d’un point de vue esthétique. L’empathie esthétique est possible parce que notre cerveau produit alors des images kinesthésiques, traduisant des mouvements et des émotions.

L’empathie esthétique pour apprécier une œuvre d’art.

C’est cette forme d’empathie qui, entre autres, contribua au développement de l’appréciation esthétique de la danse moderne.

Durant cette période, les figures imposées de la danse classique cédèrent le pas aux motifs et aux chorégraphies abstraites de la danse moderne (Martha Graham, Doris Humphrey, Helen Tamiris). Dans la salle, le spectateur se transposait mentalement dans les mouvements qu’effectuaient les danseurs. Une association émotionnelle s’établissait avec les intentions sous-jacentes aux mouvements.


Comment le concept d’empathie s’est transformé ?

Après la deuxième guerre mondiale, le concept d’empathie s’est transformé. Désormais, il peut est défini par l’expression « se mettre à la place de l'autre ». Pour ce faire, il faut toutefois mettre de côté nos propres émotions de manière à prendre la pleine mesure des émotions d’autrui. En cela, la notion contemporaine d’empathie place ce concept à l’extrême opposé de ce qu’il signifiait au début du vingtième siècle : il ne s’agit plus de projeter nos affects vers l’extérieur, mais de tenter au contraire d’en faire faire abstraction.

L’empathie esthétique comme une contemplation désintéressée !

L’empathie esthétique revisitée est similaire à une contemplation désintéressée. Elle est très différente de l’esthétique kinesthésique du vingtième siècle, mais les deux formes d’empathie esthétiques reposent sur la capacité qu’a notre imagination à apprécier autrui et le monde qui nous entoure.

David Hockney au Musée de l’Orangerie

À Paris, le Musée de l’Orangerie organise jusqu’en février 2022 une exposition du peintre David Hockney. La maison du peintre, son jardin et la campagne environnante deviennent ses motifs de prédilection, peints sur iPad. Une technique qu’il utilise depuis plus de dix ans. La technique lui permet une saisie rapide et précise. À la manière des impressionnistes, il capture les effets de lumière et les changements climatiques avec dextérité selon toutefois une palette vive et lumineuse, des compositions en aplats juxtaposés aux accents pop.

En interview, Hockney rappelle qu’il appartient à la vieille école. Il a appris à dessiner à la dure. À la base de toute technique de dessin repose l’observation minutieuse et attentive de ce que nous observons. Cela suppose une empathie esthétique poussée qui consiste à prendre le temps, beaucoup de temps, à observer le monde qui nous entoure, tel qu’il est. Une discipline, affirme-t-il, qui en voie d’extinction.

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Contemplation désintéressée


Référence :

Lanzoni, Susan. Empathy is, at heart, an aesthetic appreciation of the other. Psyche Ideas, 2021.

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