Nikola Tesla, l'homme derrière les inventions

Mohamed-Amin Ben Lassoued (génie mécanique) et Alexandre Labelle (génie industriel), doctorants à l'École Polytechnique de Montréal.

Mohamed-Amin Ben Lassoued (génie mécanique) et Alexandre Labelle (génie industriel), doctorants à l'École Polytechnique de Montréal.

par Alexandre Labelle et Mohamed-Amin Ben Lassoued, doctorants à l'École Polytechnique de Montréal 

Il est peu probable de trouver un ingénieur ou un scientifique qui ne connaît pas Nikola Tesla. Au même titre que Da Vinci ou Einstein, il fait partie de ces génies qui ont marqué l’histoire de l’humanité avec leurs nombreuses innovations et inventions. L'hommage le plus récent lui a été rendu par l'innovante compagnie qui fabrique des voitures électriques et des batteries. En prenant son nom, cette marque l'a propulsé d’un innovateur connu des néophytes à une figure de l’ingénierie et du génie désormais connu du grand public.

Cette popularité accentue le mérite que l’on donne à Tesla. Il est certes difficile de trier le vrai du faux de toutes les histoires et anecdotes que l’on raconte sur l’innovateur. Mais si l'on prend le temps de lire ses écrits, on peut découvrir les processus qui le rendaient si créatif.

Tesla avait la réputation d’être idéaliste ; il croyait certes en un avenir commun pour toute l’humanité, mais il croyait aussi en toutes ses idées. En 1888 et 1989, ses années les plus prolifiques, il publia un nombre phénoménal de brevets. Il est difficile de croire que tous ces 13 brevets étaient révolutionnaires ou même pertinents, mais nous pouvons en déduire qu’il poursuivait la moindre de ses idées jusqu’au bout. C’est une compétence que nous devrions tous acquérir pour avoir une carrière florissante, sachant qu'une idée moyenne peut conduire à une idée innovante si elle est bien développée.

Tesla est connu pour sa mémoire exceptionnelle et son imagination hors du commun. Quand il avait une idée, il lui suffisait de s'asseoir sur un banc et de fermer les yeux. Il concevait dans son esprit les machines les plus complexes, liant l’électromagnétisme à la mécanique. Ce pouvoir paraît inaccessible à la plupart d'entre nous. Pourtant, il n’en est rien, Tesla a éduqué son esprit à lui rendre de tels services. Cette habileté est le résultat d'un stade avancé de méditation certes acquise après des années de pratique, mais qui reste à la portée de tous ceux qui osent s’y aventurer [2].

Tesla avait aussi un esprit ouvert, il ne passait pas toutes ces journées enfermé dans son laboratoire ; il se promenait beaucoup, il a d'ailleurs eu l’idée d’une de ses plus grandes découvertes, le moteur alternatif, en marchant [3].

Bien que ses inventions aient été avant-gardistes pour son époque, son processus créatif peut être décrit de manière très classique.  Comportant 4 phases, il est présenté ci-dessous à l’aide d’extraits de plusieurs publications portant sur sa vie :

La première phase, s’apparente plus à un état initial – un état d’esprit – qui définit les chercheurs et les innovateurs. Tiré d’un article publié dans Century en juin 1900, Tesla dépeint le scientifique comme suit :

« L'homme scientifique ne vise pas un résultat immédiat. Il ne s'attend pas à ce que ses idées soient facilement reprises. Son travail est comme celui du planteur d'avenir. Son devoir est de jeter les bases pour ceux qui viendront et leur montrer le chemin. » [4]

Ensuite vient la phase d’idéation, où un problème est formulé sous forme de question, d’hypothèse ou d’objectif plus ou moins précis. C’est au cours de cette phase que l’idée est incubée, qu’elle fait son chemin dans notre esprit et qu’elle grandit pour éventuellement émerger sous la forme d’une solution. Tesla verbalise son processus créatif de la manière suivante :

« Voici, en bref, ma propre méthode : Après avoir éprouvé le désir d'inventer une chose particulière, je peux continuer pendant des mois ou des années avec l'idée derrière ma tête. Chaque fois que j'en ai envie, je me promène dans mon imagination et je pense au problème sans aucune attention particulière. C'est une période d'incubation. Puis, suit la période d'effort direct. Je choisis soigneusement les solutions possibles pour résoudre le problème que je considère et, progressivement, je centre mon esprit sur un champ étroit d'investigation. À partir du moment où je pense délibérément aux caractéristiques spécifiques du problème, je commence à ressentir que je vais obtenir la solution. Et la chose merveilleuse est que si je me sens ainsi, je sais alors que j'ai vraiment résolu le problème et obtenu la solution que je cherchais. » [5]

La troisième phase, celle de la solution, est souvent associée au fameux moment Eurêka où le chercheur vit une épiphanie. Généralement, cette découverte —aussi soudaine qu’elle peut l’être— est généralement suivie d’un sentiment d’urgence face au besoin de mettre par écrit ou d'illustrer, la nouvelle idée qui vient d'apparaître. C’est exactement ce qui s’est produit lorsque Tesla imagina la toute première version de son iconique moteur à courant alternatif, lors d’une simple promenade dans un parc.

« Un après-midi, encore présent dans mes souvenirs, je marchais avec mon ami dans le City Park en récitant de la poésie. [...] En prononçant ces mots inspirants, l'idée m'est venue comme un éclair, la vérité m'était révélée. J'ai dessiné sur le sable avec un bâton les diagrammes [...], mon compagnon les a compris parfaitement. Les images étaient merveilleusement pointues et claires, elles avaient la solidité du métal et de la pierre, si bien que je lui ai dit: « Regardez mon moteur ici, regardez-moi l'inverser. » Je ne peux pas décrire l'émotion intense que j'ai alors ressentie. » [3]

Bien qu’une invention soit extraordinaire, elle n’aurait aucun impact si elle n'était pas communiquée de la bonne manière aux bonnes personnes. Les investisseurs, les collègues, les industriels, les techniciens et même le public en général sont tous des personnes que nous devons convaincre du potentiel de nos projets pour que ceux-ci puissent se réaliser pleinement. Idéalement, si le scientifique est en mesure de leur faire ressentir le moment d’illumination qu’il a vécu, il est fort probable que ces personnes adhèreront facilement aux nouvelles idées qui leur sont présentées. Comme le démontre l’extrait suivant, Tesla a rapidement compris que l’utilisation de démonstrations phénoménales allait propulser ses idées beaucoup plus loin.

« Sous l'influence d'une grande exultation, se souvient Tesla, je les faisais tourner en rond autour de ma tête. Mes hommes étaient vraiment effrayés, le spectacle était si nouveau et merveilleux. Ils ne connaissaient pas encore ma théorie de lumière sans fil, et pendant un moment, ils ont pensé que j'étais une sorte de magicien ou d'hypnotiseur. » Avec cette expérience, Tesla savait que la lumière sans fil était une réalité et qu'il venait de faire une démonstration qui pouvait capturer l'imagination et attirer de nouveaux investisseurs. » [6]

 


[1] Tesla, Nikola. Motor Testimony, 333-34; Tesla, Nikola. Radio Testimony, 63-65
[2] Tesla, Nikola. My inventions, 59
[3] Tesla, Nikola. My inventions, 61
[4] Tesla, Nikola. Problem of Increasing Human Energy
[5] Wisehart, M.K.. Making your imagination work for you, 62
[6] Wisehart, M.K.. Making your imagination work for you, 64

Liste des brevets de Nikola Tesla