Le hasard

pour relancer votre processus créatif !

Valeria Luiselli est une jeune auteure mexicaine en vue. Un de ses livres, Faces in the Crowd, a remporté le Los Angeles Times Book Prize pour un premier roman.

Dans Faces in the Crowd, la protagoniste est aux prises avec la tâche apparemment très difficile d'écrire un roman sur un poète mexicain décédé. Le projet vire à l'obsession et est ponctué de périodes de procrastination durant lesquelles elle cherche un moyen de redémarrer le travail d'écriture laissé en plan.

Dans son salon, se trouve un arbre desséché qu'elle croise tous les jours. Elle décide d'y suspendre des post-its sur lesquels elle inscrit des notes sur le poète et sur les moments marquants de sa vie. L'arbre est rapidement décoré d'une multitude de post-its. Avec le temps, ils se décollent et finissent par tomber un à un. Elle les ramasse, et reconstitue la vie fictive du poète en respectant exactement l'ordre de tombée des post-its.

De tout temps, les artistes ont trouvé des moyens de stimuler leur créativité lorsque l'inspiration leur fait défaut. Le recours au hasard leur permet parfois de sortir de l'impasse. À première vue, introduire de l'aléatoire peut sembler une approche risquée et irrationnelle. Mais, au final, si le design est réussi, n'est-ce pas ce qui importe ? 

Il existe deux types de hasard. Celui que l'on constate dans tous les phénomènes naturels — l'agencement des grains de sable sur la plage ; la texture sur l'écorce d'un arbre ; les vagues sur l'océan. Et le hasard en tant que concept mathématique qui découle d'équations, tentant de simuler des phénomènes aléatoires. En création, les deux types de hasard peuvent être employés.

Pour le créateur, lorsqu'on analyse sa démarche, faire appel au hasard lui permet de ne pas avoir à choisir. Au contraire, il accepte et désire qu'une voix extérieure s'immisce dans son processus créatif. Marcel Duchamp en est un bon exemple. Dans ses oeuvres, Duchamp a su résoudre les exigences contraires qui consistent à coupler à la fois le planifié et le hasard. Il choisit avec précision quand avoir recours au hasard et il sélectionne ensuite les résultats qui en valent la peine. Le choix de l'artiste est crucial. C'est lui, en dernière instance, qui retient ce qui vaut la peine d'être retenu et rejette ce qui n'est pas conforme à ses aspirations.

Les techniques et les modes de sélection varient grandement selon les artistes. Pour Duchamp, le choix et la justification du célèbre urinoir en tant qu'œuvre d'art relève de l'aléatoire. Tout comme la technique de dripping employée par Jackson Pollock ou encore la fluidité imprévisible des traits de pinceau, techniques utilisées par les peintres de l'expressionnisme abstrait. De nos jours, de nouveaux outils sont à notre disposition pour faire jouer le hasard tels les algorithmes probabilistes incorporés dans plusieurs applications. Ces outils stimulent évidemment notre créativité, mais leur véritable efficacité réside dans la capacité de l'artiste à les utiliser au bon moment et à discerner parmi les résultats obtenus ceux qui exprimeront le mieux son intention.

Toile : Jakson Pollock, L'art et le hasard par Sylvie Gendreau et Pierre Guité, Votre laboratoire créatif

Toile : Jakson Pollock, L'art et le hasard par Sylvie Gendreau et Pierre Guité, Votre laboratoire créatif


SOURCES :

Luiselli, Valeria. Faces in the Crowd. Coffee House Press, 2014.

Verbeeck, Kenny. Randomness as a Generative Principle in Art and Architecture. Submitted to the Department of Architecture in Partial Fulfillment of the Requirements for the Degree of Master of Science in Architecture Studies at the Massachusetts Institute of Technology, June 2006.