Une marque perso ? Artiste, journaliste, créateur de contenus… personne n'y échappe !

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Cet article est le deuxième de la série sur le « Personal branding », pour lire le premier, c’est ici.

Je ne sais pas si Steve Jobs se doutait de la révolution qu’il provoquerait en démocratisant les outils de création et en décidant, après son passage chez Pixar, la merveilleuse fabrique à histoires, que les héros d’Apple n’étaient pas les produits, mais les usagers, leurs rêves et leurs créations.

À partir de ce jour, il a cessé de promouvoir les spécificités de ses produits pour mettre en scène ses clients et leurs créations. Il a troqué les treize pages dans le New York Times pour deux mots : THINK DIFFERENT.

Steve Jobs avait compris que le désir secret d’une personne qui achète un produit Apple est de voir son génie caché reconnu au grand jour. Et cela a fait mouche !

En fait, Steve Jobs a compris que c’est un besoin fondamental que nous ressentons tous. C’est cette reconnaissance qui nous aidera à trouver notre place dans la société, à se faire des amis, à participer à la vie collective.

PHOTO : SAM BLOOM, UNSPLASH

PHOTO : SAM BLOOM, UNSPLASH

Les plus audacieux n’ont pas tardé à s’exprimer et à diffuser. Les autres ont suivi peu à peu. Une fois le mouvement amorcé, on ne peut plus l’arrêter. La création attire la création.

Lorsque les perfectionnistes ont vu des audacieux publiés des œuvres qu’eux auraient considérées comme peu abouties, dignes pour le fond de leurs tiroirs, attirer des milliers de Like, et même en tirer parfois des revenus substantiels, ils ont commencé à se remettre sérieusement en question.

Au début, plusieurs ont pensé que c'était le phénomène de la nouveauté pour finalement devoir admettre qu'un nouveau modèle d'affaire était né.

Ce qui nous fascine, c’est de comprendre comment les autres s’en sortent pour survivre et s’épanouir. Et lorsque les plus astucieux nous montrent comment ils font, on leur en est reconnaissant. On les suit. On les lit. On achète leurs produits et leurs créations.

J’ai une question pour vous. Si vous pouviez choisir entre une histoire bien ficelée, mais racontée par un média qui l’a façonnée et mise en scène, et la même histoire racontée par la personne qui l’a vécue sans fioritures, laquelle choisiriez-vous ?

Il y a de fortes chances que vous choisissiez la deuxième option parce que l’authenticité vous attire. C’est ce qui a contribué à faire exploser les chaînes YouTube, les balados et les blogues. La quête du vrai ou, à tout le moins, tel que l’auteur ou le créateur la perçoit. Et notre curiosité de savoir ce qui se passe dans les coulisses des créateurs et dans leur vie de tous les jours.

Cette démocratisation associée à Internet a fait émerger de nouvelles pratiques. Elle a conféré de l’autorité et de la crédibilité à des personnes qui n’auraient jamais pu y arriver dans le monde d’hier sans l’aide d’intermédiaires.

Un des plus célèbres youtubeurs, Casey Nestat, presque 11 millions d’abonnés à sa chaîne YouTube, imité par des centaines de milliers de personnes, rêvaient de faire du cinéma. Un rêve d’enfant très difficile à poursuivre lorsqu’on a peu de ressources, un enfant à charge au début de sa vie et pas de contacts dans les milieux fermés du cinéma.

À une autre époque, il ne serait probablement jamais devenu la méga star qu’il est devenu aujourd’hui.

Le secret de sa réussite ?

Faire du cinéma à sa façon. En toute liberté. Sur sa planche à roulettes, en marchant, en pédalant… Faire une vidéo tous les jours. Documenter sa vie quotidienne à New York et en voyage.

Résultats ?

Son look, son style de vie, ses opinions… il est devenu un leader de tendances qui inspire plusieurs générations dont le célèbre joueur de tennis, Stefanos Tsitsipas.

Dans un environnement d’affaire où les réseaux occupent une place prépondérante, tous les professionnels ont intérêt à être connus pour réussir.

Toutefois, certains professionnels, tout particulièrement les artistes, trouvent difficile de franchir le pas pour développer leur marque personnelle, une opération qu’ils assimilent à des pratiques de vente agressives.

Pourtant ceux qui le font reconnaissent que la création de leur marque contribue grandement à améliorer leur performance financière.

Pour commencer, il est important de préciser que le vocable « artiste » recoupe de multiples professions : architectes, ingénieurs, artistes de la scène et de l’écran, écrivains, scénaristes... Tous possèdent les compétences requises pour produire des « formes nouvelles », d’agir en tant que « leaders de tendances » dans leurs domaines respectifs, et contribuent de façon importante à l’essor d’une société où les connaissances et les réseaux d’information priment.

Photo : Brad Neathery, Unsplash

Photo : Brad Neathery, Unsplash

Le développement d’une marque personnelle

Une marque personnelle est étroitement liée à l’identité même de l’individu. Les fondements de la marque personnelle reposent sur la découverte de soi et de son identité.

Quatre hypothèses ont été testées auprès d’artistes selon le modèle suivant :

1. Une définition claire et véridique de ce que l’on est et de ce que l’on veut devenir a un effet positif sur la création d’une marque personnelle.

Comme c’est le cas pour une marque commerciale, la création d’une marque personnelle doit reposer sur des bases concrètes : quelle est l’image que l’on souhaite projeter ? Quelles sont les valeurs distinctives associées à cette image ?

La création d’une marque personnelle débute avec une analyse de la façon dont l’individu a été perçu jusqu’à maintenant ; et comment l’individu souhaite être perçu dorénavant ? Comment l’individu se perçoit-il ? Et surtout en quoi les éléments mis en avant sont-ils originaux et distinctifs ?

La connaissance de ses forces et de ses valeurs personnelles est essentielle.

2. Le caractère distinctif de l’image, des valeurs et des avantages a un effet positif sur la création d’une marque personnelle.

3. Le caractère distinctif de la marque personnelle a un effet positif sur l’efficacité avec laquelle la marque personnelle sera exprimée.

4. La création d’une marque personnelle aura un effet positif sur la performance de l’artiste.

Vous êtes curieux de connaître les résultats de cette étude :

Les 4 hypothèses ont toutes leur importance sur l’efficacité d’une marque personnelle.

Construire une marque personnelle pour un artiste qui en est à ses débuts est difficile. Les artistes débutants ont besoin d’aide pour définir ce qui les distingue. C’est un exercice périlleux et cela l’est encore davantage pour ceux qui ont une faible estime de soi. Il est impératif avant de se lancer dans la création d’une marque personnelle de bien comprendre ses forces et ses faiblesses. Bien saisir qui l’on est constitue la première étape de la création d’une marque personnelle.

Les journalistes et les créateurs de contenus gagneraient également à créer leur marque personnelle.

L’effet disruptif de la révolution numérique secoue tous les secteurs économiques. Les créateurs de contenus sont au premier plan, car c’est tout le paysage médiatique (presse écrite, télé, radio) qui s’est radicalement transformé au cours des dernières années.

Les journalistes, par exemple, réagissent en créant leur marque personnelle sur les réseaux sociaux.

La bonne nouvelle ?

Il est de moins en moins nécessaire, en tant que journaliste-influenceur, d’avoir, sur les réseaux sociaux, des millions d’abonnés.

Un nombre restreint, mais loyal d’abonnés, intéressés par le contenu d’un journaliste, permet de construire des liens de confiance plus solides et plus durables que ceux que parviennent de plus en plus difficilement à établir les médias eux-mêmes. C’est ce que montre clairement l’étude Revue.

Même le New York Times éprouve de la difficulté à maintenir son lien de confiance avec ses lecteurs alors que ceux-ci accorderont facilement leur soutien à un journaliste en qui ils ont confiance.

Pour y parvenir, un journaliste n’a pas à twitter sans cesse. Il suffit de produire un blogue et/ou une infolettre pour devenir un expert dans sa niche. Non seulement cela permet de fidéliser les lecteurs, cela aide les éditeurs à trouver les meilleurs auteurs dans des domaines spécifiques.

En 2012, j’ai créé un blogue pour les artistes et les collectionneurs de notre tribu. J’y parlais de la démarche des artistes avec lesquels je collaborais, mais aussi d’art en général, couvrant souvent quelques grandes expositions chaque année. Puis j’ai commencé à enseigner de plus en plus. Mon blogue est devenu un outil pédagogique. J’y publiais sur des sujets susceptibles d’aider mes étudiants à innover. Ensuite, j’ai voulu convaincre mes étudiants de s’habituer à tenir un blogue, il m’arrive (moins aujourd’hui) d’y publier leurs travaux pratiques.

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Aujourd’hui, j’encourage mes étudiants à trouver des créateurs de contenu et des influenceurs qui les intéressent vraiment. J’économise beaucoup de temps lorsque je suis les bonnes personnes et j’apprends beaucoup plus de choses.

Si je n’avais pas eu un blogue, Didier Pourquery, le directeur de la rédaction de The conversation France n’aurait jamais pensé m’offrir cette chronique que vous lisez en ce moment.

Aujourd’hui, je reçois énormément de messages de lecteurs. Leurs commentaires m’ont incitée à créer une lettre quotidienne, il y a trois mois, car j’étais incapable de répondre à tous ces messages. Mais plus encore, parce qu’ils étaient souvent si intéressants que je trouvais dommage de garder cela pour moi seule. La lettre matinale est beaucoup plus intime, c’est un véhicule pour partager mes réponses et souvent des extraits des messages reçus. J’en suis au début de l’expérience, mais déjà mes échanges avec les lecteurs ont franchi une autre dimension. Connaissant mieux leurs attentes, leurs frustrations, leurs désirs, leurs luttes, leur vie, je peux mieux y répondre. J’ai une vraie conversation avec eux, pleine d’émotions et de rebondissements. Il y a longtemps que je rêvais de ce type d’échanges, mais jamais je n’aurais imaginé le pouvoir d’une lettre quotidienne envoyée par mail.

Ce qui est extraordinaire, c’est que je suis assez peu active sur les réseaux sociaux. Faire mes recherches, développer des contenus et des cours, accompagner des créateurs et des entrepreneurs, tout cela prend du temps, on ne peut pas être partout. Je pourrais engager des assistants pour laisser croire que j’y suis davantage ou des robots… mais personnellement, je n’engage pas de conversations intéressantes avec les bots messengers. Ils sont utiles pour se tenir informés d’une activité ou d’une publication sans plus. Moi, ce que je recherche c’est une vraie conversation d’humain à humain. Et je dois avouer que je pense avoir trouvé un moyen magnifique de faire grandir cette conversation avec mes abonnés.

Si l’écriture n’est pas votre truc, ce sera un balado, une chaîne YouTube ou une présence soutenue sur Instagram, mais ce qui comptera le plus, ce sera les messages envoyés à ceux qui vous suivent parce qu’ils partagent vos valeurs, vos centres d’intérêts ou simplement votre humour.

Comment créer un cercle d'influence ?

Le grand défi est d'attirer les bonnes personnes. Pour y arriver, il faut créer votre marque personnelle pour que ces personnes puissent vous trouver facilement.

Ce qui les attirera, c'est ce qui vous rend unique et authentique. C’est ainsi que j’enseigne comment créer une marque qui a de l’impact. Un cercle d’influence qui repose davantage sur les valeurs et le partage, et qui aide chacun à mieux se connaître et se définir.

Le deuxième atout pour créer une marque qui a de l'impact sera votre capacité de concevoir de bonnes histoires, ce sera le sujet du prochain article pour clore cette série sur le « personal branding ».

L’exercice que je vous propose cette semaine est rigolo et créatif. Il s’inspire d’un couple japonais dans la soixantaine qui compte plus de 790 000 followers sur Instagram ! Ils sont amoureux, créatifs, drôles, craquants quoi ! Pour faire leur connaissance et peut-être dénicher l'idée du siècle pour vous faire connaître, c'est par ici !