S'inspirer des techniques des moines pour se concentrer.

 
PHOto : Alexander, Unsplash

PHOto : Alexander, Unsplash

Les moines du Moyen-Âge, semble-t-il, éprouvaient de réelles difficultés à se concentrer. Ils se plaignaient sans cesse d’être inondés d’informations et lorsqu’ils parvenaient enfin à se concentrer sur une tâche, lire ou copier un texte, par exemple, ils sombraient rapidement dans l’ennui et se laissaient facilement distraire en lorgnant par la fenêtre d’un scriptorium.

Ils pestaient alors contre les démons qui les entraînaient dans les dérives de l’esprit !

Lorsque « l’esprit erre à tout vent tel un ivrogne » ils s’en remettaient alors aux pratiques qu’on leur avait enseignées pour se remettre sur le droit chemin.

Les moines du Moyen-Âge devaient d’abord et avant tout se concentrer sur la communication avec le divin par la lecture, la prière, le chant. Ils s’efforçaient de comprendre ce que Dieu leur communiquait afin d’améliorer la santé de leurs âmes et celle des communautés qui les soutenaient.

Pour ce faire le mental ne devait pas être au repos. Il devait sans cesse être stimulé. Ils utilisaient pour décrire ce phénomène le terme latin tenere qui signifie se rendre maître de, garder, captiver. L’objectif étant de garder constamment en alerte un intellect vagabond en le focalisant sur une cible précise.

Plusieurs dispositifs ont été mis en place pour parvenir à cette fin.

Les dispositifs de renonciation par exemple. D’aucuns connaissent les règles monastiques strictes qui obligent moines et moniales à renoncer aux biens matériels, à la famille, à l’amour charnel afin de se consacrer exclusivement à la prière. Il s’agit en quelque sorte d’une approche monopolistique qui consiste à supprimer la concurrence pour instaurer un marché unique des préoccupations de l’esprit.

Ou les dispositifs de restriction. Pour les chrétiens de l’époque le corps est une entité insatiable qui n’a de cesse d’exiger plus de nourriture, de sexe, de confort. Il faut donc instaurer un régime de diète qui combine à la fois des règles de suppression de certaines activités jugées distrayantes et l’ajout de tâches manuelles (cuisine, fermage, tissage) qui favorisent la concentration.

D’autres dispositifs pourraient sembler, à première vue, particulièrement étranges aux yeux d’un esprit moderne :

1. Dans le cursus des études monastiques, l’apprentissage du dessin était requis. Les moines apprenaient à dessiner des figures cognitives qui avaient pour but d’améliorer leur mémoire et leur capacité à se concentrer. Ils savaient que l’esprit était friand de stimuli de toutes sortes : couleurs, bruits, gesticulations, violence. Leur défi était de satisfaire ces penchants de l’esprit tout en les détournant.

Les artistes étaient mis à contribution. Si un moine voulait apprendre et ensuite communiquer ce qu’il avait lu ou entendu, il créait des animations parfois bizarres et très évocatrices. Plus l’animation était bizarre, plus la puissance mnémonique de la représentation était efficace.

2. Pour visualiser l’information qu’ils traitaient, les moines utilisaient des structures mentales très élaborées sous des formes très diverses : arborescences, embranchements, stratifications. Il pouvait s’agir d’arbres dont les branches indiquaient les différentes ramifications d’un concept ou d’un arc-en-ciel. Une information complexe pouvait ainsi être subdivisée en ses composantes et présentée de manière ordonnée. Les dessins ainsi réalisés alliaient esthétisme et logique.

Ce que je retiens du savoir ancien des moines :

De tout temps, l’homme a dû faire face au problème de déficit d’attention.

En quoi cela peut-il nous inspirer de nouvelles pratiques ?

Le recours aux techniques de visualisation à la fois pour mieux mémoriser et cibler l’attention sur un sujet précis. Mais attention, pour que cette technique soit efficace, il est important que nous réalisions nous-mêmes le dessin. Il ne suffit pas de s’en remettre à un dessin existant, exécuté par autrui.

Et nous devrions intégrer dans la réalisation des dessins ou des graphiques un élément esthétique : couleurs, formes et motifs évocateurs, humour, et pourquoi pas imaginer d’autres éléments narratifs pour insuffler de la vie au thème traité ?