1. Le café

Philippe Galliard attendait depuis une bonne demi-heure. Il sirotait son café et jetait un regard désabusé sur les rares clients du café. À cette heure, la terrasse du Guillermo était quasi déserte. Le garçon ne l’importunait pas. Il savait que Galliard avait rendez-vous avec le patron et que celui-ci, comme de coutume, tarderait à faire son apparition.

Galliard avait feuilleté le dossier qu’on lui avait remis la veille. Un homme s’était présenté à la porte de son bureau quelques minutes seulement avant qu’il ne quitte le cabinet. Il ne lui avait pas demandé son nom – sans doute avait-il déjà procédé aux vérifications d’usage — et lui avait tendu une épaisse enveloppe. Il s’agissait de documents imprimés, certains manuscrits. Aucune clé USB, aucune référence à une source d’information numérique, et un post-it collé sur la couverture indiquant la date et l’heure du rendez-vous avec M.

M était le patron du Guillermo, un café perdu dans une impasse à laquelle on accédait en s’aventurant dans une ruelle poussiéreuse bordée de bâtiments à l’abandon dans le quartier des anciens entrepôts près du port de Montréal. Dans les environs, tout était à l’abandon, à l’exception de cet entrepôt dont M était le propriétaire. Il avait rénové le rez-de-chaussée et en avait fait un café, peu fréquenté certes, mais adopté par un aréopage de clients qui se réunissaient par petits groupes, à intervalles réguliers, et pour des raisons que Galliard avait toujours préféré ignoré.

Galliard ne connaissait pas la nature exacte des accointances de M avec le cabinet d’enquêtes qui l’employait. Il avait toujours entretenu à cet égard une ignorance qu’il jugeait salutaire. M entretenait autour de sa personne une aura de mystère. Les données publiques le concernant étaient rares et souvent contradictoires. Les seules informations que Galliard détenait sur M étaient celles qu’il avait bien voulu lui dire lors de leurs rencontres, ou celles qu’il avait pu glaner en analysant les dossiers où M était responsable de l’enquête.

Le cabinet se montrait particulièrement discret concernant M et refusait de fournir à Galliard la moindre information sortant du cadre stricte des enquêtes qui lui étaient confiées. Une des seules données qu’on avait consenti à lui communiquer était que M était à la tête d’un important fond d’investissement et qu’il était un actionnaire majoritaire des entreprises clientes du cabinet.

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Analyse des compétences psychosociales

Que peut-on dire de cette première scène de Soft stories ?

Il y a deux personnages : Galliard et M.

On en déduit que Galliard est un enquêteur. On sent chez lui des talents d’observateur, mais il ne semble pas trop inquisiteur. Il y a des choses qu’il préfère ne pas savoir. Il a certainement des qualités pour analyser des situations complexes. Et il semble être un homme de terrain.

M est un entrepreneur et un investisseur. Il a probablement le goût du risque et du secret. Ses activités sont mystérieuses. Il a ouvert un café dans un lieu peu fréquenté, mais où certaines activités étranges (et peut-être même douteuses) semblent se dérouler. On peut aussi en déduire que M est plus âgé, car il semble absent des médias sociaux, Galliard a réussi à trouver peu d’information sur lui. Il serait donc d’une génération où l’on pouvait encore se cacher, ce qui est désormais de plus en plus difficile. On comprend qu’il exerce une certaine influence, M est un homme de pouvoir.

Si vous aviez à vous projeter dans un de ces deux personnages, lequel vous attire davantage ? Et pourquoi ?

Avez-vous quelque chose à ajouter ?