Noyau - L'Art de vivre

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Noyau pourrait très bien nous dessiner telle ou telle situation d’un trait noir, direct, sans chichis. Mais voilà, il ne se contente pas des codes éprouvés du dessin d’humour, il va chercher la composition la plus savante, le cadrage inhabituel, la plongée ou la contreplongée malaisée, sans parler du jeu subtil des surfaces et des matières. Et c’est précisément parce qu’il en appelle à cette extrême difficulté que s’offre à lui une autre vision des choses. La réalité prend des airs inédits : les voitures roulent sans roues, les portes s’ouvrent sur des murs, le chasseur ne chasse qu’avec ses gardes du corps, toute une ville brûle dans l’âtre de la cheminée, et les objets les plus variés se transforment en pain, croissant, biscuit. Pour bien nous faire sentir sa réalité à lui, il évoque quelques souvenirs d’enfance, en noir et gris, comme sur des photos d’autrefois. Il nous rappelle ainsi que son regard sur le monde ne date pas d’hier. C’est une longue histoire. Il fallait une virtuosité époustouflante pour que nous l’admettions.

Technique employée : gouache au pinceau

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Dessins au doigt

Une quarantaine de dessins exécutés au doigt à la gouache noire sur des feuilles de 150 x 150 cm, de façon à la fois expressionniste et ultra réaliste dans le rendu des matières — bois, plastique, cuir —, des peaux, des plumes d’oiseau, une noix, une huître ouverte. Contrairement aux premiers dessins au doigt publiés dans Les Cahiers dessinés en 2002 (Les Doigts sales), cette série souligne le relief des objets ou des êtres représentés. Chaque sujet est traité comme l’agrandissement d’un détail, projeté sur un fond blanc comme s’il s’agissait du vide. C’est donc un curieux ensemble très graphique, très singulier, et qui rappelle étrangement nos rêves obsessionnels, avec cette particularité d’osciller toujours entre la virtuosité et le détachement (avec humour).

Le texte de présentation retrace la carrière non-conformiste de ce dessinateur, peintre et graphiste, qui a débuté à la fin des années 1980. Anecdotes, soubresauts, expériences, confidences.

Technique employée : gouache noire appliquée au doigt

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Les Doigts sales

C’est au Japon que Noyau a dessiné ses premiers livres objets. Dessiné ? Oui, mais avec les doigts trempés dans la gouache noire. Poses érotiques, explosions orales, anales ou génitales, il a fait danser ses personnages sur de grandes feuilles qu’il a assemblées en différents albums. Et chaque album, limité à un exemplaire unique, fut exposé dans une galerie, soigneusement refermé sur une table, pour surtout ne rien donner à voir. Car Noyau, pudique et secret comme tous les excessifs, s’ingénie à tout dissimuler ; mais ses livres s’ouvrent soudain et les voilà qui révèlent le fruit longtemps défendu d’un dessinateur virtuose. 

Techniques employées : Gouache noire appliquée au doigt, encre de Chine à la plume, papier scotch.

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Le Spectateur émancipé

Jacques Rancière est un merveilleux accompagnateur pour réfléchir sur l'esthétisme, le politique, le spectacle et sa critique. Ce livre est un incontournable pour tous ceux qui s'intéressent aux actions et interactions entre spectateur et les œuvres.

« Celui qui voit ne sait pas voir » : telle est la présupposition qui traverse notre histoire, de la caverne platonicienne à la dénonciation de la société du spectacle. Elle est commune au philosophe qui veut que chacun se tienne à sa place et aux révolutionnaires qui veulent arracher les dominés aux illusions qui les y maintiennent. Pour guérir l'aveuglement de celui qui voit, deux grandes stratégies tiennent encore le haut du pavé. L'une veut montrer aux aveugles ce qu'ils ne voient pas : cela va de la pédagogie explicatrice des cartels de musées aux installations spectaculaires destinés à faire découvrir aux étourdis qu'ils sont envahis par les images du pouvoir médiatique et de la société de consommation. L'autre veut couper à sa racine le mal de la vision en transformant le spectacle en performance et le spectateur en homme agissant. Les textes réunis dans ce recueil opposent à ces deux stratégies une hypothèse aussi simple que dérangeante : que le fait de voir ne comporte aucune infirmité ; que la transformation en spectateurs de ceux qui étaient voués aux contraintes et aux hiérarchies de l'action a pu contribuer au bouleversement des positions sociales ; et que la grande dénonciation de l'homme aliéné par l'excès des images a d'abord été la réponse de l'ordre dominant à ce désordre. L'émancipation du spectateur, c'est alors l'affirmation de sa capacité de voir ce qu'il voit et de savoir quoi en penser et quoi en faire. Les interventions réunies dans ce recueil examinent, à la lumière de cette hypothèse, quelques formes et problématiques significatives de l'art contemporain et s'efforcent de répondre à quelques questions : qu'entendre exactement par art politique ou politique de l'art ? Où en sommes-nous avec la tradition de l'art critique ou avec le désir de mettre l'art dans la vie ? Comment la critique militante de la consommation des marchandises et des images est-elle devenue l'affirmation mélancolique de leur toute-puissance ou la dénonciation réactionnaire de l « homme démocratique » ?

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Rapport sur la construction des situations

Votre rôle, intellectuels et artistes révolutionnaires, n'est pas de crier que la liberté est insultée quand nous refusons de marcher avec les ennemis de la liberté. Vous n'avez pas à imiter les esthètes bourgeois, qui essaient de tout ramener au déjà fait, parce que le déjà fait ne les gêne pas. Vous savez qu'une création n'est jamais pure. Votre rôle est de chercher ce que fait l'avant-garde internationale, de participer à la critique constructive de son programme, et d'appeler à la soutenir.

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Le Corps utopique, les hétérotopies

Dans le premier des deux textes réunis dans ce court volume, « Les Hétérotopies », Michel Foucault se fait l’initiateur, et peut-être le praticien d’une science nouvelle et, par définition, improbable : la science des espaces utopiques, ou, plus précisément (précision paradoxale ou aporétique), comme il le nomme lui-même, des espaces hétérotopiques (il les appelle aussi des « contre-espaces »). Cette science, il la baptise du nom en effet scientifique d’hétérotopologie. La vérité oblige cependant à préciser qu’il entend par là moins une science savante qu’une science rêveuse, moins une hétérotopie savante qu’une hétérotopie rêveuse, comme son sujet y invite en effet. S’il s’agit d’« ailleurs », d’« ailleurs »-sans lieu, comment les connaître et les enseigner sinon sur le mode du désir, de l’unique et impérieux désir d’y fuir, d’y échapper aux « ici » – aux topoï –, rudes, massifs, oppressifs.

Faute d’aller jusqu’à tenter d’engager un inventaire impossiblement rigoureux de ces ailleurs sans lieu (ce serait les rabattre sur tous ceux qui n’ont que trop lieu et trop de lieux), Foucault en énumère un certain nombre. Étrange liste où l’on sent un attrait, une connivence, une convoitise, même quand certains de ceux-ci sont sombres ou mortifères : les jardins, les cimetières, les asiles, les maisons closes, les prisons, les maisons de retraite, les musées, les bibliothèques, etc. Les bateaux, enfin et peut-être surtout. Il entre un étrange enchantement dans cette énumération qui s’inspire secrètement de l’enfance : « Les civilisations sans bateaux sont comme les enfants dont les parents n’auraient pas un grand lit sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l’espionnage alors y remplace l’aventure, et la hideur des polices la beauté ensoleillée des corsaires ». Où la science annoncée fait un pas de côté pour aller à la rencontre de la littérature d’un Roussel ou d’un Leiris.

La seconde de ces deux conférences – « Le corps utopique » – est plus surprenante encore, et pour le coup, presque intime. Qu’y a-t-il de moins utopique, demande Foucault, que le corps, que le corps qu’on a – lourd, laid, captif. Rien n’est en effet moins utopique que le corps, lieu duquel il ne nous est jamais donné de sortir, auquel l’intégralité de l’existence nous condamne. Semble-t-il. Car cette affirmation suscite son objection, que Foucault formule aussitôt : rien n’est certes moins utopique que le corps lui-même, à ceci près que nul ne l’est plus que lui aussi, que c’est de lui que sont nées et nous sont venues toutes les utopies – le corps est lui-même une autotopie en quelque sorte, par opposition aux « hétérotopies » qu’imaginait la première conférence. Le corps grandi, tatoué, maquillé, masqué forme autant de figures possibles de cette utopie inattendue et paradoxale du corps. La parure, les uniformes en sont aussi de possibles. Comme la danse (« corps dilaté selon tout un espace qui lui est intérieur et extérieur à la fois »), ou encore la possession…
Mais, c’est l’érotisme, à la fin – Michel Foucault dit même « faire l’amour » – qui est le plus susceptible d’apaiser l’inapaisable désir du corps de sortir des limites qui sont les siennes. Ou des caresses comme moyen d’« utopiser » le corps.

Dans sa présentation, qui vient clore ce recueil, Daniel Defert retrace l’improbable destin du concept d’"hétérotopie", entre Venise, Berlin (surtout) et Los Angeles.

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L'Invention du quotidien

La Raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer. Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilités, mises en récit et trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n'est pas obéissante et passive, mais pratique l'écart dans l'usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacun tâche de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses.

Michel de Certeau, le premier, restitua les ruses anonymes des arts de faire, cet art de vivre la société de consommation. Vite devenues classiques, ses analyses pionnières ont inspiré historiens, philosophes et sociologues.

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L'inscription corporelle de l'esprit

Depuis son émergence en Occident, la science s'est construite en rupture avec l'expérience humaine, avec la façon dont nous percevons les choses. Cette «coupure épistémologique» est à l'origine du schisme entre la science et la philosophie. Or aujourd'hui, la science s'attaque à ce domaine qu'elle avait concédé à la philosophie : l'esprit humain - et c'est ce qu'on appelle les «sciences cognitives». Ce livre montre magistralement que par leurs avancées les plus récentes, dont ils dressent un bilan fort éclairant en lui-même, les sciences cognitives déconstruisent la conception classique du sujet humain que nous a léguée la philosophie. En fait, elles vont si loin dans ce sens qu'elles nous permettent de penser l'esprit en dehors de toute référence à la notion de sujet.

Cette «déconstruction» risque de nous désespérer si elle reste confinée au monde de la science, une science bien décidée à envahir tout le domaine qu'elle avait laissé à la philosophie.

Il ne faut donc laisser ni à la science ni à la philosophie le monopole de cette déconstruction de l'image classique et rassurante du sujet humain : il faut éduquer notre expérience à la faire pour notre propre compte. Ce livre, entre autres mérites, propose une méthode pour y parvenir.

C'est, selon les auteurs, la tradition bouddhique de la «voie moyenne» qui peut nous permettre, existentiellement, de nous voir comme des êtres pensants sans sujet et de faire nôtre, «sans angoisse», une éthique du «sans fond».

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Mathématiques - un dépaysement soudain

En octobre 2012, l’exposition Mathématiques, un dépaysement soudain a pour objectif de donner la parole aux mathématiques en ouvrant un dialogue avec des artistes majeurs de la création contemporaine. Pensé comme un espace d’échange, le catalogue propose aux mathématiciens et aux artistes de mener une réflexion commune sur les grandes questions que soulèvent les mathématiques.

Mêlant textes, questionnaires et portraits, l’ouvrage montre la diversité de la pensée mathématique, qu’elle soit énoncée par des scientifiques ou des artistes, et souligne l’importance de la création dans ce domaine. Le livre fait également la part belle à la transcription visuelle des mathématiques à travers les contributions des artistes impliqués dans l’exposition. Le livre inclut également un CD inédit de la bande-son de l’exposition qui réunit les collaborations de David Lynch et de Patti Smith. Ouvrage exigeant et accessible à la fois, le catalogue Mathématiques, un dépaysement soudain offre au lecteur un parcours atypique dans le monde des mathématiques et en dévoile toute la beauté poétique.

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J'ai adoré cette exposition à la Fondation Cartier et ce catalogue qui est devenu depuis une source de référence et d'inspiration que j'aime partager avec mes étudiants, candidats au doctorat à  l'École Polytechnique de Montréal.

Henri Michaux

Quel est le privilège du poète sans privilège ? Raconter, simplement, «l'aventure d'être en vie». Faire de la langue non pas l'instrument d'un salut ou d'une prophétie, mais une sauvegarde. Une exploration. Une activité extraordinaire et banale. «N'importe qui peut écrire Mes propriétés.» Michaux invite son lecteur à effectuer sur soi un trajet identique à celui qu'il opère par rapport à lui-même. Travail de la conscience confrontée à tout ce qui, plus fort qu'elle, l'innerve, la nourrit, la meurtrit, la contredit, la détruit. Michaux explore ainsi une possibilité salubre, parfois allègre, et forcément désespérée : l'épopée individuelle.

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Copi, un livre blanc

LE LIVRE BLANC est un livre rare. Publié en 1970 à Milan, il n'a jamais été réédité ni traduit. On y découvre un Copi qui se soucie moins de noircir du papier que de souligner le silence des pages blanches. Et dans ce silence, il se fabrique un monde pétaradant dont il a le secret, comme ça, l'air de rien, au fil de l'inspiration - et quelle inspiration! Est-ce un livre de prière, une bande dessinée, un conte, le début d'un roman, ou serait-ce le dernier acte d'une comédie ? C'est surtout un ouvrage inimitable : personne, probablement, n'avait écrit et dessiné avec autant de spontanéité, voire de désinvolture. Ce n'est plus un livre, c'est une improvisation théâtrale sur une scène de papier.

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Les Cahiers dessinés sont une belle collection de Buchet-Chastel. Le livre sur Copi est particulièrement réussi. Dramaturge, romancier et dessinateur, Copi est le surnom que lui donnait sa grand-mère, une femme de théâtre au caractère bien trempé dont il était très proche.

De son vrai nom, Raul Damonte est né en 1939 à Buenos Aires dans une famille argentine francophone et cultivée. Son père, député anti-péroniste, dirige un journal. Son fils, âgé d'à peine 12 ans, le sauve au moment où la police vient l'arrêter chez lui. Il écrit en vitesse un message sur un bout de papier qu'il attache à un cendrier de cristal. En le jetant par la fenêtre, le cendrier se casse dans la cour en faisant un bruit qui alerte la concierge, elle peut prévenir le père de Copi lorsqu'il rentre de la présence de la police afin qu'il ne monte pas chez lui.

...la suite de l'histoire
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