Voir l'invisible

Chaque année, dès que j'ouvre le programme du Festival international du film sur l'art, l'angoisse me gagne ! Il faut faire des choix, alors qu'on voudrait presque tout voir, tout commenter. C'est alors que commence la course contre la montre. Chaque année, j'ai de nombreux coups de cœur, sans compter tous ceux que j'aurai pu avoir. J'ai gardé un très beau souvenir de l'année 2013 où j'ai partagé un immense coup de cœur avec Carole Laure, membre du jury, pour le film Soundbreaker. Le talentueux réalisateur de Helsinky, Kimmo Koskela, était à Montréal, et nous sommes restés en contact depuis. Son film avait gagné le prix de la création. L'année suivante c'est le film Respiration de la terre du cinéaste allemand Thomas Riedelsheimer sur le rêve de l'artiste japonais Usumu SHINGU qui m'avait particulièrement émue. C'était le prix du Jury. L'an dernier, il y en avait plusieurs, mais je pense que c'est le film sur l'artiste chinois Ai Wei Wei peut-être pour son combat qui me semble si important pour la liberté et la démocratie. Cette année, je sais que le documentaire de Louise Lamarre, Voir l'invisible, restera gravé dans ma mémoire parce que l'Arctique mérite toute notre attention. Les Inuits ont raison de vouloir être partie prenante des décisions qui concernent leur avenir, leur territoire et leur histoire.

Ce samedi fin de matinée, la petite salle de projection du Musée McCord est bondée. Les images du grand nord sont sublimes, les propos des Inuits sont particulièrement touchants. Le film présente clairement la situation de l'Arctique, des enjeux pour les pays, les gouvernements et pour les Inuits qu'on oublie trop souvent.

À la fin de la présentation, la cinéaste Louise Lamarre est venue sur scène échanger avec le public. Elle était accompagnée de l'Inuit qui explique être né dans un Igloo dans le film. Il fait partie de la dernière génération qui naissait encore dans les Igloos. Une juriste dans le film explique que c'est justement parce que des citoyens canadiens sont nés sur la glace que la Russie et les États-Unis ne gagneront peut-être pas. Les eaux de l'Arctique ne sont pas libres, elles ont été habitées par les Inuits, des citoyens canadiens.

Les Inuits demandent au Gouvernement Canadien de les faire participer à l'avenir de l'Arctique. Étant les premiers concernés, ils veulent co-construire leur futur. Cela semble tellement logique. La cinéaste Louise Lamarre a eu la pertinence de raconter cette histoire. J'espère que nous serons nombreux à nous mobiliser pour aider les Inuits à co-designer leur avenir. À la fin de la projection, il y a eu de longs applaudissements. Et la première question a été : « Comment peut-on aider ? »

Promouvoir la diffusion de ce film, qui associe le politique, le social, l'économie, le droit, l'environnement, l'histoire, la culture inuit et la poésie, est déjà un premier pas. 

Désormais nous avons toute la méthodologie nécessaire pour réussir des expériences de co-design. Il n'y a aucune excuse possible. J'ai confiance que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, réagira en voyant ce film, et fera ce qu'il faut pour entreprendre cette co-création avec le peuple Inuit. Ce serait un thème parfait pour le Mandalab de Communautique.

VOIR L'INVISIBLE donne la parole à des Inuits et montre comment leurs peurs et leurs projets d’avenir pourraient s’implanter dans le paysage nordique à long terme. Le film s’intéresse à leur art, leur culture, aux paysages réels ou imaginaires du Grand Nord, à la transformation de leur mode de vie et aux nombreux enjeux liés aux changements climatiques qui permettront l'ouverture du mythique passage du Nord-Ouest à la navigation commerciale.


Louise Lamarre est cinéaste indépendante et chercheure en cinéma. Elle enseigne à l’École de cinéma Mel-Hoppenheim de l’Université Concordia à Montréal.
Filmographie | Je me souviens de Charlevoix (1982) ; L’élue (1986) ;Beyond Memory (1986) ; Where Are You My Lovelies (1987) ;Squatter (1993) ; Construire l'instant (1995) ; H.E.L.P. (2008) ;Poussière (2011).