Pour vivre longtemps

Résider à proximité de l'océan, bénéficier de cures thermales, se mettre aux régimes alimentaires crétois ou japonais constitueraient selon plusieurs un gage de longévité. Pourtant les Américains qui vivent les plus vieux et qui sont les plus en santé résident au Dakota !

Le Dakota se situe, au nord du pays, à des centaines de kilomètres des océans atlantique et pacifique. Ses habitants ont la réputation de vivre à la dure. Le climat de la région n'a rien de commun avec la Californie. Les étés sont torrides et les hivers glaciaux. Des ouragans et des tornades balaient fréquemment la région. Les résidents du Dakota sont réputés pour être disciplinés. Pour eux, il est essentiel d'être actifs pour le bien-être du corps et de l'esprit.  

Une étude publiée dans le Journal of Aging Research analyse le mode de vie de plusieurs centenaires dans des populations rurales telles que celles que l'on trouve au Dakota. Certains facteurs favoriseraient la longévité, tels les liens communautaires, l'entraide, une vie sociale active et soutenue ainsi qu'un niveau élevé de résilience qui constitue un facteur important pour faire face aux conditions de vie difficiles. Le fait d'être isolé vous oblige à vous débrouiller, mais aussi à recourir, lorsque cela est nécessaire, à l'aide d'autrui. Au Dakota, les épisodes climatiques violents sont fréquents et le fait d'être coincé dans une tempête de neige, par exemple, nécessite l'aide des passants.

À Rugby, une petite localité située au nord de l'état, tout le monde se connaît. On frappe à la porte du voisin sans façon. On s'informe. Les habitudes du voisin n'ont plus de secrets. Et s'il arrivait que le voisin déroge à ses habitudes — oublier d'éteindre tard dans la nuit par exemple — les résidents de Rugby n'hésiteraient pas à s'enquérir de ce qui peut-être ne va pas. Pour les personnes âgées, un tel comportement est un gage de survie.

La pureté de l'air et de l'eau contribue aussi à leur longévité. Toutefois au Dakota, les sites de fracturation hydraulique se multiplient. L'état est au deuxième rang, après le Texas, pour la production de gaz de schiste. La pureté de l'eau risque d'être lourdement affectée et d'impacter la santé de la population. Un constat d'autant plus triste qu'il existe désormais des méthodes permettant d'avoir recours aux énergies renouvelables sans détruire les ressources naturelles. Ceux qui sont à l'origine de cette décision auraient tout intérêt à lire le best-seller La troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin.

Néanmoins, il y a une leçon à tirer de ces données démographiques. Une image différente se dessine. Les facteurs favorisant la longévité ne sont plus aussi simples qu'on voudrait nous le faire croire. Ils ne reposent pas uniquement sur des régimes ou sur des cures. Ils dépendent aussi de notre niveau d'activités physiques et intellectuelles, de notre capacité à maintenir un bon niveau d'interactions sociales et ce, même à un âge avancé.   

L'adversité ne serait donc pas un problème, mais plutôt un stimulus pour notre créativité. Plutôt que de se la couler douce au soleil, s'entraider pour trouver des solutions à des problèmes complexes serait un facteur pour vivre plus longtemps et en santé ! Avant de choisir la solution qui semble la plus évidente, les gaz de schiste par exemple, il faudrait se reposer les questions encore et encore... et se mettre à la recherche de solutions qui protègent à la fois l'environnement et la santé des populations. Un tout petit effort créatif supplémentaire peut changer la face du monde et permet de rester jeune plus longtemps !


Source :

Nobel, Justin. The Oldest People in the U.S. Live in the Country's Geographic Center. Newsweek. August 6, 2015.

Rifkin Jeremy, La troisième révolution industrielle