Révélez-vous

et aidez les autres à se révéler !

N'est-ce pas le vœu que nous faisons tous ? Chacun de nous, n'est-il pas à la recherche de cette force créatrice, cette muse intérieure, qui nous permet d'offrir le meilleur de nous-mêmes et de nos capacités ? 

Si les circonstances de la vie nous placent dans un milieu où on est peu encouragé à rechercher ce qui est enfoui en nous et qui fera notre originalité, si nous sommes plutôt forcés à imiter les autres pour être aimés, acceptés et considérés selon les critères d'un monde de mesure où chacun est jaugé et comparé par rapport à la réussite des uns et des autres, ce chemin peut nous mener à une vie misérable. Malgré la réussite, l'anxiété provoquée par un esprit compétitif dans un monde de mesure mène — même ceux qui atteignent les sommets — à un sentiment d'inquiétude où les moments de bonheur se rarérifient. Car, dans un monde de mesure, il y a toujours plus riche, plus puissant et plus talentueux que soi !

Pour sortir du cercle infernal, Rosamund Stone Zander (spécialiste en thérapie familiale) et Benjamin Zander (chef d'orchestre du Philarmonique de Boston) suggèrent dans leur ouvrage, The Art of Possibility, douze pratiques écrites comme douze variations d'une longue phrase musicale. Les auteurs utilisent la musique comme principale métaphore et ça marche.

Bien que les pratiques énoncées soient claires, elles ne sont pas faciles à mettre en pratique au quotidien. Elles représentent, d'une part, un véritable exercice d'imagination. Il faut apprendre à redessiner un tout nouveau cadre de notre vie, dans les mêmes circonstances. Une fois le cadre redessiné, nous entrons de plain-pied dans un nouveau paradigme qui permet de voir autrement et de découvrir des sentiers qu'on n'aurait jamais pu entrevoir auparavant. D'autre part, les 12 variations exigent une pratique assidue et une présence d'esprit incomparable. On ne devient pas un grand musicien sans de nombreuses heures de pratique. Il en va de même pour les douze pratiques de l'Art du possible.

Pour moi, ce livre est précieux. La transformation de soi (et du monde) ne peut venir que par l'expression créatrice de chacun. Toutes les formes d'art sont  au cœur de ce mouvement. Le livre présente une vision (que je partage depuis longtemps) qui permet d'éliminer les luttes entre désirs individuels et collectifs, les luttes entre les hommes. Cela vous semble utopique ? Il n'en est rien. Les auteurs le prouvent avec une multitude d'exemples. Tout est une question d'imagination et de pratique. Prêts pour un petit stretch d'évolution ?


Avant de vous présenter les douze pratiques de l'Art du possible, voici l'exercice de la semaine.

RÉVÉLEZ-VOUS ET AIDEZ LES AUTRES À SE RÉVÉLER. 

EXERCICE No 5 — Selon Michel-Ange, sculpteur, peintre, architecte, poète, urbaniste et auteur de nombreux chefs-d'œuvres de la renaissance (on peut donc lui faire confiance), chaque bloc de pierre ou de marbre cacherait une magnifique statue. La tâche du sculpteur consisterait à retirer l'excès de pierre qui entoure l'œuvre pour la révéler au grand jour.

À vous maintenant. Imaginez cette pépite enfouie en vous. Tout le travail consiste à enlever le surplus pour découvrir cette force créatrice, encore dissimulée, qui n'attend qu'à être révélée. Pour vous y aider, inspirez-vous des 12 pratiques proposées par Rosamund Stone Zander et le chef d'orchestre de l'Orchestre Philarmonique de Boston, Benjamin Zander.


Les 12 pratiques de L'Art du possible.

La première pratique s'intitule Tout est inventé. C'est la plus importante. Toutes les autres variations en découlent. Elle consiste à comprendre comment notre cerveau fonctionne. La neuroscience nous enseigne que notre cerveau construit le monde. La limitation de nos sens ne nous permet pas de voir la réalité. Ce que nous voyons, ce qui rejoint notre conscience, est une cartographie de la vision du monde que notre cerveau construit à l'aide de tous nos sens. Même si on s'imagine avoir des sens très développés, plusieurs choses nous échappent. Les auteurs illustrent cela avec l'exemple de la grenouille qui ne peut voir ni les couleurs ni les formes. Elle peut voir clairement des lignes contrastées, des changements soudains d'éclairage, des grandes lignes en mouvement, les courbes de petits objets foncés qui se déplacent, mais elle ne verra jamais le visage de sa mère ni un coucher de soleil. Elle n'en a pas besoin pour survivre. Les yeux humains voient évidemment beaucoup plus de choses, mais ne voient pas, par exemple, les configurations que dessinent les abeilles en lumière ultraviolette au-dessus des fleurs. Même chose pour les sons. Les chiens ont une ouïe beaucoup plus développée que celle des humains. Nous percevons seulement les choses pour lesquelles notre espèce est programmée. On ne reconnaît que ce qui apparaît sur notre carte mentale développée avec nos propres sensations, stimulations et expériences selon les milieux naturels et culturels dans lesquels nous évoluons.

Le monde se manifeste donc à notre conscience sous la forme d'une carte mentale pré-dessinée, une histoire déjà écrite, une hypothèse de vie et une construction de nos accomplissements à venir. Les récentes recherches sur le cerveau humain sont encourageantes. En constante évolution, c'est un organe qui ne vieillit pas. Il se renouvelle constamment grâce aux multiples connexions entre nos cellules. C'est un mouvement perpétuel entre cellules qui meurent et d'autres qui naissent. Plus nous nous lançons des défis d'apprentissage, plus nous tentons de nouvelles expériences, plus nous sommes conscients de notre potentiel créatif, plus notre cerveau se développe et construit de nouveaux mondes.

Pour illustrer notre capacité d'évoluer et l'importance de nos milieux culturels, les auteurs racontent l'histoire d'une tribu d'Éthiopie, tenue à l'écart du monde, à qui on a présenté des photographies représentant des personnes et des animaux. Ce peuple était incapable de voir des images en deux dimensions. Ils ont touché le papier, l'ont froissé, l'ont même goûté. Notre cerveau et notre carte mentale évoluent avec nos pratiques et nos inventions. 

Dans un monde newtonien, les courbes de l'espace et du temps de la théorie de la relativité d'Einstein étaient encore invisibles dans les cartographies mentales de l'époque. Einstein ne fait pas mentir Newton. Il rend simplement visible un nouveau paradigme. La théorie de Newton reste toujours exacte selon certains paramètres. Les auteurs constatent que souvent les théories font, d'une certaine manière, évoluer les pratiques en ouvrant un nouveau sentier 'possible' où l'on ose s'aventurer. L'histoire des grandes mutations comme Internet, par exemple, ou un changement de paradigme en science ou le développement d'une nouvelle religion montre que c'est davantage par des pratiques continues que les choses se transforment plutôt que suite à de longues discussions.

À partir du moment, où on prend conscience que tout est inventé, cela ouvre de nouvelles perspectives. Le monde de mesure est un monde que nous avons inventé. Il est donc possible d'en inventer un autre.

Rosamund et Benjamin Zander illustrent cela par l'exercice des neuf points. Si vous le ne connaissez pas, vous pouvez essayer. La règle du jeu : Vous devrez relier les points par quatre traits sans déposer votre crayon.

La plupart d'entre nous, formons un carré.

 

 

Pourtant, il y a une façon d'imaginer une ligne qui nous permet de sortir des limites du cadre et d'ouvrir sur un univers de possibles.


Eh oui, c'est de là que vient l'expression populaire : Penser Out of the box !

Pratique No 1

TOUT EST INVENTÉ

1) Quelles sont les hypothèses que je fais (souvent à mon insu) par rapport à ce que je vois ?

2) Qu'est-ce que je pourrais inventer — que je n'ai pas encore inventé — et qui me donnerait d'autres choix ?


La deuxième pratique est Marcher dans l'univers des possibles. Pour illustrer cette pratique, les auteurs décrivent le monde de la mesure dans lequel nous vivons. Un monde où les ressources se font de plus en plus rares. Un monde où la peur du manque encourage certains à accumuler des richesses plus que nécessaire. Un monde où pour réussir et survivre, il faut du pouvoir et de l'argent. Un monde où l'on doit cultiver un esprit alerte pour percevoir les dangers qui peuvent nous conduire à notre perte, une intelligence stratégique pour cumuler toujours plus de pouvoir et de richesse, entretenir de bonnes relations avec les personnes fortunées et puissantes ou celles qui peuvent nous aider à gravir les échelons.

Un monde hiérarchique dans lequel on doit être capable d'évaluer les forces et les faiblesses des autres et acquérir la connaissance nécessaire pour prendre possession des ressources. Un monde où l'on doit être sur nos gardes, toujours méfiants. Un monde où l'on doit être le premier. Un jeu de compétition où l'échec est mal vu. Pour représenter le monde de la mesure, les auteurs nous proposent d'imaginer une grande tarte. Si l'on prend une pointe, elle n'est plus disponible pour les autres. Le monde de la mesure est un monde de rareté. Un monde où on marche sur un champ de mines qui peut exploser à tout moment.

Pour survivre dans un monde de mesure, il faut être en contrôle avec un bon GPS et de bons indicateurs pour prévoir et anticiper les dangers. Nous sommes éduqués ainsi en comparant et en mesurant ce que les autres ont ou n'ont pas. Nous accordons de la valeur à ceux qui ont le plus de richesse. Dans ce monde hiérarchique, plus nous sommes en haut de la pyramide, plus nous avons de la valeur. C'est un monde dans lequel même les plus fortunés et les plus puissants sont angoissés, car il risque toujours de perdre leur place.

Mais on peut aussi décider de marcher, écrivent Rosamund et Benjamin Zander, dans l'univers des possibles où tout est infini et abondant. Un monde où l'on acquiert notre connaissance grâce à l'invention. Un monde qui engendre la vie, crée des idées nouvelles, participe consciemment à une tarte qui, même si on en prend un morceau, redevient entière, se renouvelant constamment. C'est un monde de contribution, de joie, de passion et de compassion. Un monde où ce ne sont plus les personnes ou les objets qui sont importants, mais la qualité des relations entre les personnes et les objets. Un monde dynamique et vivant qui a dépassé l'instinct de survie pour une joie de vivre, de créer et de contribuer ensemble.

Selon Rosamund et Benjamin Zander, pour marcher dans l'univers des possibles, il faut d'abord percevoir les contours de ce monde de mesure dans lequel on s'enferme afin de pouvoir dessiner un nouveau cadre ouvert comme dans le jeu des neuf points.

Pratique No 2

MARCHER DANS L'UNIVERS DES POSSIBLES

En quoi mes pensées et mes actions du moment reflètent-elles le monde de la mesure ?


La troisième pratique, Attribuer des A.

Après plus de 25 ans d'enseignement, Benjamin Zander constatait toujours le même état anxieux de ses élèves le jour de l'examen. Malgré ses tentatives pour les rassurer en leur disant qu'en appliquant ce qu'ils avaient appris et pratiqué pendant l'année, tout se passerait bien le jour de l'examen, rien n'y faisait. Et c'est bien connu, anxieux, on n'écoute plus ses intuitions ni son cœur, on joue donc moins bien ! Un musicien obsédé par la compétition ne prendra pas les risques nécessaires qui transformeraient sa performance régulière en performance exceptionnelle.

Avec Rosamund, comme ils ont toujours l'habitude de le faire, ils ont ré-examiné le problème en dessinant un cadre qui ouvrirait une nouvelle porte de possibles aux élèves. Qu'est-ce qui pourrait les libérer et leur permettre d'améliorer leur performance ? N'accorder aucune note (même si le conservatoire acceptait la proposition) dans le monde de la mesure dans lequel ils évoluent, dévaloriserait probablement le cours à leurs yeux. 

L'idée qu'ils ont eue : Attribuer un A à tous dès la rentrée, moyennant une condition : ils doivent écrire une lettre : Cher M. Zander, j'ai reçu mon A parce que... 

En écrivant leur lettre, ils doivent s'imaginer à la fin de l'année, comme s'il constatait le chemin parcouru. Il est interdit d'utiliser des mots comme j'espère, je souhaite, j'ai l'intention de... Les verbes doivent tous être au passé. Et leur enseignant ajoute qu'il s'intéresse particulièrement à leurs attitudes, les émotions qu'ils ont ressenties et leur vision de la personne qu'ils sont devenues après avoir accompli tout ce qu'il souhaitait accomplir. Il leur dit qu'il veut qu'il tombe passionnément amoureux de cette personne !

Benjamin Zander partage quelques lettres très touchantes de ses élèves, montrant à quel point cet exercice est un levier pour avancer dans la bonne direction. L'autre élément qu'il suggère et que je trouve formidable, c'est concernant les erreurs. Il demande à ses élèves lorsqu'ils commettent une erreur de lever leur bras et de dire : Comme c'est fascinant ! Au lieu de se sentir coupable d'avoir commis une erreur et d'essayer de la camoufler, on l'accueille au grand jour et on en tire déjà une première leçon.

Cette approche permet à l'enseignant et à l'élève de faire équipe pour une performance extraordinaire et rapproche les élèves entre eux qui partagent leurs visions. Ils se focalisent sur les défis à relever et s'encouragent les uns les autres au lieu de nourrir un esprit féroce de compétition. Sans visions, nous sommes régis par nos agendas et nous retombons dans un monde de mesure. On se juge soi-même et on juge les autres avec un esprit calculateur.

Benjamin Zander prévient toutefois ses élèves du danger qu'il appelle 'les seconds violons'. Certains peuvent se dire que puissent qu'ils ont leur 'A', ils sont trop occupés pour assister à tous les cours, ils ont autres choses à faire de plus urgent ou de plus important et que, de toute façon, leur absence passera inaperçue.

Le vrai leader dans un quatuor, explique le chef d'orchestre, est le second violon. Sa partie contient le rythme interne et les harmonies qui solidifient et apportent la clarté à l'ensemble. Tous les joueurs participent simultanément à cette harmonie. Tout est une question d'invention. Chacun a un rôle tout aussi important. Chaque musicien, dans un concert, a un rôle primordial et il doit en être convaincu.

Vous avez probablement deviné en quoi consiste la troisième pratique : Nous devrions tous nous attribuer des A et en attribuer à toutes les personnes qui nous entourent pour leur permettre de développer le plus pleinement possible leur potentiel.

Pratique No 3

ATTRIBUER DES A

  1. À soi-même et aux autres.
  2. Écrire une lettre au temps passé, décrivant nos émotions et nos attitudes lors de l'accomplissement de ce que nous souhaitions accomplir. Soyons amoureux de cette personne.
  3. Inviter ceux qui nous entourent à faire le même exercice.

La quatrième pratique consiste au jeu Être une contribution. 

Un homme voit au loin une jeune femme sur la plage. On dirait qu'elle danse ou qu'elle pratique un rituel. Il s'approche et s'aperçoit qu'elle lance à la mer des étoiles de mer échouées sur le rivage. Sur un ton gentiment moqueur, il lui dit : « Il y en a des centaines, vous perdez votre temps, cela ne fera pas de différence. » Souriante et sereine, la jeune femme se penche à nouveau, ramasse une étoile de mer et la lance gracieusement dans l'eau. Elle dit à l'homme : « Cela fera certainement une différence pour celle-ci. »

Avec cette histoire, les auteurs veulent illustrer la différence entre un monde de mesure et un monde de contribution. L'homme dans son analyse perçoit ce geste comme futile : trop d'étoiles de mer, pas assez de temps, pas assez de personnel, pas assez de ressources, trop difficile d'évaluer les résultats...  La jeune femme ne pense pas à cela, elle est une contribution. Elle voit le monde comme une place où nous sommes tous des contributions.

Benjamin Zander a gardé un souvenir traumatisant de sa jeunesse. Tous les soirs, à l'heure du repas, son père demandait à ses trois fils ce qu'ils avaient fait pendant la journée. Pour le cadet, 'fait' voulait dire 'accomplir'. « Ce moment était terrible », explique-t-il, « car j'avais l'impression de n'avoir rien accompli en comparaison de mes frères. Et bien sûr, même quand j'ai eu des réussites, j'étais toujours aussi anxieux et pas plus heureux. »

Il a inventé le jeu Être une contribution grâce à son épouse. Il confie qu'un jour sa femme est partie en lui disant (bien qu'il ne voulait pas l'entendre) : « Inventons une forme qui nous permet de contribuer l'un à l'autre en laissant une distance entre nous qui nous encourage à être pleinement nous-mêmes. »

Quelques semaines plus tard...

J’ai réalisé que je pouvais inventer un nouveau jeu intitulé : Je suis une contribution.
— Benjamin Zander

À ses élèves musiciens, le chef d'orchestre demande désormais de répondre à cette question : « Quelles ont été mes contributions pendant la semaine qui vient de s'écouler ? Cela va jusqu'à aider une dame âgée à traverser la rue au courage de dire ce que l'on pense à une personne que l'on aime. »

Ce jeu, selon lui, aide ses élèves à être de meilleurs interprètes pour transmettre les messages de Brahms et de Beethoven.

La pratique de ce jeu procure une force remarquable pour transformer les conflits en expériences enrichissantes.

Pratique No 4

ÊTRE UNE CONTRIBUTION

  1. Se déclarer être une contribution
  2. S'engager dans la vie comme étant une personne qui fait une différence, même si on ne comprend pas encore le comment et le pourquoi. Entrons dans le jeu...

La cinquième pratique s'intitule Diriger de toutes les places

 Le grand chef d'orchestre, Herbert Karajan aurait dit un jour à un chauffeur de taxi en sortant de l'Opéra :

— Dépêchez-vous, dépêchez-vous ! 
— Très bien Monsieur, mais où va-t-on ?
Et le chef de répondre :
— Peu importe, ils ont besoin de moi partout.

Dans le monde de la musique classique, le dernier bastion d'un monde autocratique et autoritaire selon Benjamin Zander, les chefs ont parfois des réputations redoutables. Traditionnellement, la communication était à sens unique. Il explique que dans sa façon habituelle de diriger, il essayait de convaincre les musiciens d'interpréter les pièces à sa façon. Mais depuis qu'il s'est transformé, il a changé sa façon de diriger. Il a pris conscience qu'il était un chef silencieux, qu'il avait besoin de la contribution véritable de chacun pour obtenir des résultats exceptionnels. Or, à part le regard, il n'est pas facile d'imaginer une communication avec 100 musiciens. Il a donc institué une pratique formidable : La page blanche. Dans les principaux orchestres qu'il dirige, il place une page blanche sur chaque lutrin pendant les répétitions. Les musiciens sont invités, quand ils le souhaitent, à partager une information ou un commentaire qui peut contribuer à améliorer l'interprétation ou aider le chef à mieux diriger. Les musiciens étant souvent de grands artistes, cette approche améliore grandement la qualité des concerts.

Il raconte aussi que pendant les répétitions, il lui arrive de demander à un musicien de prendre sa place afin qu'il puisse écouter le résultat en se plaçant derrière la salle. Cela donne l'occasion aux musiciens de vivre l'expérience d'un chef. Un jour, un musicien a écrit sur sa page blanche qu'après avoir tellement critiqué le travail des chefs d'orchestre, il venait de s'apercevoir que c'était aussi difficile de diriger que de jouer d'un instrument.

Il lui arrive aussi de demander aux musiciens de prendre une autre place que leur place habituelle. Cet exercice est exigeant pour un musicien, mais il lui fait réaliser qu'il peut conduire sa section de n'importe où s'il est pleinement présent. Un chef d'orchestre est silencieux. Seul il ne fait rien. Le jour où il a pris conscience de cela, Benjamin Zander a tout mis en œuvre pour que chaque musicien puisse exprimer au mieux son talent dans un concert.

Pratique No 5

DIRIGER DE TOUTES LES PLACES

  1. Quelle grandeur suis-je prêt(e) à accorder aux autres ?
  2. Qui suis-je pour qu'ils ne brillent pas?

La sixième pratique est la Règle No 6

Un premier ministre en réunion avec le premier ministre d'un autre pays est dérangé par son adjoint affolé qui veut lui demander son avis pour un dossier urgent. Le premier ministre lui dit, rappelez-vous la règle No 6. L'adjoint s'excuse et se retire immédiatement.

Cette fois, c'est un autre collaborateur qui le sollicite, il lui fait dit la même remarque : Rappelez-vous la règle No 6. Il se retire en souriant. Intrigué, le premier ministre invité lui demande : Puis-je me permettre de vous demander quelle est cette règle No 6. Le premier ministre lui répond bien sûr : « Ne vous prenez surtout pas au sérieux. » Il fait un signe de la tête pour acquiescer : « Et, puis-je vous demander, quelles sont les autres règles. » L'hôte répond : « Il n'y en a aucune. »

La règle No 6, expliquent les auteurs, peut nous aider à distinguer notre moi-calculateur. Frank Sulloway, ancien chercheur de Harvard dans le domaine des sciences cérébrales et cognitives, explique que chaque enfant a son territoire stratégique pour sortir vivant du monde de l'enfance.

Plusieurs de nos habitudes, une fois adulte, sont le prolongement de cet enfant, qui, pour survivre dans une famille, une communauté, avait besoin de se connaître et de développer une personnalité qui le fera sortir de l'enfance en un seul morceau. Bien que cette stratégie soit utile lorsque nous sommes enfants, l'adulte confiant y a encore parfois recours inconsciemment. Cet enfant en nous est souvent agressif. Les auteurs proposent de le voir pour nous en libérer.

En s'allégeant soi-même, il est possible que nous allégions les autres. Lorsqu'on se prend trop au sérieux à cause de nos frustrations tout notre entourage s'en ressent.

Chassons les frustrations en ajoutant un peu de légèreté dans nos vies. Heureusement, notre moi véritable d'où la source créatrice peut s'exprimer en toute liberté, où nous sommes confiants, nous fait mieux réagir dans des circonstances similaires. Conscients, nous pouvons dépasser l'enfant en nous, ce moi qui se bat pour sa survie, et participer à un monde coopératif.

Pratique No 6

  1. Qu'est-ce qui devrait changer pour que je sois entièrement satisfait(e)?
  2. Jeu pour stimuler votre créativité : Le meilleur ___ de tous les temps.

Imaginez ce qui vous satisfait pleinement et réalisez-le.


La septième pratique consiste à prendre les choses telles qu'elles sont et non comme elles devraient l'être.

Il s'agit d'être présent au monde sans offrir de résistance et en étant conscient de nos réactions. « Laisser la pluie tombée sans la combattre. », écrivent les auteurs. Plus facile à dire qu'à faire !

Dans l'ouverture du Sacre du printemps, il y a une partie qui est impossible de jouer parfaitement. Stravinsky aurait dit :« Je ne veux pas le son d'une personne qui joue ce passage, mais celui d'une personne qui essaie de le jouer. » 

Un musicien ne devient pas meilleur parce qu'il essaie plus fort. La musique invite parfois à prendre des risques, c'est souvent lorsque nous allons au-delà de nos capacités qu'une surprise nous attend, lorsque nous lâchons prise. Mais il est aussi vrai qu'en sortant des sentiers battus, nous risquons de tomber. Et alors ? Etre un bon musicien, c'est lutter contre la spirale de la gravité qui essaie de nous entraîner vers le bas. 

Il est vrai que dès qu'on se met à blamer, à critiquer, à juger et à dire comment les choses devraient être plutôt que de les accueillir telles qu'elles sont, nous perdons notre efficacité d'action. La nature ne juge pas. Un feu de forêt est une catastrophe, mais il est possible qu'ensuite, dans plusieurs années, la forêt se porte mieux. Ce n'est pas à nous de juger. Qui sommes-nous pour juger le monde ? Le choix de nos mots revêt une importance capitale. Si nous parlons de mur, déjà un mur s'érige.

Rosamund cite en exemple une femme qui incarne cette pratique à merveille, l'anthropologue et éthologue, Jane Goodall. Elle qui est témoin des pires atrocités, n'émet jamais un jugement ou un blâme. Elle décrit l'atrocité de situations, mais seuls la compassion et l'amour ressortent de ses propos.

C'est l'invitation que nous font les auteurs. La pratique d'accueillir les choses telles qu'elles sont, accepter la vérité pour ce qu'elle est, pour nous mener à la prochaine étape.

Pratique No 7

PRENDRE LES CHOSES TELLES QU'ELLES SONT.

Qu'est-ce qui est ? (et non qu'est-ce qui devrait être ?)


La huitième pratique, Ouvrir la voie à la passion.

Le plaisir est décevant, les possibilités jamais. Il n’y a rien de plus parfumé, de plus pétillant, de plus enivrant que l’infini des possibles.
— Søren Kierkegaard

Que demande la nature ? Que nous soyons eau, pierre, vent, soleil. Que nous exprimions pleinement notre nature véritable. Lorsqu'une énergie créatrice passe par nous, a dit un jour, la célèbre danseuse et chorégraphe Martha Graham, et que nous la traduisons en action, c'est un geste important que nous seuls pouvons accomplir. Chacun de nous est unique. Si on bloque le passage de cette énergie, elle est perdue à jamais. Nous sommes le seul médium pouvant lui permettre de s'exprimer. Ce n'est pas à nous de juger si c'est bon ou non. Notre responsabilité est de garder le canal ouvert.

Notre rôle est d'exercer cette présence au monde et de permettre aux personnes qui nous entourent de faire de même.

Le monde des possibles est un univers étincelant. C'est un socle d'énergie et de vitalité. Il n'en tient qu'à nous de lever les barrières qui nous retiennent. Pour y arriver les auteurs conseillent une pratique en deux étapes :

Pratique No 8

OUVRIR LA VOIE DE LA PASSION

  1. Observez à quels moments vous vous retenez et à quels moments vous vous laissez aller. Retirer les barrières qui empêchent le passage de l'énergie vitale et de la passion créatrice. Connectez-vous à ce courant d'énergie qui vous entoure.

  2. Donnez-vous la permission d'être un canal, laissez émerger le flux de la passion pour que s'exprime une nouvelle expression pour le monde.


La neuvième pratique consiste à allumer l'étincelle. Lorsqu'une personne s'engage dans la pratique de l'art d'allumer des étincelles, cela rejaillit sur tous. Lorsque nous prenons conscience que nous avons un monde de possibilité au bout des doigts... c'est la passion qui nous emporte plutôt que la peur. Et le monde d'abondance se substitue au monde de la rareté. 

Pratique No 9

ALLUMER L'ÉTINCELLE

  1. Voyez les personnes comme des invitations pour vous engager.
  2. Soyez prêt(e) à participer, à être ému(e) et inspiré(e).
  3. Offrez aux autres ce qui vous inspire.
  4. N'ayez aucun doute que d'autres personnes désirent capter vos étincelles.

La dixième pratique, Soyez l'échiquier ou si vous préférez, le plateau du jeu plutôt que le pion est la pratique la plus étonnante. Les auteurs nous demandent d'imaginer la situation suivante :

Nous sommes en voiture, arrêtés à un feu rouge. Un conducteur ivre ne freine pas assez tôt. L'accident se produit, on se retrouve à l'hôpital. Ils nous proposent de prendre la responsabilité sur nous. Cela ne veut pas dire que les fautifs ne doivent pas être punis, mais plutôt que nous sommes tous responsables de ce qui arrive dans nos vies. Si nous sommes en voiture, nous savons que nous nous exposons à un risque d'accidents, cela fait partie des règles du jeu.

La première étape de cette pratique consiste à se dire : « Je suis le cadre de tout ce qui arrive dans ma vie. » Choisir d'être l'échiquier est une façon de maintenir la possibilité d'un voyage gracieux malgré les circonstances. Accepter de prendre la responsabilité de tout ce qui nous arrive permet de rester sur les rails. Et nous laisse libres d'entreprendre un nouveau voyage.

Benjamin Zander partage plusieurs histoires où, en tant que chef d'orchestre, il est devenu responsable de tout ce qui arrive dans son orchestre. Les exemples permettent de mieux comprendre tous les effets bénéfiques d'une telle pratique.

Si vous êtes le pion, vous n'avez que le pouvoir de vos actions. Si vous êtes l'échiquier, vous avez le pouvoir de transformer l'expérience qui se produit sur votre plateau. Et lorsque vous transformez l'expérience, vous découvrez d'autres changements possibles. En tant qu'échiquier vous pouvez faire de la place pour tous. Pourquoi ? Parce que c'est ainsi que les choses sont.

Cette pratique permet de faire une différence plutôt que de gagner plus de contrôle. C'est une pratique qui donne des ailes, de l'élégance et de la liberté pour évoluer dans le monde des possibles. Voici les trois étapes qu'ils proposent pour réussir cette transformation :

Pratique No 10

ÊTRE L'ÉCHIQUIER

  1. Je suis le cadre de tout ce qui arrive dans ma vie.

  2. Comment cela est-il arrivé sur mon échiquier ?

  3. Comment se fait-il que je sois devenu le contexte pour que cela se produise ?


La onzième pratique, Soyez le cadre des possibles fait place à l'importance du rêve pour faire une différence. Martin Luther King est, bien sûr, l'exemple de cette force mobilisatrice. C'est ici qu'on peut vraiment aider notre espèce à sortir d'un monde de mesure et de survie pour entrer dans un monde de contribution.

Permettre à chacun d'exercer son leadership et sa créativité, peu importe l'endroit où il se trouve, peu importe la place qu'il occupe, transforme le monde. Nous vivons, de toute façon, dans le monde de nos rêves. Rappelons-nous que tout est inventé. Bien sûr, la loi de la gravité continue de nous tirer vers le bas, mais plus nous pratiquons, comme de bons musiciens, plus nous nous élevons et créons des choses merveilleuses.

En ayant cette pratique en tête, les auteurs conseillent la meilleure façon d'écrire une vision.

  • Une vision doit exprimer une possibilité ;
  • Une vision doit combler un désir fondamental pour l'humanité, un désir avec lequel tout être humain peut entrer en résonance. Chacun s'y retrouve.
  • Une vision ne doit pas mentionner une moralité ou une éthique. Ce n'est pas par rapport à une façon correcte de faire les choses. Elle ne doit pas laisser entendre qu'une personne est dans l'erreur.
  • Une vision doit présenter une image pour tous les temps, n'utilisant pas de nombres, de mesures ou de comparaison. Il ne doit pas être mentionné de temps, de place, d'audiences ou de produit.
  • Une vision doit être autonome. Elle ne montre pas un futur meilleur ou un passé qui a besoin d'être amélioré. Elle offre l'abondance du présent.
  • Une vision est une longue phrase de possibles qui rayonne vers l'extérieur.  Dans son  cadre défini, elle invite à des expressions infinies et prolifiques.
  • Parler d'une vision transforme celui qui en parle. À ce moment-là, le monde réel devient un univers des possibles et les barrières empêchant sa réalisation disparaissent.
  • Une vision est une invitation ouverte et une inspiration pour les individus à créer des idées et des événements en corrélation avec le cadre défini.
  • Une vision peut aussi être comme une tonalité, la clé à partir de laquelle la longue phrase musicale s'écrit.

Les auteurs insistent sur l'importance de la clarté afin de rester confiants de l'abondance que procure un monde de possibilités en créant un environnement favorable à un certain genre de conversations.

Nous arrivons confiants que dans ces places dédiées où personne n'est accusé d'être dans l'erreur, on ne parle pas contre personne dans son dos. Tous y ont leur place. Une vision apporte la clarté pour que nous restions sur les rails afin de participer pleinement au monde des possibles.

Pratique No 11

ÊTRE UN CADRE DES POSSIBLES

  1. Faire une nouvelle distinction entre le monde de la mesure et le monde des possibles: —le cadre des possibles est un puissant substitut au cadre actuel qui nous tire vers le bas (la loi de la gravité).

  2. Pénétrer sur le territoire. Intégrer la nouvelle distinction de sorte que cela devienne le nouveau cadre de vie qui vous entoure.

  3. Continuer de distinguer entre ce qui est sur les rails et ce qui ne l'est pas dans votre cadre des possibles. Maintenir la clarté de ce qu'est votre cadre des possibles.

En tant qu'enseignant, écrit Benjamin Zander, j'ai une énorme opportunité de créer des possibilités dans chaque conversation avec mes élèves pour les inviter à faire un bond dans le monde des possibles.


Et voici, la douzième pratique, dernière variation sur le même thème : Raconter l'histoire du Nous.

Le Nous apparaît lorsque nous mettons de côté l'histoire de la peur, de la compétition, et des luttes. L'histoire du Nous définit l'être humain d'une manière spécifique. Le Nous dit : Nous sommes notre Moi véritable, cherchant à contribuer, naturellement engagé, dans une danse les uns avec les autres.

Le Nous met en évidence les relations plutôt que les individus ; les modèles, les gestes et les mouvements de communication plutôt que les objets et les identités. Il atteste les entre-deux comme les particules, les vagues, la lumière. Le Nous est une entité vivante, c'est une longue phrase musicale qui se déroule.

Le Nous apparaît, lorsque nous le cherchons, c'est l'énergie vitale de toute organisation, communauté ou groupe de deux personnes.

Aucun être humain ne peut être notre ennemi. Aucun être humain ne peut se conquérir, disent les auteurs. Et aucun d'entre nous n'a besoin de faire des compromis et de se contraindre. Avec une force créatrice, nous pouvons être passionnément des inspirations et des appuis les uns pour les autres dans (et pour) un monde de contribution.

Les praticiens du Nous génèrent pour eux-mêmes et les autres une place de convivialité où les individus peuvent exprimer leur moi véritable, cherchant ensemble à évoluer vers ce nouveau monde. Ils ne cherchent pas à conquérir un autre être humain ou un territoire, ils encouragent l'expression de chacun, pour que les choses qui doivent être dites le soient sans jugement en continuant de se poser la question : Qu'est-ce qui est le mieux pour Nous ?

Pratique No 12

RACONTER L'HISTOIRE DU NOUS

  1. Raconter l'histoire des conversations invisibles qui nous relient les uns aux autres, l'histoire des possibles.

  2. Écouter et regarder pour découvrir les entités émergentes.

  3. Se demander :

Que souhaitons-nous faire arriver ici ?

Qu'est-ce qui est le mieux pour nous ?— chacun de nous.

Quelle est notre prochaine étape ?


Les 12 pratiques de l'Art du possible nous invitent à un véritable changement de posture, de perception, de croyance et de pensée pour se transformer soi et le monde qui nous entoure. 
Les grands mouvements tels qu'une nouvelle religion ou Internet n'émergent pas grâce à des discours, mais par les pratiques de ceux qui les font advenir.

Souvenez-vous, nous disent les auteurs, comme nous rêvions enfants en pensant à tout ce que nous pourrions accomplir lorsque nous serions grands ?

Maintenant que l'on sait que tout est inventé, on peut réviser l'histoire. Disons seulement que nous avons été distraits, nous avons porté trop de choses pendant nos voyages, entendus trop de voix dans nos têtes, glissés trop souvent, nous sommes sortis des rails et nous nous sommes perdus. Comme c'est fascinant !

On peut maintenant être attentifs à la nouvelle histoire dans notre nouveau cadre de vie, entendre les premiers sons des symphonies, voir naître les premiers enfants des familles, écrire les premiers mots des récits et regarder émerger ce monde de tous les possibles.