Pourquoi les humains

se racontent des histoires ?

Un conte, dans sa forme originelle, est d'abord et avant tout un pacte entre un conteur et son auditoire. Celui à qui on raconte, ou celui qui lit un conte doit accepter que l'univers imaginaire dans lequel il pénètre ait ses règles propres. Dans un conte, n'importe quoi ou n'importe qui peut, à tout moment, révéler sa part de magie. Tout est propice à ce que de nouvelles idées puissent éclore. 

Dessin : Frederico Fellini, Pourquoi les humains se racontent des histoires par Sylvie Gendreau.

Dessin : Frederico Fellini, Pourquoi les humains se racontent des histoires par Sylvie Gendreau.

Pour réussir un conte, il faut un conteur qui maîtrise l'art de raconter et un auditoire attentif. Raconter est une aventure orale et collective. 

Au coeur même de la trame narrative de tout conte se trouve un héros ou une héroïne. Invariablement, il ou elle se trouve confrontée à une énigme qui doit être résolue, une quête à mener, un voyage urgent à entreprendre. Le voyage est toujours semé d'embûches. Même si les obstacles sont souvent redoutables, le héros peut toujours compter sur une aide. Cette aide surnaturelle peut revêtir de multiples formes : un anneau, une potion magique, un don qui est accordé au héros et qui lui permet de vaincre un adversaire et de franchir une nouvelle étape dans sa quête. 

Les contes ont traditionnellement joué un rôle actif sur le plan social. Ils sont des passeurs d'enseignement. Les contes s'adressent à leur auditoire en paraboles. L'auditeur ou le lecteur vit par procuration ce qui lui manque, ce qui est absent de sa vie ou ce qui pourrait être rectifié par une attitude mieux adaptée ou un comportement différent. En ce sens, la création de contes peut être un tremplin idéal pour développer sa créativité au sein d'un groupe. En entraînant une équipe hors de sa routine habituelle, ils provoquent un effet de divergence. À partir de la mise en situation d'un récit qui tente d'élucider ou de jeter un éclairage nouveau sur un problème auquel le groupe est confronté, celui-ci est amené à repérer les lacunes dans le comportement des membres de l'équipe, ou à identifier des idées nouvelles qui pourraient être éventuellement incorporées dans le processus d'innovation du groupe. 
 
Comme dans le cas du brainwriting, un esprit d'ouverture est impératif. Les contes et les conteurs se sont toujours adaptés à leur auditoire selon l'époque et le lieu. C'est l'une des raisons pour lesquelles les contes continuent de nous émouvoir. Nous y prenons toujours plaisir. La structure d'un conte — quête, passage, conflits à répétition, succès ou victoires, souvent partielles et jamais totales — renvoie à la manière même dont nos vies sont structurées. Ils agissent comme un miroir, nous renvoyant une image de nous-mêmes sous un angle différent. « Ils font écho à quelque chose de nous », comme le souligne François Flahault. L'histoire de la pensée humaine est marquée par le passage du récit, le récit magique et fabuleux, à la pensée rationnelle. Les traces de ce passage sont toujours inscrites en nous. C'est une part de notre héritage. Nous sommes fait d'ombres, d'émotions, d'irrationnel et d'invisible. Une plongée dans cette part de nous mêmes, nous permet de revenir à la pensée rationnelle avec un regard neuf.  

La construction de contes peut donc nous aider pour réussir des projets de co-création et d'innovation.


Références : 

Flahault, François. La Pensée des contes. Anthropos, Paris, 2001. 
Piffault, Olivier. Il était une fois... les contes de fées. Seuil / Bibliothèque de France. 2001.