Paul Klee

Paul Klee est un peintre allemand, un artiste majeur de la première moitié du XXe siècle. Klee a toujours aimé enseigner. Pour lui, l’art est comme un moyen de communication essentiel. Il considérait l’enseignement de l’art comme l’apprentissage d’une déambulation le long d’une ligne tendue dans l’invisible, afin de pénétrer une dimension nouvelle, inconnue.

Il enseigna au Bauhaus, fondé par Walter Gropius, et ensuite à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, et dû s’exiler en Suisse en 1934, chassé par les nazis. Pour Klee, l’art était d’abord un mode d’expression enraciné dans l’expérience et visant à donner forme aux contenus de l’inconscient. Son approche est d’actualité car elle est à la base de nombreux exercices visant à déployer plus efficacement notre créativité.

Dans ses carnets de note, il consacre de nombreuses pages à l’enseignement de l’art. Il débute par une présentation didactique des éléments les plus fondamentaux : le point et la ligne. En lisant le résumé de cette introduction, présenté ci-dessous, on réalise tout de suite l’importance de l’expression picturale, de l’esquisse, du dessin, dans toute expression créative.

« Pour l’instant contentons-nous de considérer un élément essentiel : la ligne. À l’aube des temps, lorsque le dessin et l’écriture se confondaient, la ligne constituait la composante picturale de base. C’est avec la ligne que les enfants commencent à dessiner. Un jour, ils découvrent, avec un enthousiasme qu’il est difficile d’imaginer pour un adulte, un phénomène stupéfiant : un point qui se déplace sur une feuille de papier. Au début, le crayon se déplace librement, sans contrainte. Mais l’enfant découvre rapidement qu’il peut infléchir le parcours du crayon et donner une forme aux motifs dessinés. Le désordre des premières réalisations fait place à des efforts répétés pour produire des formes qui se rapprochent de l’effet que l’enfant avait imaginé. Lentement, avec précaution, l’enfant utilise quelques lignes à peine pour produire une représentation plus ou moins conforme de la maison, de l’arbre, d’une fleur qu’il avait anticipés.

Le point n’est pas sans dimension. Il s’agit en fait d’un plan en deux dimensions, tout petit. Le point est un élément qui ne s’est pas encore déplacé, qui est à l’état de repos. La mobilité est la condition du changement. Le point est un élément primordial. Son mouvement, par définition, est entravé. Il lui faut une impulsion pour qu’il commence à se déplacer. La genèse de toute forme débute par le déplacement d’un point. Et un point en déplacement forme une ligne. La ligne la plus puissante est celle qui est la plus authentique car elle est la plus active.

L’art ne vise pas à reproduire le visible, mais à rendre visible ce qui ne l’était pas auparavant. La nature même de l’art graphique nous entraîne tout naturellement vers l’abstraction. L’art graphique met en scène l’imaginaire et l’exprime avec une grande précision. Plus l’art graphique s’épure, plus ses constituants formels s’expriment avec force, et moins il se prête à la représentation réaliste des objets visibles. »

Landscape wilh gallows, 1919.

Landscape wilh gallows, 1919.

Paul Klee nous parlent depuis une époque révolue, mais ses propos renvoient à une vision essentielle qui est à la base de toute création, de tout design, l’oeil pensant. Ou en d’autres mots : l’oeil agissant. L’oeil qui agit sur le crayon, qui pense et s’exprime en traçant des motifs sur une feuille de papier. Tout est mobilité et transformation dans la conception dans la pratique de l’art graphique. Notre main se met en action et traduit graphiquement une multitude de concepts. Il s’agit d’un processus pro-actif. La pensée graphique se précise au fur et à mesure qu’elle s’exprime. C’est une notion parfaitement nécessaire de nos jours car le dessin (les croquis, les esquisses), demeure à la base de tout processus créatif.


1. SOURCE

Klee, Paul. Notebooks, volume I - The Thinking Eye. Lund Humphries, London, 1961.