Médecine du futur

et antibiotiques intelligents

Claudia Hodonou est doctorante à l'École Polytechnique de Montréal en Génie mécanique

Claudia Hodonou est doctorante à l'École Polytechnique de Montréal en Génie mécanique

Par Claudia Hodonou

Sans elle, aucune activité [scientifique, innovante, créative] n’est possible : la santé ! Généralement, nous y pensons lorsque nous sommes malades. Heureusement, des scientifiques inventent des produits permettant de maintenir ou rétablir notre santé.

L’une des premières révolutions médicales fut l’invention du premier antibiotique en 1928 par Sir Alexander Flemming : la pénicilline. Il a ainsi ouvert la voie au développement de substances de plus en plus puissantes permettant d’éliminer les bactéries responsables des infections. Cependant, ces antibiotiques détruisent aussi les bonnes bactéries, celles qui participent au bon fonctionnement de l’organisme. De plus, l’utilisation systématique d’antibiotiques favorise la mutation des bactéries qui deviennent résistantes aux antibiotiques. Les porteurs sains de bactéries multi-résistantes sont vulnérables car la moindre infection peut avoir de graves conséquences sur leur santé. L’OMS estime que les infections causées par des bactéries multi-résistantes seront la première cause de décès par maladie en 2050.

À partir de 2007, les recherches se sont orientées vers les systèmes naturels de défense des bactéries. Lorsqu'elles sont attaquées, certaines bactéries capturent des bouts d'ADN de l'assaillant et l'intègrent dans leur génome. La bactérie est alors armée contre de nouvelles attaques de ce même agent pathogène. Ainsi, l’observation et la compréhension d’un fonctionnement naturel a abouti à l’invention de la technologie « CRISPR ». Celle-ci permet de mémoriser les attaques afin de mieux se défendre.

Inspirés par cette technique, Xavier Duportet et son associé David Bikard, ont eu l'idée de développer des antibiotiques intelligents qui tuent des bactéries spécifiques, y compris les bactéries résistantes. Ces antibiotiques intelligents capturent puis détruisent les gènes à l’origine de la résistance des bactéries. L’ADN de la bactérie étant brisé, celle-ci se détruit rapidement. C’est ainsi que sont nées les « éligobiotiques » dont le fonctionnement a été démontré sur les souris. La prochaine étape de cette invention est de la tester sur l’homme. Les applications de cette technologie étant nombreuses, on peut s’attendre à une vraie révolution dans les domaines médicaux, paramédicaux, cosmétiques, etc.

Les antibiotiques intelligents, c’est aussi l’histoire d’un jeune chercheur passionné en biologie de synthèse voulant changer le monde. Petit déjà, Xavier Duportet observait les fourmis et étudiait les différentes espèces qu’il découvrait. Très jeune, il découvre une molécule puis entame son doctorat en biologie de synthèse au MIT et à l'Inria[1]. Impliqué dans la société, il cofonde et préside le réseau Hello Tomorrow Challenge pour aider les chercheurs à se financer. Enfin, il cofonde une start-up et continue ses recherches sur les antibiotiques intelligents. Primé pour ses travaux de recherche, il reçoit le prix international de la recherche fondamentale et le prix de l’innovateur français de l’année de la MIT Technology Review.

Que retenir de cette histoire ? Une invention inspirée par le système de défense naturel des bactéries qui va révolutionner la médecine ; mais aussi le portrait d’un chercheur curieux, impliqué et passionné.