Laboratoire vivant ?

De nos jours, les innovations sont développées de plus en plus rapidement. La durée de vie utile des produits a tendance à diminuer. Et dans ce contexte, plusieurs produits sont voués à l'échec. Les entreprises, par conséquent, explorent de nouvelles voies pour innover davantage en réduisant les risques techniques et financiers.

 Dessin : PIerre Guité, Laboratoire vivant par Sylvie Gendreau

Dessin : PIerre Guité, Laboratoire vivant par Sylvie Gendreau

Dans cette mouvance, les utilisateurs sont souvent à l'origine même des innovations. Cette tendance devrait s'accentuer au cours des prochaines années compte tenu de l'accessibilité accrue des technologies, des procédés de fabrication, des fablabs et des fabriques. Les utilisateurs ont donc un rôle important à jouer dans le processus de développement de nouveaux produits, leur rôle étant de plus en plus reconnu par les entreprises.

Le concept de l'innovation 'à forte teneur technologique' réalisée exclusivement à l'intérieur de l'entreprise évolue pour faire place à une innovation dite plus soft, moins coûteuse, codéveloppée à l'externe et centrée sur l'utilisateur.

C'est dans ce contexte que les laboratoires vivants ont vu le jour. Si on sait pourquoi ils ont été créés, les points de vue divergent sur ce qu'est un laboratoire vivant.

Pour résumer les principales définitions qui sont habituellement évoquées,

Un laboratoire vivant est :

(1) une plateforme ouverte d'innovation, une méthodologie, un environnement culturel et technique, un environnement d'expérimentation immersif, ou encore un écosystème...

(2) dans lesquels un nombre important et diversifié d'utilisateurs, en étroite collaboration avec des designers, des chercheurs, des techniciens, des ingénieurs, créent, expérimentent, valident de nouvelles réponses à un ou plusieurs problèmes spécifiques et clairement définis...

(3) dans des conditions et un contexte les plus réalistes possible...

(4) en ayant recours à une panoplie d'approches de stimulation de la créativité, de la planification et de la supervision du travail d'équipe...

(5) pour produire une information riche et détaillée qui sera ensuite analysée et transformée en données utiles afin de créer de nouveaux produits et procédés.

L'objectif n'est pas tant l'optimisation technique, mais plutôt une meilleure compréhension des besoins des utilisateurs et du contexte d'utilisation.

Deux éléments constituent les attributs clés d'un laboratoire vivant et ils sont, paradoxalement, les plus difficiles à implanter :

(1) La participation active et soutenue des utilisateurs du début jusqu'à la fin du processus ;

(2) Le contexte dans lequel les expérimentations sont menées et qui doivent être le plus près possible de l'utilisation visée.

À l'origine de tout laboratoire vivant réside l'idée qu'une innovation est toujours la résultante d'un aller-retour étroit et constant (itérations multiples) entre un concept généré par un ou plusieurs individus (expertises, aptitudes, intentions) et l'environnement social et économique dans lequel le concept a été créé (connaissances, technologies, ressources financières..).  

Le graphique ci-dessous illustre les principaux attributs d'un laboratoire vivant Une échelle de 1 à 5 permet d'évaluer chaque attribut. Plus le score est élevé pour chaque attribut, plus le projet se rapproche de ce que devrait être idéalement un laboratoire vivant.

Living Labs définition-01.png

 

Paramètres d'évaluation pour déterminer s'il s'agit bien d'un laboratoire vivant :


1. Environnement propice : pour évaluer/expérimenter les utilisations sous tous leurs aspects.
2. Découverte : pouvoir déceler de nouveaux usages.
3. Co-création : niveau de participation des utilisateurs ou usagers en tant que codéveloppeurs.
4. Évaluation : mécanismes en place pour évaluer les innovations en collaboration avec les usagers.
5. Environnement technique : être en mesure de réaliser des tests dans un contexte d'utilisation le plus réaliste possible.
6. Contexte : tester les innovations dans un contexte réel.
7. Durée : avoir la possibilité de mener des études (à moyen et long termes).
8. Échelle : être en mesure de mener des expérimentations avec plusieurs usagers.

Living Labs obstacles-01.png

Voilà pour la définition. Qu'en est-il maintenant de la pratique ? Les études menées sur le terrain en Flandre (Belgique) par exemple mettent en évidence les obstacles suivants :

• Coopération déficiente entre les différents partenaires industriels ;
• Les partenaires industriels ne sont pas suffisamment pro-actifs - manque de projets ;
• En conséquence, les usagers risquent de se désintéresser ;
• Rétention / partage insuffisant de l'information ;
• Les thèmes sont trop généraux — pas assez précis ;
• Des thèmes précis qui ne se prêtent pas à la réalisation de projets à long terme ;
• Manque d'ouverture et d'objectivité (neutralité) de la part des partenaires industriels ;
• Danger de verrouiller / promouvoir une technologie au détriment des autres.

C'est une voie d'avenir prometteuse qu'emprunteront de plus en plus de chercheurs et d'industriels.