Jusqu’au bout des pointes

par Clémence Abriat et Ariane Bérard,
doctorantes à l'École Polytechnique de Montréal

CLÉMENCE ABRIAT est étudiante au doctorat en génie chimique. Son sujet de recherche se base sur les propriétés mécaniques des biofilms bactériens, notamment pour mieux comprendre les interactions de plusieurs microorganismes au sein d’un biofilm.

CLÉMENCE ABRIAT est étudiante au doctorat en génie chimique. Son sujet de recherche se base sur les propriétés mécaniques des biofilms bactériens, notamment pour mieux comprendre les interactions de plusieurs microorganismes au sein d’un biofilm.

ARIANE BÉRARD est doctorante en génie chimique. Spécialisée à la maîtrise en traitement de surface super hydrophobe, elle poursuit dans un projet tout à fait différent. Son projet porte sur le développement d’un modèle de prise de décision pour la partie organique des résidus solides municipaux. Ce projet vise à aider les municipalités à bien choisir les traitements pour leur matières organiques (surtout les résidus alimentaires) provenant des bacs bruns.  

ARIANE BÉRARD est doctorante en génie chimique. Spécialisée à la maîtrise en traitement de surface super hydrophobe, elle poursuit dans un projet tout à fait différent. Son projet porte sur le développement d’un modèle de prise de décision pour la partie organique des résidus solides municipaux. Ce projet vise à aider les municipalités à bien choisir les traitements pour leur matières organiques (surtout les résidus alimentaires) provenant des bacs bruns.  

L'invention des pointes

L’invention des pointes est arrivée 200 ans après l’apparition du ballet. En effet, le premier spectacle de ballet fut présenté par l’Académie Royale de Danse en France en 1681. À cette époque, les danseuses portaient des chaussons avec un petit talon. Ces chaussons n’étaient pas adéquats puisqu’il était difficile de sauter et d’effectuer plusieurs mouvements très techniques. Petit à petit, les ballerines ont commencé à enlever ce talon. On raconte que Maria Camargo fut la première à enlever les talons de ces chaussons. Au courant du 18e siècle, toutes les ballerines portaient des chaussons sans talon avec un renforcement au niveau de la cheville et de la demi-pointe. Cela permettait l’utilisation du pied complet et l’extension des mouvements. C’est alors qu’en 1795, Charles Didelot inventa la machine à voler (flying machine) pour permettre aux danseuses de s’élever dans les airs pendant les spectacles. Le public était sidéré par la légèreté et l’exactitude quasi surréaliste qu’avaient les danseuses au moment de quitter le sol, donc lorsqu’elles étaient au bout de leurs orteils. C’est à ce moment-là que les chorégraphes ont commencé à intégrer plus de pointes dans les prestations.

Au 19e siècle, les compétences techniques sont au coeur du ballet et le désir de pouvoir monter sur la pointe des pieds, sans la machine à voler est palpable. Il va falloir attendre jusqu’en 1832 pour voir la première ballerine, Marie Taglioni, faire la prestation, La Sylphide, complètement sur pointe. À ce moment, ce n’était que des chaussons en soie modifiés avec la semelle en cuire pour plus de solidité. Leurs orteils étaient coussinés, car il n’y avait aucun support excepté leurs chevilles et leurs pieds. Il va falloir attendre à la fin du 19e siècle pour l’invention de la boîte à orteils (toe box) par les Italiens. C’est la plateforme robuste et plate au bout de la pointe qui auparavant était beaucoup plus pointue. En augmentant la surface de contact au bout des pieds, les  pirouettes multiples et les mouvements très techniques sont devenus possibles. Il est donc concevable de dire que l’invention des pointes a définitivement permis l’évolution du ballet à un niveau technique très avancé.

Évolution des chaussons de ballet

(1) 18e siècle

(1) 18e siècle

(2) 19e siècle

(2) 19e siècle

(3) 21e siècle - Nike

(3) 21e siècle - Nike

Les pointes modernes sont composées de différentes parties supportant le poids et la force du danseur. La boîte correspond à la partie rigide du chausson qui contribue au maintien du pied du danseur; elle est constituée de plusieurs couches de toiles mises en forme et plongées dans de la colle. La plateforme est la partie plate à l’extrémité de la pointe qui permet au danseur d’avoir un certain équilibre en montant sur pointe. L’empeigne est la partie frontale qui varie suivant le type de chausson. La semelle, appelée le cambrion supporte la cambrure du pied du danseur ou son cou-de-pied. Elle est composée de cuir, plastique, carton ou toile de jute et sa rigidité dépend de la force du cou-de-pied du danseur.

Les lois de la physique s’appliquent aux mouvements de danse classique. Par exemple, plus le poids du danseur sera près de l’axe de rotation, plus il tournera vite dans ses pirouettes. Cette observation est due à la conservation du moment angulaire L=Iω où ω est la vitesse de rotation et I est le moment d’inertie qui augmente si le poids s’éloigne de l’axe de rotation. Certaines études ont montré l’importance du pied d’appui pour effectuer des pirouettes et autres tours. Comprendre la conception des pointes est donc primordial pour la physique du ballet. Les danseurs en mettant tout leur poids sur une petite plateforme exercent une grande force sur leurs pieds, qui peut être mesurée en Newton (N). Cette force divisée par la surface correspond à la pression. En marchant uniquement sur pointe, la pression passe de 41 N/cm2 à plat à 86 N/cm2, soit plus du double. Un exemple encore plus marquant de la pression auquel le chausson est soumis peut s’observer quand le danseur effectue un relevé sur pointe, la force monte alors à 115 N/cm2. Ainsi le chausson doit être apte à résister à une force presque trois fois supérieure à la position à plat.

Danser sur pointe peut être très douloureux, la forme du chausson peut varier légèrement pour s’adapter à la morphologie du danseur. Les pointes continuent d’évoluer avec l’utilisation de nouveaux matériaux et des modifications du design. Tout récemment, Nike a sorti un nouveau concept, Arc Angels, dans le but de permettre l’apprentissage des pointes dès les débuts en ballet jusqu’aux pointes traditionnelles. En effet, il est très dangereux d’utiliser des pointes si la force musculaire au niveau des chevilles et du pied n’est pas assez développée.


Références

Albers D, Hu R, McPoil TG, Cornwall MW. Comparison of foot plantar pressures during walking and en pointe. Kinesiol Med Dance 1993;15(1):25-32.
Kenneth Laws. Physics and Ballet : A new Pas de Deux, Department of Physics and Astronomy Dickinson College Carlisle, Pennsylvannia, 1979
http://pointeshoephysics.blogspot.ca/p/abstract.html
http://historycooperative.org/the-pointe-shoe-a-history/
https://uk.pinterest.com/dancingsparkles/nike-arc-angels/