MANU PRAKASH

Si, tous autant que nous sommes, avions de belles intentions pour le monde  —même petites — l'avenir s'en trouverait transformé. Cette croyance et le désir fou qu'elle se concrétise sont à l'origine de la création des Cahiers de l'imaginaire. C'est l'intention poétique qui nous porte. Oser croire, comme Dostoyevsky, que la Beauté sauvera le monde.

L'intention poétique rejoint les transformations silencieuses du philosophe François Julien. J'adore cette idée. Nous semons l'intention en nous, et presque à notre insu, les transformations s'accomplissent. À l'instar du vieillissement. Chaque jour, on se regarde dans le miroir, mais on ne se voit pas vieillir et pourtant... 

La qualité des intentions précède la qualité des créations. J'ai un très bel exemple qui illustre cela. Un professeur à l'Université Stanford, Manu Prakash, avait l'intention de contribuer à améliorer les soins de santé dans les pays en développement et, par ricochet, dans tous les autres pays.

Un des principaux problèmes est la prolifération des microbes, responsables d'une grande partie des maladies. La conséquence de ce problème est l'incapacité de pouvoir les détecter à temps. Le problème identifié par Manu Prakash et ses deux étudiants, James Cybulski et James Clements, est la difficulté pour les soignants d'avoir accès à des microscopes. Ces équipements sophistiqués sont lourds, ne pouvant être transportés facilement dans des régions éloignées des grands centres, et leurs prix très élevés limitent les centres qui peuvent s'en procurer.  

Pour résoudre ce problème, les chercheurs, après des études sur le terrain, ont eu une idée géniale et très originale. Ils ont fusionné deux concepts : l'origami et le design optique. Et cela a fonctionné !

En 2012, l'équipe de Manu Prakash a inventé un microscope en papier qui offre toutes les fonctions nécessaires pour détecter la présence de microbes afin que les soignants puissent établir un diagnostique pertinent et rapide dans les régions éloignées et isolées.

Leur projet de recherche, fondé sur l'origami à faible coût, consiste à produire des microscopes légers à très grande échelle. Une innovation technologique 'frugale' qui révolutionnera le domaine de la santé mondiale.

Voilà un bel exemple d'où peut mener une intention...  lorsque des chercheurs sont profondément motivés à trouver des solutions. 

Je vous recommande de prendre quelques minutes pour écouter sa conférence spectaculaire et très inspirante... je vous laisse découvrir l'ingéniosité qui se cache derrière ce microscope en papier.


Professeur adjoint en bio-ingénierie à l'Université de Stanford, Manu Prakash est un physicien qui travaille dans le domaine moléculaire pour comprendre la façon dont le monde fonctionne. En 2010, il déclarait à Business Week, qu'il se sent humble face à la nature qui est, pour lui, une source d'inspiration infinie. «Je construis des outils de conception pour découvrir comment fonctionnent les systèmes biologiques afin de pouvoir les déjouer plus souvent. Je crois qu'un jour, nous serons en mesure de comprendre les principes de conception physique de la vie sur Terre et que cela nous conduira à une nouvelle façon de regarder le monde dans lequel nous vivons ». Cela ne nous rappelle-t-il pas Léonard de Vinci ?

Né à Meerut en Inde, Manu Prakash a obtenu un BTech en informatique et en génie de l'Institut indien de technologie de Kanpur avant de déménager aux États-Unis. Il a fait un doctorat et une maîtrise en physique appliquée au MIT avant de fonder le Prakash Lab à Stanford.