La créativité des chercheurs

 ÉTS-CRITIAS-EERS 4.0 

Photo : Pierre Guité. La créativité des chercheurs : ÉTS-CRITIAS-EERS 4.0 par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Photo : Pierre Guité. La créativité des chercheurs : ÉTS-CRITIAS-EERS 4.0 par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Nous n'hésitons pas à investir pour protéger nos yeux : Lunettes de vue, lunettes solaires, lentilles... examens réguliers chez l'optométriste et l'ophtalmologiste, mais qu’en est-il de nos oreilles ? On s’en préoccupe seulement lorsqu’un problème survient. Le souci, avec nos modes de vie contemporains, les problèmes d'audition touchent un nombre grandissant de personnes et, de surcroît, des personnes de plus en plus jeunes.  Il suffirait de sept heures passées dans une salle de gym pour subir une détérioration de l'audition... imaginez si, en plus, vous sortez en boîte, et fréquentez des restaurants-bars où le volume de la musique ou du son des télés vous incite à parler plus fort pour vous faire entendre... Imaginez la perte d'audition qui vous attend !

Et ce n'est pas tout...

Illustration croquée sur un mur du laboratoire. La créativité des chercheurs : ÉTS-CRITIAS-EERS 4.0 par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Illustration croquée sur un mur du laboratoire. La créativité des chercheurs : ÉTS-CRITIAS-EERS 4.0 par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Ce scénario ne tient pas compte de l'utilisation intensive des iPods et téléphones portables pour écouter de la musique à fort volume, ce qui entraîne aussi rapidement une détérioration irréversible de l’audition. Les adolescents sont particulièrement à risque.

Il y a deux facteurs à prendre en considération : le niveau d’écoute et le niveau des bruits ambiants. Ces deux facteurs sont étroitement liés : si le niveau des bruits ambiants est élevé, le niveau d’écoute augmentera. En s’additionnant, ces bruits résulteront en un niveau total excessif et dommageable pour l’audition.

Photo : Pierre Guité. Un des douze chercheurs collaborant dans l'équipe du professeur Jérémie Voix, ingénieur acousticien et chercheur, directeur de la chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires ÉTS (CRITIAS)  

Photo : Pierre Guité. Un des douze chercheurs collaborant dans l'équipe du professeur Jérémie Voix, ingénieur acousticien et chercheur, directeur de la chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires ÉTS (CRITIAS)  

L’usager a le contrôle sur le niveau d’écoute, mais pas sur les bruits ambiants. La tendance des usagers est d'augmenter le son dans des environnements bruyants, et ce, durant des périodes de temps prolongées, ce qui a pour effet de provoquer des pertes auditives importantes. Et c'est un cercle vicieux : Plus les pertes sont importantes, plus l’usager a tendance à augmenter le niveau sonore de son iPod. Les niveaux sonores moyens enregistrés par les utilisateurs de iPods varient entre 95 et 120 décibels. Or, l’Organisation Mondiale de la Santé recommande des niveaux sonores inférieurs à 70 décibels afin de réduire le risque de pertes auditives.

Le véritable danger ne survient pas seulement du niveau sonore en soi, mais de sa prolongation. Un niveau d’écoute élevé maintenu pendant un temps d’écoute prolongé résulte en une « dose » sonore problématique. Ce qui explique pourquoi il faut craindre l'effet cumulatif. Alors que le seuil à ne pas dépasser est de 85 décibels pour une période de huit heures, soit encore 88 dB pour 4 heures, 91 dB pour 2 heure ou 94 dB pour 1 heure, beaucoup des usagers utilisent leur iPod iPod ou leur téléphone portable plus d’une heure par jour. Les études démontrent que plus de 30 % des usagers dépassent ce seuil de dose prescrit.

Un des douze chercheurs collaborant dans l'équipe du professeur Jérémie Voix, ingénieur acousticien et chercheur, directeur de la chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires CRITIAS. 

Un des douze chercheurs collaborant dans l'équipe du professeur Jérémie Voix, ingénieur acousticien et chercheur, directeur de la chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires CRITIAS. 

Les bruits ambiants : rue, métro, train.

Dans tous les cas, les études démontrent que le niveau d’écoute dans un milieu relativement silencieux ne présente généralement pas de danger pour l’ouïe. Une utilisation en continu d'écoute avec iPods et téléphones portables devrait se faire dans des environnements dont le niveau de bruit ne dépasse pas 70 décibels. Ce qui est rarement le cas. À titre d’exemple, le niveau de bruit dans le métro de New York est de 85 décibels ou plus, avec des pointes à 112. Les mesures préventives s’imposent d’elles-mêmes : Réduire le niveau ou le temps d’écoute. Recourir à un appareillage de prévention. Plus spécifiquement des écouteurs permettant de réduire le niveau du bruit ambiant.

Le professeur Jérémie Voix, directeur de la chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires ÉTS (CRITIAS)  

Le professeur Jérémie Voix, directeur de la chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires ÉTS (CRITIAS)  

Il existe deux approches :

La réduction active du bruit ambiant. Ce système est efficace, mais il présente deux problèmes : (1) il peut être performant pour les hautes fréquences ; (2) il a du mal à atténuer les bruits ambiants qui fluctuent rapidement, telle la voix humaine. 

La réduction passive consiste à combiner en un seul système un écouteur intra-auriculaire et une barrière passive qui coupe le bruit ambiant.  

EERS utilise la deuxième approche, mais l’améliore sensiblement. L’oreillette s’ajuste automatiquement à la forme du canal auditif. Ce temps d’ajustement est rapide. Moins de cinq minutes. Cet ajustement personnalisé fait toute la différence. Il permet une réduction importante des bruits ambiants et, par conséquent, abaisse le niveau d’écoute en deçà des limites de sécurité. Le dispositif intègre un système de mesure de l’atténuation requise et adapte l’atténuation à l’aide de filtres passifs.

Jérémie Voix est un ingénieur acoustique avec une expérience de terrain dans des projets de réduction du bruit industriel. Il est titulaire d'un baccalauréat en physique fondamentale de l'Université des Sciences et Technologies de Lille (France), titulaire d'une maîtrise en sciences appliquées en acoustique de l'Université de Sherbrooke et d'un doctorat obtenu, avec une mention excellente, de l'École de technologie supérieure (ÉTS). Jérémie Voix a été le Chef des Technologies (CTO) et le Vice-président de la recherche scientifique de Sonomax santé auditive inc où il a travaillé sur le développement d'un « bouchon intelligent ». En tant que professeur associé à l'ÉTS, il a commencé à travailler avec l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail sur des projets liés à la protection de l'ouïe. Il a été nommé professeur agrégé au département de génie mécanique, le domaine de recherche de Jérémie Voix est de fusionner la protection auditive, l'aide et les fonctions de communication à l'intérieur d'un dispositif unique d'audition dans l'oreille, baptisé « oreille bionique ». 

Le partenaire industriel de CRITIAS est une entreprise fondée et dirigée par Nick Laperle, un entrepreneur qui combine dix ans d'expérience en recherche et développement avec l'ÉTS - École de Technologie Supérieure à Montréal, pour mettre sur le marché — Bionic EERS, une plate-forme logicielle de matériel qui promet d'améliorer et de préserver l'expérience auditive — première dans l'industrie, puis à travers d'autres segments de marché en partenariat avec des chercheurs-entrepreneurs partageant le même esprit.

Pendant toute son enfance, avec des parents qui étaient des audioprothésistes passionnés, Nick Laperle a entendu parler de patients qui subissaient des pertes d'ouïe. Ses parents qui auraient aimé qu'il choisisse la même profession peuvent être fiers... sans le savoir ils ont préparé leur fils à avoir un impact beaucoup plus important pour protéger l'ouïe de centaines de milliers de travailleurs. Il a été le président de Sonomax de 1999 à 2015, et désormais il dirige les destinées de cette entreprise innovante, EERS 4.0.

Nick Laperle, président de EERS 4.0.

Nick Laperle, président de EERS 4.0.

Pour les entreprises qui exposent leurs travailleurs à des bruits ambiants, il est essentiel de leur faire passer des examens rigoureux avant l'embauche et de leur offrir une protection optimale et personnalisée ensuite. Les protections de EERS sont parmi les plus innovantes au monde, l'alliance entre chercheurs, développeurs et usagers est une approche gagnante comme le prouve le développement fulgurant des laboratoires vivants un peu partout dans le monde.

Les oreillettes EERS.

Les oreillettes EERS.

Plusieurs employés pensent avoir perdu leur qualité d'audition au travail, mais, en fait, comme on l'a vu au début de ce billet, les facteurs sont multiples et cumulatifs. Une excellente protection est essentielle, ainsi que l'éducation pour sensibiliser le plus grand nombre à adopter des comportements pour protéger ses oreilles autant que ses yeux et ses dents ! Comme le précise Nick Laperle, « un jeune qui perd sa qualité auditive se prive de la possibilité d'occuper plusieurs emplois plus tard. »

Dans le laboratoire de la préservation et l’amélioration de l’expérience auditive, les chercheurs étudient différents aspects tels que Narimène Lezzoum qui cherche un algorithme pour détecter la parole ou Antoine Bernier, un chercheur qui est aussi guitariste et chanteur, qui finalise le développement d'oreillettes protectrices pour les musiciens...  lorsqu'on réfléchit aux nombreuses heures de répétition en plus des concerts, voilà un produit qui serait très utile tant aux étudiants qu'aux musiciens professionnels. Un projet de recherche que nous suivrons pour tous les nombreux amis musiciens des Cahiers de l'imaginaire.

Côté recherche fondamentale, un chercheur de CRITIAS réfléchit à un un dispositif de micro-grapilleur énergétique pour rendre ces petits appareils —gourmands en énergie— autonomes avec des énergies renouvelables... bref, des projets stimulants qui montrent, une fois de plus, que la collaboration entre chercheurs, entrepreneurs et usagers fait du Québec, un terreau fertile pour faire émerger des innovations formidables.

Le laboratoire ÉTS-CRITIAS et l'entreprise EERS seront bientôt réunis au Centre d'innovation INGO, situé à l'angle des rues Peel et William où se trouvent les bureaux du Quartier de l'Innovation, de Communautique et d'échoFab.


Références :

Jérémie Voix, ingénieur acousticien et chercheur à l’ÉTS, dirige une équipe de douze personnes, il est titulaire de la Chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires CRITIAS. 

CRITIAS se concentre sur la mise au point de diverses technologies applicables à l'oreille humaine, depuis la protection « intelligente » de l'oreille contre le bruit excessif jusqu'à l'intégration de système avancés de communication inter-individuels, en passant par l'aide auditive et le diagnostic auditif embarqué. Des aspects scientifiques plus fondamentaux sont également abordés, comme la micro-génération d'énergie électrique au cœur même d'un dispositif intra-auriculaire miniaturisé, à l'aide de procédés cinétiques ou thermodynamiques, afin de remédier aux problèmes d'autonomie à venir. 

Nick Laperle est le président-fondateur de EERS 4.