Ann-Louise Davidson

ou le génie 'humain' d'une chercheuse !

Nous prenons tellement de choses pour acquises : le langage, les signes, la perception , la communication, les routines quotidiennes, les personnes qui nous entourent... alors que tout ce qui semble si simple pour certains peut être d'une grande complexité pour d'autres.

« Les mots, c'est bien plus complexe que les chiffres. »
Ann-Louise Davidson

En entendant cette phrase lancée au milieu de la conversation, je souris. Je laisse la phrase m'habiter, comme je l'aurais fait à la lecture d'un court poème. Je suis dans un café avec une chercheure qui me parle de ses projets. Elle me passionne. J'adore tout ce qu'elle me raconte. Ann-Louise Davidson fait partie de ces professeurs qui changent le monde avec ses recherches-actions collaboratives.

Peut-être rien de spectaculaire à première vue, tant sa personnalité est discrète. Mais dès qu'on s'approche, qu'on tend l'oreille, l'addition de ses gestes homéopathiques significatifs dévoile le génie humain de cette femme à l'écoute du sensible qui enseigne et supervise les recherches de ses doctorants à l'Université Concordia. Ils ont de la chance !

À Montréal, l'Université Concordia est réputée pour faire preuve d'innovation surtout lorsqu'elle croise les disciplines et tire parti de sa grande diversité culturelle tant chez les professeurs que chez les étudiants. Pour moi qui travaille en intelligence collective et en co-création, découvrir Ann-Louise Davidson est une trouvaille. Si la recherche-action collaborative vous intéresse, je vous invite à lire quelques-uns de ses articles joints à la fin de ce billet(1).

Il est intéressant de constater comment il est possible d'aider ceux qui ont un handicap à retrouver plus d'autonomie en société. Il y aurait encore plusieurs études à mener, mais déjà il ressort clairement qu'il vaut mieux accorder plus d'importance aux processus qu'aux résultats, et ne pas hésiter à utiliser les technologies et les nouveaux médias pour accompagner ce parcours d'apprentissage collaboratif. « Depuis que la désinstitutionnalisation gagne du terrain dans les pays les plus riches du monde, les processus d’intégration communautaire et résidentielle attirent l’attention de plusieurs », explique la chercheure.

Ann-Lise Davidson à droite sur la photo avec ses étudiantes, une employée de LiveWorkPlay et un adulte avec une déficience intellectuelle qui l’a invitée à son lieu de travail pour faire une vidéo.

Ann-Lise Davidson à droite sur la photo avec ses étudiantes, une employée de LiveWorkPlay et un adulte avec une déficience intellectuelle qui l’a invitée à son lieu de travail pour faire une vidéo.

Mais qui aurait pu prévoir qu'après son combat pour financer une recherche collaborative avec huit personnes vivant avec une déficience intellectuelle, la diffusion d'un communiqué sur son projet par l'université, ferait le tour du monde et la manchette en plusieurs langues ? Voici quelques traces...

Welfare Societa Territorio, Welfare Society Territory, Parent Herald, 

Science CodexPhys OrgScience NewslineBig News NetworkBusiness StandardThe Health SiteThe StatesmanNDTVET TelecomLive Work PlayIANS liveTimes of IndiaDaiji WorldIndia.comMed IndiaJagran PostThe Siasat DailyOne IndiaSilicon India NewsThe Punjab News ExpressNew KeralaOdisha Sun TimesSakshi PostDeccan HeraldHealth, Medical and Science UpdatesNewswiseBGRKaumudiLive Mint

The Municipal Information Network,  AMEQ en ligneMedical News TodayWN.com et Noodls.

En Inde, The Time of India , The Hans IndiaVishwa GujaratIndians PlanetEenadu IndiaCan India NewsNew York IndianLegal EraNyoozCellular NewsGizbot,Technobahn.

Et je prédis que nous sommes seulement au début du raz de marée ! Voilà une excellente nouvelle pour toute personne ayant des déficiences intellectuelles et les chercheurs qui se passionnent pour la recherche-action collaborative et la co-création. Il est évident qu'il faut financer de plus en plus de telles recherches et soutenir les travaux d'Ann-Louise Davidson.

Vous êtes curieux ? Pourquoi un tel buzz ? 

Environ deux pour cent des Canadiens ont une déficience intellectuelle. Ces personnes font face à des défis importants — certains liés à la stigmatisation de leur condition, d'autres en raison de leur difficulté à vivre de façon autonome.

L'étude d'Ann-Louise Davidson de l'Université Concordia montre que les technologies mobiles comme les tablettes et les smartphones peuvent aider ces personnes à relever les défis que leur pose la vie quotidienne. En utilisant ces outils pour créer des vidéos qui expliquent leurs expériences de vie et leurs succès, ils peuvent devenir plus autonomes tout en démontrant le pouvoir de l'enseignement de leurs compétences à leurs pairs.

Pour son étude publiée récemment dans Social Inclusion, Ann-Louise Davidson, professeure agrégée au Département de l'éducation de Concordia, a travaillé avec huit personnes vivant avec des déficiences intellectuelles et leur a permis de co-créer une vidéo où ils témoignent de leur expérience personnelle en donnant des conseils aux autres personnes devant affronter les mêmes difficultés.

En utilisant des IPads, les participants ont écrit et réalisé de courtes vidéos qui mettent en évidence des aspects importants de leur vie. Ils ont ensuite partagé les coupes grossières des vidéos avec un groupe de discussion afin de recevoir la rétroaction ainsi que des compliments, avant de télécharger les vidéos sur une chaîne YouTube partagée, accessible au public.

 « Le message collectif de ces vidéos est clair : Une personne avec des déficiences intellectuelles peut jouir d'une vie quotidienne satisfaisante, se sentir bien, travailler, s'épanouir, créer et jouer », explique Ann-Louise Davidson. « Et lorsqu'ils voient d'autres personnes ayant des déficiences intellectuelles réussir, cela les inspire et les encourage. »

« Alors que la production vidéo peut être extrêmement stimulante », poursuit la chercheure, « des vidéos pour les personnes avec des déficiences intellectuelles ne sont presque jamais faites par eux ou avec leur participation. »

«Les personnes ayant des déficiences intellectuelles ont très peu de modèles positifs de personnes qui ont du succès dans la société », ajoute Ann-Louise Davidson, « et la plupart de ces modèles peuvent parfois être critiqués comme étant trompeurs puisque qu'elles sont plus autonomes que la plupart. »

En réalisant son étude avec les huit participants en tant que co-chercheurs, ayant à produire et à éditer leurs propres vidéos, Ann-Louise Anderson a complètement inversé ce modèle.

« La distinction entre faire de la recherche ‹ avec ›, et faire de la recherche ‹ sur › est vraiment importante », dit-elle, précisant que selon une étude, sa recherche est parmi seulement 17 projets à travers le monde ayant adopté une approche collaborative avec cette population, et elle est la seule du genre au Canada. »

Ann-Louise Davidson a utilisé l'approche théorique des capabilités (2), développée par Amartya Sen, économiste et philosophe indien, prix Nobel de sciences économiques en 1998 (3), pour permettre aux participants de prendre des décisions sur les aspects qu'ils souhaitaient mettre en évidence dans leurs vidéos.

« Cette approche signifie avoir la possibilité de capabilités en tant que fonctionnements essentiels que la personne peut choisir », ajoute-t-elle. « C'est une liberté fondamentale que les chercheurs devraient adopter pour conduire leurs prochaines études sur le handicap. »

Les résultats ont été positifs : tous les participants ont fourni suffisamment d'informations sur leurs capabilités et aucun n'a été intimidé par la technologie.

De plus, en partageant les expériences des participants, on réalise la diversité de leurs capabilités: certains ont reçu un prix et ont été impliqués dans diverses organisations, d'autres vivent de façon autonome, font de l'art ou ont un emploi rémunéré — et le développement de ces capabilités apportent autant de satisfaction aux personnes handicapées qu'à leur communauté. 

« Désormais, avec la puissance des technologies mobiles si facilement disponibles et accessibles, les personnes avec des déficiences intellectuelles peuvent et doivent produire leurs propres ressources éducatives », conclut Ann-Louise Davidson.


Sources :
(1) Articles d'Ann-Louise Davidson :

A Collaborative Action Research about Making Self-Advocacy Videos with People with Intellectual Disabilities
Davidson, Ann-Louise, ogitatio, décembre 2015

Use of Mobile Technologies by Young Adults Living with an Intellectual Disability: A Collaborative Action Research Study
Davidson Ann-Louise, Journal on Developmental Disabillities, le Journal sur les handicaps du développement, Volume 18, Number 3, 2012 

Community and Residential Integration, and Paid Employment Go Hand-In- Hand—A Collaborative Inquiry
Davidson Ann-Louise, Journal on Developmental Disabillities, le Journal sur les handicaps du développement, Volume 15, Number 2

LE PROJET « ON OUR OWN TOGETHER II » : À L’AUBE D’UNE ÈRE NOUVELLE
Ann-Louise Davidson, Raymond Leblanc, Silas Leno, Nathalie Clément, Sophie Godbout, Mirela Moldoveannu, Yolaine Payeur, Catherine Turcotte , REVUE FRANCOPHONE DE LA TIRÉ À PART DÉFICIENCE INTELLECTUELLE, VOLUME 15, NUMÉRO 2, 235-245

Why is it so Hard to Talk About Our Intellectual Disability? A Pilot Study Using Action Research 
Davidson Ann-Louise, Journal on Developmental Disabillities, le Journal sur les handicaps du développement, Volume 15, Number 1

En complément :
The “On Our Own Together Housing Project” (Cooperative Housing for People with Intellectual Disabilities) 
Leblanc, Raymond, Journal on Developmental Disabillities, le Journal sur les handicaps du développement.

(2) Définition de capabilités (Wikipédia)
(3) La théorie des « capabilités » d’Amartya Sen face au problème du relativisme
 https://traces.revues.org/211