Un robot peut-il écrire

de la poésie ?

Le chercheur Oscar Schwartz s'est posé la question : « Un ordinateur peut-il écrire de la poésie ? » Et vous, qu'en dites-vous ?

Dessin : Pierre Guité

Dessin : Pierre Guité

Vous y pensez pendant une minute, et tout à coup, vous vous posez une multitude d'autres questions telles que : Qu'est-ce qu'un robot ? Qu'est-ce que la poésie ? Qu'est-ce que la créativité ? Des questions complexes que des personnes peuvent prendre une vie pour essayer d'y répondre.

Cette question provocatrice a conduit Oscar Swartz à imaginer un test de Turing de la poésie que vous pouvez vous compléter sur son site bot or not

Pendant le premier exercice, il présente deux poèmes ; l'un est écrit par un être humain, l'autre est le résultat d'un algorithme. Il a fait vivre l'expérience au public lors de sa conférence TED. Le public devait deviner lequel avait été écrit par un humain.

On essaie ?

Poème 1 :

Little Fly / Thy summer's play, / My thoughtless hand / Has brush'd away. Am I not / A fly like thee? / Or art not thou / A man like me?


Poème 2 :

We can feel / Activist through your life's / morning / Pauses to see, pope I hate the / Non all the night to start a / great otherwise (...)

Que répondez-vous ?  Lequel de ces deux poèmes a été écrit par un être humain ?

J'espère que vous avez choisi le premier, car il s'agit d'un poème de William Blake alors que le deuxième a été écrit par un algorithme à partir des données d'une journée de la page Facebook d'Oscar Swartz. À ce premier exercice, la majorité des personnes a choisi la bonne réponse. OUF !

On passe au prochain exercice... Prêts ?

Poème 1 :

A lion roars and a dog barks. It is interesting / and fascinating that a bird will fly and not / roar or bark. Enthralling stories about animals are in my dreams and I will sing them all if I / am not exhausted or weary.

Poème 2 :

Oh! kangaroos, sequins, chocolate sodas! / You are really beautiful! Pearls, / harmonicas, jujubes, aspirins! All / the stuff they've always talked about (...)

Cette fois, le public a répondu de manière plutôt égale, une répartition 50/50. C'était beaucoup plus difficile. Le premier poème a été généré par un algorithme appelé Racter, qui a été créé dans les années 1970, et le second poème a été écrit par le poète Frank O'Hara.

Ce que le chercheur nous fait faire ici est un test de Turing pour la poésie. Le test de Turing a été proposé par Alan Turing, en 1950, afin de répondre à la question, un ordinateur peut-il penser ? Alan Turing croyait que si un ordinateur était en mesure d'avoir une conversation en mode texte avec un être humain, avec une telle maîtrise de sorte que l'homme ne peut pas dire s'il parle à un ordinateur ou un être humain, alors l'ordinateur peut être qualifié de faire preuve d'intelligence.

En 2013, avec son ami Benjamin Laird, Oscar Swartz, a créé un test de Turing pour la poésie en ligne sur leur site bot or not. C'est le jeu auquel nous venons de jouer. On vous présente un poème, et vous ne savez pas si cela a été écrit par un être humain ou un ordinateur et vous devez deviner. Des milliers et des milliers de personnes ont passé ce test en ligne, permettant aux chercheurs d'obtenir des résultats intéressants.

Quels sont ces résultats? Eh bien, Turing a dit que si un ordinateur pouvait tromper un humain 30 pour cent du temps qu'il était un être humain, alors il passe le test de Turing pour l'intelligence. Avec les poèmes, sur la base de données collectées sur bot or not, 65 pour cent des participants ont été dupés, pensant que les poèmes avaient été écrits par un être humain alors qu'ils étaient le résultat d'algorithmes. Donc, selon la logique du test de Turing, on peut dire oui, un robot peut écrire de la poésie. 

Si vous vous sentez un peu mal à l'aise avec cette réponse, le chercheur nous propose un dernier exercice. Vous êtes prêts ?

Poème 1 :

Reg flags the reason for pretty flags. / And ribbons. Ribbons of flags / And wearing material / Reasons for wearing material. (...)

Poème 2 :

A wounded deer leaps highest, / I've heard the daffodil I've heard the flag to-day / I've heard the hunter tell; / 'Tis but the ecstasy of death, / And then the brake is almost done (...)

Répondez-vous comme la majorité que le premier poème est le résultat d'un algorithme ? Si oui, vous serez étonné d'apprendre que l'auteure n'est nulle autre que la célèbre poétesse Gertrude Stein.  Alors que le poème 2 a été généré par un algorithme appelé RKCP, conçu par Ray Kurzweil, directeur de l'ingénierie chez Google, un défenseur de l'intelligence artificielle. Vous donnez au programme RKCP un texte source, il analyse le texte afin de savoir comment le langage est utilisé, puis il récrée un texte à partir de ces données. Dans le deuxième poème, celui que vous avez sans doute pensé qu'il avait été écrit par un humain, l'algorithme a recréé un texte à partir d'un ensemble de poèmes de la poétesse Emily Dickinson. Le programme a analysé sa façon d'utiliser le langage, il a appris le modèle, et s'en est inspiré pour recréer un modèle conformément à cette même structure. La chose importante à savoir sur RKCP, c'est qu'il ne connaît pas le sens des mots qu'il utilise. La langue est juste sa matière première, le texte pourrait être en chinois, en suédois, il pourrait être recueilli à partir de votre page Facebook alimentée pendant une journée, il représente juste la matière première. Et pourtant, il est en mesure de créer un poème qui semble plus humain que le poème de Gertrude Stein. Ce que les chercheurs ont fait ici, c'est un test de Turing inversé. Donc, Gertrude Stein, qui est un être humain, est capable d'écrire un poème qui trompe la majorité des juges humains, pensant qu'il a été écrit par un ordinateur. Par conséquent, selon la logique du test de Turing inverse, Gertrude Stein est un ordinateur !


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