Nous sommes

des bactéries !

Ceux d'entre vous qui ont lu le post sur l'équipe du professeur Sylvain Martel ont peut-être eu quelques appréhensions en constatant que les nanoparticules choisies par le chercheur sont des bactéries.

J'aimerais dissiper vos craintes. Outre le fait que les bactéries magnétotactiques utilisées par Sylvain Martel ne sont pas nuisibles et qu'elles meurent avant avoir eu le temps de se reproduire, il est important de rappeler un fait méconnu : nous sommes en grande partie constitué de bactéries.

En effet le microbiote intestinal, c'est-à-dire notre flore intestinale, est constitué d'environ 100 000 milliards de micro-organismes. Oui vous avez bien lu : 100 000 milliards, soit au moins deux fois plus que le nombre moyen de cellules de notre organisme, pour un poids total de plus d'un kilogramme.

Nous sommes des bactéries par Sylvie Gendreau et Pierre Guité, Votre laboratoire créatif

Nous sommes des bactéries par Sylvie Gendreau et Pierre Guité, Votre laboratoire créatif

On trouve des bactéries partout dans notre corps. Il y en a plus de 500 espèces différentes. Plus étonnant encore, 99 % des gènes de nos cellules sont des gènes provenant des bactéries. Nous sommes avant tout des bactéries souligne Patrice Debré, immunologiste.

Cela ne veut pas dire pour autant que nous fassions toujours bon ménage avec elles. Les bactéries peuvent être nos alliés, ou au contraire nos ennemis et provoquer des maladies.

Lorsque nous faisons équipe avec elles, les bactéries jouent alors deux rôles essentiels :
(1) elles nous aident à digérer. C'est là sans doute son rôle le plus connu ;
(2) elles éduquent notre système immunitaire.

Dès notre naissance, nous commençons à nous enrichir d'un très grand nombre de bactéries. Et ce microbiote développera rapidement sa signature propre. En effet, un individu adulte possède environ un tiers de bactéries communes à tous, alors que les deux tiers lui sont propres.

Chaque être humain représente un véritable bouillon de culture. Impossible, dans un tel contexte, de ne pas songer à ce qui, en vrai, constitue notre réalité. Nous sommes une mosaïque d'altérités. Ce qui est vrai sur le plan culturel, l'est aussi sur le plan biologique.

Nous ne sommes sans doute pas suffisamment conscients à quel point nous faisons équipe avec ce qui nous constitue, et avec tout ce qui nous entoure. Nous ne pouvons vivre sans l'autre. Nous vivons avec et pour l'autre.


Référence :

Continent Science. France Culture. Février 2016. Interview de Patrice Debré, Immunologiste. Le Monde immense de nos commensaux.