Le silence

Ce bruit, qui nous submerge. 

Le bruit est partout, il est omniprésent. Nous flottons dans une mer de bruits : véhicules de toutes sortes, médias électroniques, musique d’ambiance. Et si tout s’arrêtait ? Si nous étions soudain plongés dans le silence. Alain Corbin souligne que le silence fait peur. On le redoute et on le fuit.

Le silence s’adresse à l’âme et le bruit s’adresse au corps, ajoute-t-il. Certains recherchent le silence et le cultivent. Les moines, par exemple, ceux qui pratiquent la méditation, ou les randonneurs. D'une certaine manière, qui que nous soyons, nous recherchons tous le silence, à divers degrés, à divers moments de notre vie, car l’horizon de l’âme existe toujours.

Le silence n’est pas seulement absence de bruit. Il procure la tranquillité nécessaire pour réfléchir, pour faire le point et aussi pour stimuler sa créativité.

Les arts orientaux connaissent le silence en sa racine même : le vide. Dans la peinture chinoise, le vide est source de plein ; il est l'origine. Tout émerge du Vide. Les peintres chinois, sur leur long rouleau de papier, font la part belle à de grands aplats de blanc dans leurs paysages. Dans ces paysages, qui sont des microcosmes de l’univers, on aperçoit d’abord de vastes montagnes se détachant d’un arrière-plan dénudé et, si on regarde attentivement, on distingue sur un rocher une minuscule silhouette : un homme pêchant ou lisant. Le silence et la paix y sont presque palpables.

Le silence favorise l’écoute intérieure, l’inspiration. Il permet de tendre l’oreille à ce qu’on n’avait pas encore entendu. Toute création émerge du silence. On retrouve le silence dans les oeuvres mêmes de création. Des intervalles de silence s’invitent entre les vers d’un poème d’Hölderlin, ou des intervalles de vide dans un tableau de Zao Wou-ki.

Kafka va plus loin et évoque le chant des sirènes qui se révèle plus redoutable lorsqu’il est inaudible et silencieux. Car, selon lui, s’il est possible de se soustraite à leur chant, il est impossible d’échapper à leur silence. Leur silence, ajoute Kafka, et par extension le silence de la mer, est un prélude aux mystères merveilleux que recèle l’univers.  


Références

Corbin, Alain et Delacomptée, Jean-Michel. Le Prix du silence. Répliques. France-Culture, septembre 2016.

Steiner, Georges. Language and silence. Atheneum, New York, 1986. Silence and the poet, p. 36.