Entre Liverpool et Cambridge

Plusieurs mathématiciens ont la réputation d'être des introvertis. Parmi les plus talentueux d'entre eux, certains ont été, enfants, les souffre-douleurs de leurs camarades de classe. On leur reprochait leur timidité, de se tenir en retrait, leur indifférence à l'égard des sports. Jusqu'à l'âge de 18 ans, ce fut la vie de l'introverti John Horton Conway, un des mathématiciens les plus réputés de sa génération.

Un matin, alors qu'il prenait le train de Liverpool à Cambridge, grâce à la seule bourse d'études universitaires de sa promotion, il eut une illumination. Puisqu'aucun de ses camarades de classe ne l'accompagnait, il réalisa soudainement qu'il n'aurait plus à subir leurs sobriquets et leur rejet. Les sévices qui l'avaient tant fait souffrir étaient désormais de mauvais souvenirs. Ce passé était bel et bien derrière lui. Quel soulagement.

Il ne tenait donc qu'à lui, pensa-t-il, d'envisager un avenir totalement différent. Il s'imagina être à l'opposé de celui qu'il était. Il se vit se métamorphoser en être extraverti. « Pourquoi pas ? Pourquoi n'en serais-je pas capable ? » Il prit alors la décision de se transformer, dès sa descente du train à Cambridge, en quelqu'un de drôle, d'enjoué, voire de turbulent : celui qui ne se prendrait plus jamais au sérieux et serait de toutes les soirées.

Parviendrait-il, malgré ses craintes, à faire disparaître son ancienne carapace ?

Dessin©PIerre guité. De liverpool à cambridge, la métamorphose d'un introverti par Sylvie Gendreau, votre laboratoire créatif

Dessin©PIerre guité. De liverpool à cambridge, la métamorphose d'un introverti par Sylvie Gendreau, votre laboratoire créatif

John Horton Conway a maintenant 77 ans et il n'a jamais dérogé à sa décision. Sa réputation d'extraverti est solidement établie. Au point, où l'on voit en lui un mélange détonant de Mick Jagger, Salvador Dali et Richard Feynman. Son sens de l'humour ne l'a jamais quitté. Il éprouve le besoin irrépressible de vouloir expliquer l'univers à tous ceux qui veulent bien l'écouter.

Il s'agirait donc simplement de le vouloir et de l'imaginer...


Références : Roberts, Siobhan. The world’s most charismatic mathematician. The Guardian, juillet 2015.