Comment faire naître une étoile dans son garage ?

Le garage de la maison familiale est un espace de liberté dans lequel—contrairement au reste de la demeure—poussière, désordre et saleté sont tolérés. C'est le lieu idéal pour donner libre cours à sa créativité.

Photo©Pierre Guité. Comment faire naître une étoile dans son garage. Taylor Wilson a peut-être la réponse par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif

Photo©Pierre Guité. Comment faire naître une étoile dans son garage. Taylor Wilson a peut-être la réponse par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif

On le sait. De nombreuses innovations sont issues de garages familiaux. On pense immédiatement à Steve Jobs et Steve Wosniak d'Apple. D'autres continuent d'utiliser ce lieu pour innover, tel le surdoué Taylor Wilson. 

Combien peut valoir l'idée d'un enfant ?

Dès l'école élémentaire, Taylor se passionne pour la biologie, la génétique, la chimie, les fusées, l'astronomie... Sa curiosité est insatiable. En cinquième année, il lit le livre The Radioactive Boy Scout de Ken Silverstein. C'est l'histoire du jeune David Hahn qui essaie de construire un réacteur nucléaire dans un vieux hangar désaffecté dans la cour arrière de la maison de sa mère à Détroit. Si pour David l'aventure se termine par un échec—il est arrêté par les autorités qui donnent l'ordre de décontaminer le site—pour Taylor, c'est le déclencheur d'une nouvelle aventure fabuleuse.

Apprendre des erreurs des autres

« Ce qui était fascinant pour moi, c'est que je pensais que ce genre de choses était hors de portée, que seuls les grands laboratoires et des chercheurs avec de gros budgets et des diplômes pouvaient y avoir accès », confie-t-il au journaliste Tom Clynes du National Geographic. « Si un enfant avait pu toucher de si près à la physique nucléaire, je supposais que je ne commettrais pas les mêmes erreurs que lui et que je réussirais ce qu'il avait essayé de faire. »1

Taylor à 11 ans.

À l'âge de 11 ans, Taylor assiste à la rémission du cancer de sa grand-mère maternelle. Elle survit grâce à des traitements de radiothérapie. Il s'interroge. Comment pourrait-on éviter aux patients de se déplacer si loin pour obtenir un diagnostic et un traitement de leur cancer ? Au lieu de créer les matières radioactives pour diagnostiquer et traiter le cancer dans des cyclotrons de plusieurs millions de dollars, et transporter ces isotopes à travers le continent, ne pourrions-nous pas construire le même type de réacteurs, assez petits, assez bon marché et suffisamment sûrs afin que tous les hôpitaux soient équipés pour irradier les patients ? Combien de personnes comme sa grand-mère ont-elles pu être traitées ? Combien de personnes pourraient l'être avec de tels réacteurs ? D'une question à l'autre, Taylor n'a plus qu'un rêve : Construire un réacteur.

Tom Clynes écrit : « Son désir de construire une « étoile miniature », —un accélérateur de particules à des vitesses et des températures suffisamment élevées pour que les atomes se dissolvent—est extraordinairement complexe. C'est le genre de projets pour lesquels les laboratoires et les gouvernements dépensent des dizaines de milliards de dollars. Pour créer sa propre « étoile dans un bocal », Taylor aurait besoin de maîtriser au moins vingt domaines scientifiques et techniques, comprenant le nucléaire et la physique des plasmas, la chimie, la métrologie des rayonnements et l'ingénierie électrique. Pour concevoir et construire un dispositif qui crée et retient plusieurs puissances dans un vide au-delà du vide de l'espace, il faut jusqu'à 100 000 volts de puissance électrique, les particules atomiques devant être accélérées à des vitesses et des températures suffisamment élevées pour fusionner leurs noyaux ensemble et libérer leur énergie. »

Taylor à 14 ans.

Motivé par ses quêtes, Taylor construit, dans le garage de ses parents, le prototype d'un réacteur à fusion nucléaire qui atteint une température de 580 millions˚Celcius, soit 40 fois la température du noyau du soleil ! Pour y arriver, il expérimente sans relâche, faisant preuve d'une débrouillardise inouïe pour se procurer les composantes et instruments de mesure nécessaires à ses expérimentations.

La création de son prototype a exigé un processus long et ardu—parfois périlleux—qui lui a permis d'acquérir une connaissance et un savoir-faire exceptionnels. Encouragé par ses parents, même si ces derniers avouent n'avoir aucunes connaissances dans le domaine scientifique, ils ont fait confiance à leur fils et à ses étranges obsessions. Son père affirme que lorsqu'une chose intéresse Taylor, il est obsédé et travaille continuellement au point d'en oublier de manger. Il semblerait que c'est toujours le cas aujourd'hui.

Ses parents ont su trouver des chercheurs et des pédagogues pour soutenir leur fils. Ils ont même déménagé de l'Arkansas pour le Nevada afin que leurs enfants puissent être inscrits à une école publique pour enfants surdoués.

Taylor à 17 ans.

« Les enfants peuvent changer le monde. »

À 17 ans, Taylor estime que la fusion nucléaire est une solution à nos futurs besoins énergétiques. L'enfant prodige raconte son histoire lors de sa première conférence TED. 

Taylor à 19 ans.

Pour sa deuxième conférence TED, le scientifique présente un nouveau regard sur un vieux sujet : la fission nucléaire. Taylor Wilson a gagné plusieurs prix pour ses recherches et a obtenu le soutien pour créer une entreprise afin de réaliser son rêve. Dans cette conférence, il explique ce qui est si enthousiasmant avec son concept. Ses innovants petits réacteurs modulaires de fission que l'on peut enfouir sous terre seraient alimentés par une infime quantité de gaz en comparaison des réacteurs actuels. Ils pourraient fonctionner pendant 30 ans sans interventions humaines ! Scellés, ils offrent une sécurité maximale !

Taylor explique que cela pourrait bien être la prochaine grande étape dans la résolution de la crise mondiale de l'énergie. Selon lui, avec un tel système, l'énergie pourrait éventuellement être accessible et gratuite à tous. Taylor rêve loin.

Taylor à 21 ans.

« J'ai réalisé que j'avais la capacité de créer des choses qui pourraient vraiment changer le monde. »

Aujourd'hui, l'entrepreneur scientifique fait la navette entre le garage de la maison familiale de Reno, dans le Nevada, et différents laboratoires de recherche. La diversité de ses sujets d'intérêt est impressionnante : détection des bombes artisanales, nouvelles méthodes de traitement contre le cancer, nouvelles stratégies pour faire baisser les prix de l'énergie... et le rêve de générer de l'énergie pour les fusées et l'exploration d'autres planètes. 

Si plus jeune, ses passions étaient, selon ses propres mots, égoïstes puisqu'il suivait simplement ses obsessions et se faisaient plaisir. À l'âge adulte, il se sent désormais responsable. Sa bougie d'allumage est la curiosité.

À cinq ans, il délaissait ses jouets pour des objets à échelle grandeur nature. Il rêvait d'une véritable grue. Son père—qui avait un ami propriétaire d'une entreprise de construction— lui a fait un cadeau surprise. Le jour de son cinquième anniversaire, devant le regard étonné des voisins, une grue de six tonnes s'est garée devant la maison ! Taylor s'est assis sur les genoux de l'opérateur, pendant un long moment, pour actionner, avec un plaisir non dissimulé, les manettes de l'engin. 

Sept années ont passé depuis la réalisation de son prototype. Pour Taylor, le garage demeure l'élément central, l'épicentre de la création. À ceux qui ont la chance de le visiter, il exhibe fièrement le premier équipement dont il a fait l'acquisition : un spectromètre de masse obtenu d'un ex-astronaute de Houston. L'autre secret de sa réussite est le solide appui parental dont il a bénéficié. Ses parents ont toujours fait preuve de patience et de créativité et ce, malgré les problèmes de sécurité que soulève, entre autres, la manipulation de substances radioactives. Lorsque cela s'avérait nécessaire, ils demandaient l'avis de physiciens et c'est Taylor qui devait démontrer aux experts qu'il était en contrôle de la situation. 

De l'avis même de Taylor qui est bien sûr conscient de ses aptitudes, le quotient intellectuel ne suffit pas pour créer quelque chose d'exceptionnel. Il faut savoir développer ses aptitudes, se concentrer sur des questions précises et suivre ses obsessions.

Heureusement que le petit génie a eu accès au garage familial pour développer, si jeune, ce potentiel hors du commun. Rien de tel que le prototypage pour mettre en place un banc d'essai pour tester ses idées, valider ou invalider une hypothèse. C'est aussi une formidable façon de faire évoluer sa pensée. Une idée en entraîne une autre, peu importe si elle mène à un prototype prometteur ou à un échec. Sa concrétisation fait toujours surgir de nouvelles hypothèses et d'autres pistes de solutions. 

Pour qu'un concept puisse tenir la route,
le penseur est indissociable du faiseur. 

Ce qui est impressionnant dans l'histoire de Taylor Wilson, c'est la qualité d'écoute, d'observation et d'assistance que ses parents ont manifestée envers leur enfant. Combien de petits génies n'ont simplement pas la chance de se développer parce qu'ils ne sont pas écouter. Les enfants peuvent changer le monde. N'en doutons pas.


Photo©Pierre Guité. Exercice #2, Une idée n'a de valeur qu'une fois exécutée par Sylvie Gendreau dans Votre laboratoire créatif.

Photo©Pierre Guité. Exercice #2, Une idée n'a de valeur qu'une fois exécutée par Sylvie Gendreau dans Votre laboratoire créatif.

EXERCICE # 2 Une idée n'a de valeur qu'une fois exécutée. Il est important d'apprendre à prototyper ses idées. Pour y arriver, il faut maîtriser les techniques nécessaires à son art. Les plus grands artistes tout comme les plus grands scientifiques maîtrisent leurs outils. Cela leur permet—le temps de la réalisation—d'éliminer les obstacles entre leur pensée et leur créativité. Un artiste talentueux, nous fait oublier l'instrument. 

Dans votre garage ou ailleurs, quelle idée pourriez-vous prototyper cette semaine ? Inspirez-vous du génial Taylor Wilson.