Des étudiants extras

J'adore enseigner à des étudiants curieux, intelligents et motivés. D'une part, parce que j'apprends autant avec eux qu'ils apprennent avec moi, c'est une expérience de co-création pour personnes ouvertes d'esprit, désireuses d'entreprendre une conversation créative qui se poursuivra bien au-delà d'un simple cours. Ce sont des créateurs engagés personnellement et collectivement dans la société dans laquelle ils vivent. Deux mots clés nous relient : connexion et coopération.

D'autre part, ces étudiants extras, ces beaux esprits, m'encouragent et me stimulent. En les regardant, je sais qu'une formidable relève se prépare. Cela m'enthousiasme de collaborer avec eux, de les aider à préparer un avenir plus serein et éthique, plus intelligent et convivial.

De gauche à droite : Issoufou Abdou amadou, Julie Charron-Latour, Benjamin De Leener, julien couet, sylvie gendreau, Mathieu Lapointe, william sanger, thomas kauffman, fatima Zarha Haouzi et assis devant, talal halabi et pierre-henri trapy.

De gauche à droite : Issoufou Abdou amadou, Julie Charron-Latour, Benjamin De Leener, julien couet, sylvie gendreau, Mathieu Lapointe, william sanger, thomas kauffman, fatima Zarha Haouzi et assis devant, talal halabi et pierre-henri trapy.

L'École Polytechnique de Montréal offre une formation enrichie à ses doctorants. « Futurs créateurs de savoir, les détenteurs d’un diplôme de doctorat sont tenus à l’excellence non seulement dans leur discipline de recherche, mais également dans leurs habiletés à créer, à analyser, à mobiliser, à gérer, à communiquer, à convaincre et à entreprendre. C’est dans le but de développer ces compétences hors discipline que l’École Polytechnique a développé la formation d’une série d’ateliers visant à répondre aux exigences du parcours doctoral. Depuis 2012, avec Jamal Chaouki, Daniel Spooner et Élise Saint-Jacques, je participe au développement du volet 'créativité en recherche'.

À la fin de chaque session, nous organisons un événement où les étudiants de toutes disciplines viennent présenter un sujet d'innovation. Je suis toujours très fière de mes étudiants, car ces scientifiques ont su intégrer un volet 'progrès pour la société' peu importe leur discipline ou leur projet de recherche. 

Lors de la session hiver 2015, les trois étudiants qui ont remporté le premier prix, Julie Charron-Latour, Mathieu Lapointe et William Sanger m'ont donné la permission de partager leur projet avec vous.

Les trois chercheurs ont d'abord fait une séance de remue-méninges. Julie avait visité une tante dans une maison de retraite et cela l'avait attristée et choquée. Ils cherchaient une idée qui réduirait la détresse des personnes âgées. En faisant des recherches, ils ont trouvé des chiffres révélateurs : Au Québec, en 2016, il y aura 1,459 millions de personnes âgées de 65 ans et plus, ce qui représentera 18,5 % de la population. Le pourcentage de la population âgée augmentera d'environ 30 %. En 2040 - 2050, au Québec, 13 % de la population aura plus de 65 ans contre 12,6 % au Canada en 2001 ; cette statistique va augmenter jusqu’à 24 % en 2026 pour le Québec, contre 21,4 % pour le Canada ; Aux États-Unis, le pourcentage prévu en 2015 est 18,5 %. De surcroît, le troisième âge tendra à s’allonger, allant de la période de 65 ans à 99 ans, soit 35 ans d’activité. 1

En poursuivant leur recherche sur les projets concernant les personnes âgées, ils ont découvert un projet en France qui a proposé à quelque 600 personnes âgées situées sur sept communes un service à domicile intégrant le portage de repas, la téléassistance et un service de soins infirmiers. Une étude a toutefois montré que ces services n’empêchaient pas la solitude de certaines personnes, âgées ou handicapées, le soutien renforcé aux aidants a ensuite été étendu aux personnes isolées. 2
 

Ils ont aussi découvert un programme salué par l'UNCCAS incluant  un « café campagne », des spectacles vivants, des expositions, des conférences, des projections de films, des journaux, des livres, des jeux de société et des ateliers variés (cuisine, Taï-chi, sophrologie, écriture…). Une animatrice et deux volontaires en service civique animent « cette démarche complète favorisant le lien social, avec, à la fois, les services professionnels à domicile, une aide aux aidants et des animations ». 3

À l’heure où le social, et plus particulièrement l’animation, reprend le pas sur le soin dans de nombreuses institutions, les expérimentations d’échanges intergénérationnels se multiplient. Les trois doctorants ont donc imaginé un modèle intéressant pour les métropoles qui pourrait être importé ailleurs selon les résultats positifs qu'obtiendrait une telle initiative.

En présentant leur projet, Match ton aîné, trouve ton jeune, la plateforme générationnelle, Julie, Mathieu et William ont expliqué l'importance de la rencontre physique et du partage des passions. Le juste vivre ensemble ne suffit pas pour vivre heureux.

Leur projet vise à permettre des moments privilégiés de partage entre des personnes âgées et des enfants, ou plus souvent des adolescents, autour d’un projet ludique, artistique ou culturel (jeux, débats sur des thématiques d’histoire ou de société, ateliers de théâtre, peinture ou danse, etc.).

Pour les adolescents concernés, ces échanges sont l’occasion d’aller vers des personnes âgées, souvent absentes de leur entourage proche, de les découvrir et d’étoffer leurs connaissances et leurs opinions. C’est une véritable ouverture d’esprit et un vecteur d’insertion pour ces jeunes. Quant aux personnes âgées, ces échanges leur permettent de s’ouvrir sur la société et ses évolutions, dont ils sont souvent coupés lorsqu’ils s’engagent dans un parcours institutionnel. Voici la vidéo réalisée par Julie pour présenter le projet aux membres du jury et au public.

L'équipe a gagné le premier prix à l'unanimité. Il s'agit d'une excellente idée qui répond à un véritable besoin. De plus, ces projets ponctuels ne requièrent que peu de moyens financiers. Les principaux défis consistent à choisir les bons partenaires, les bons projets et à les mettre en place. Un modèle, comme l'a mentionné l'équipe gagnante, qui est reproductible.

Ce n'est pas la première session que mes étudiants proposent des projets intéressants. Plusieurs équipes ont eu d'excellentes idées. Chaque fois, je me dis que c'est dommage... il ne s'agit que d'un TP3 qui restera dans un fichier d'ordinateur. Ils ont tous des doctorats à terminer et parfois ils occupent déjà un emploi. Mais cette fois-ci, l'Idée est si proche de la vocation des Cahiers de l'Imaginaire que j'ai envie de vous lancer une invitation... si vous représentez une ville ou une commune, une institution ou une fondation, les Cahiers de l'imaginaire seraient intéressés à développer une telle plateforme. D'ici là, Julie, Mathieu et William auront le temps d'avancer dans leurs recherches... et pourront peut-être nous conseiller à distance.


Sources :
1. Vie des générations et personnes âgées: aujourd’hui et demain, Institut de la statistique du Québec, 2004. Lien: http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/vie-generation-

2. Ils ont gagné le prix de l'Innovation http://www.weka.fr/actualite/insertion/article/les-prix-de-linnovation-sociale-locale-2014/

3. Mettre en place un échange intergénérationnel  http://www.weka.fr/action-sociale/dossier-pratique/accueil-des-personnes-agees-en-etablissement-dt56/mettre-en-place-un-projet-innovant-en-ehpad-l-echange-intergenerationnel-4140/