Jamais trop d'idées

Pour optimiser un processus d'idéation, j'aime m'inspirer de la Théorie de l'évolution de Darwin qui nous apprend qu'il est essentiel de créer le plus de variations possible. Dans la nature, des gènes aux systèmes écologiques, la variabilité se retrouve à tous les niveaux. C'est ce qui donne la biodiversité. Tout se renouvelle constamment : les gènes, les comportements, l'anatomie, la physiologie, les modes de locomotion, les régimes alimentaires... Le vivant construit et reconstruit. Rien n'est figé. Tout évolue en même temps. L'histoire de la nature — et donc la nôtre — est constituée d'une succession d'innovations. Plus de variation signifie plus de diversité qui signifie plus d'opportunité, donc plus de créativité. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire le livre de Pascal PIcq, Un paléoanthropologue dans l'entreprise, S'adapter et innover pour survivre.

Jamais trop d'idées par Sylvie Gendreau. Dessin, Art numérique©PierreGuité

Jamais trop d'idées par Sylvie Gendreau. Dessin, Art numérique©PierreGuité

Nous sommes nés pour avoir de nombreuses idées, ainsi est notre nature. La créativité n'est donc pas le privilège de certains, elle est présente en chacun, il suffit de créer un environnement favorable à son développement, c'est-à-dire, une atmosphère de confiance où chacun peut s'exprimer librement sans craindre d'être bâillonné. Et comme l'a dit un professeur d'un de mes étudiants, Julien Couet : « Le ridicule ne tue pas, la preuve on est encore là ! »

Tout projet, quel qu'il soit, devrait commencer par une phase d'inspiration pour voir loin et large, suivie d'une phase d'idéation pour créer un maximum de variation. À cette étape, nous n'avons jamais trop d'idées. Il ne faut surtout pas se limiter. Pensez à la biodiversité et osez toutes les formes d'idées, des plus sérieuses aux plus saugrenues.

Si nous nous concentrons trop rapidement sur une idée principale, nous pouvons passer à côté d'une idée beaucoup plus innovante. Il est d'ailleurs assez rare que la meilleure idée apparaisse en premier. Si, dans un processus de séances de remue-méninges, une idée vient trop facilement et rapidement, il y a de fortes chances qu'elle ne soit pas très originale.

C'est le moment parfait pour jouer au pourquoi des pourquoi. Imaginer toutes les formes, toutes les couleurs, toutes les combinaisons... et même lorsqu'on pense avoir tout épuisé, c'est souvent à ce moment, en réponse au dernier pourquoi, que la meilleure idée émergera. Il faut aussi veiller à ne pas rejeter trop rapidement les idées secondaires.

Combien de chercheurs ou de créateurs ont vu une petite idée inattendue devenir l'idée qui changera leur vie.  L'histoire partagée avec nous par Benjamin De Leener me rappelle cela. Si le taxidermiste Birdseye n'avait jamais vécu avec les Inuits, il n'aurait pas inventé la congélation des aliments et connu ensuite un tel succès.

Côté méthodes, il ne faut pas se laisser emprisonner en répétant toujours la même chose, la même recette. Varier les méthodes de génération d'idées est aussi une façon de varier les plaisirs. Le brainstorming traditionnel ne donne pas toujours les résultats attendus. Les introvertis s'y sentent rarement à l'aise alors qu'ils sont souvent de grands créatifs.

La plupart du temps, les brainstormings silencieux sont plus efficaces. Faire circuler des post-its sur lesquels chacun écrit une idée nouvelle et que les autres membres complètent par d'autres idées sur le même thème aide souvent à générer davantage d'idées.

Imaginer mille petites histoires est aussi une bonne façon de générer des idées. Rappelez-vous les rêves d'Einstein d'Alain Lightman qui a inspiré tant de scénaristes. Le biomimétisme aussi, observez la nature et déclinez une multitude d'idées qui permettraient de trouver des solutions aux problèmes. Léonard de Vinci excellait en la matière. 

Mais peu importe la façon de faire. Le plus important n'est pas la méthode choisie, mais l'attitude des joueurs. Ce qui est vraiment clé, c'est l'état d'esprit et la permission d'exprimer tout ce qui nous passe par la tête. L'habitude de générer plusieurs idées se cultive. Les créatifs n'ont pas besoin de séances de remue-méninges pour avoir des idées, ils en ont tout le temps. Dès qu'il se recentre, se connecte avec la nature ou avec les autres... dès qu'ils se promènent quelque part... les idées fusent. Les jeux de mots sont souvent un accélérateur.

L'autre très grand avantage de générer le plus d'idées possible, c'est que cela permet d'exercer notre cerveau à toujours avoir de nouvelles idées. Un esprit créatif évolue avec agilité. Un cerveau, bien oxygéné, ne peut qu'avoir de très nombreuses idées. Il est fait pour cela. Plus, il y a de connexions dans notre cerveau, mieux il se porte.

Jamais trop d'idées par sylvie gendreau. dessin-art numérique©pierre guité

Jamais trop d'idées par sylvie gendreau. dessin-art numérique©pierre guité