L'intelligence

des plantes !

Dessin : Pierre Guité. L'Intelligence des plantes par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Dessin : Pierre Guité. L'Intelligence des plantes par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Comment définir l'intelligence ? Du point de vue étymologique, être intelligent signifierait comprendre, percevoir. L'intelligence se réfère aussi à la capacité de traiter de l'information pour atteindre un objectif. Elle peut être aussi définie comme la faculté d'adaptation. Vus sous cet angle, les humains ne seraient pas les seuls à être intelligents. D'autres organismes vivants, telles les plantes, adoptent eux aussi des comportements intelligents qui mettent en jeu les attributs clés qui viennent d'être mentionnés : perception, échanges et traitement de l'information dans un but précis. 

Chez les plantes, la communication inter-espèces fait appel à plus de 20 sens différents. Les fèves, par exemple, font appel à des signaux sonores et repèrent leur tuteur par echolocalisation1 (Mabey).  

Les plantes peuvent aussi avoir recours au sens de la vue. Certaines espèces de vignes ont la capacité de modifier la forme et la couleur de leurs feuilles pour se fondre avec celles de l'arbre sur lequel elles sont en train de grimper. 

Les plantes sont aussi capables de sensations tactiles. Lorsqu'on les touche, les feuilles du mimosa apprennent à se replier. En présence d'un danger, elles enregistrent cette information et la mémorisent dix fois plus longtemps qu'une abeille. 

La capacité d'écoute des plantes peut être très développée. Une étude récente menée par le professeur Appel de l'Université du Missouri montre que les vibrations causées par des insectes herbivores en train de manger des feuilles peuvent chez certaines plantes (Arabidopsis thaliana) générer des réactions chimiques de défense. Ces plantes sont en mesure de distinguer les bruits de mastication et ceux provoqués par le vent ou par le chant d'un insecte. Les sons vibratoires sont transmis rapidement à l'intérieur même d'une plante, ou d'une plante à une autre. 

Les plantes ne se contentent pas d'enregistrer des informations, de les mémoriser et de les traiter, elles échangent également ces données avec leurs congénères et elles s'en servent aussi pour interagir avec leur environnement. Leur mode de communication est principalement chimique. Elles fabriquent et émettent de nombreuses substances volatiles différentes (Amitabha). Certaines molécules peuvent servir de moyens de communication avec d'autres plantes. D'autres déclenchent des réactions de défense contre des prédateurs afin de prévenir d'éventuelles attaques ou de mener elles-mêmes l'assaut contre des agresseurs. À l'inverse, d'autres molécules ont pour fonction d'attirer les insectes pollinisateurs. Des centaines de substances constituent ainsi un alphabet chimique complexe et créent plusieurs systèmes de communication : plantes - insectes, plantes - plantes, plantes - bactéries.  

Les plantes ne possèdent pas de cerveau. Il n'en demeure pas moins qu'elles se comportent de manière intelligente. Il faut éviter de faire preuve de cérébrocentrisme. L'intelligence n'est pas l'apanage de l'humain. Les plantes sont elles aussi capables de réagir et de solutionner un problème. Elles aussi peuvent apprendre, s'adapter à leur environnement et évoluer.

Encore une fois, force est de constater que pour mieux vivre ensemble et sauver notre espère, nous avons tout à apprendre de la nature : sagesse, humilité, communication, intelligence collective et créativité.


  1. « L'écholocalisation, ou écholocation, consiste à envoyer des sons et à écouter leur écho pour localiser, et dans une moindre mesure identifier, les éléments d'un environnement. Elle est utilisée par certains animaux, notamment des chauves-souris et des cétacés, et artificiellement avec le sonar...  Le naturaliste italien Lazzaro Spallanzani publie en 1794 ses travaux sur les chauves-souris : il ferme leurs yeux avec des boules de glu ou les brûle avec des aiguilles chauffées au rouge, mais elles continuent à se déplacer facilement. Il montre ainsi qu'elles voient par leurs oreilles2. Les premières expériences de détection par radars ayant lieu dans les années 1920 conduisent certains naturalistes à faire l'analogie du système de localisation des obstacles des chauves-souris avec ce mode de détection. Le zoologiste Donald Griffin, travaillant avec le neuroscientifique Robert Galambos sur ces systèmes de localisation depuis les années 1930, invente le terme écholocation dans un article scientifique publié en 1944 dans lequel il explique que les radars utiliseraient — il ne connaît pas exactement leur fonctionnement couvert par le secret militaire — des ondes électromagnétiques comme les personnes aveugles qui localisent les objets par l'écho de leurs pas, de leurs cannes ou comme les chauves-souris qui utilisent des ondes ultra-sonores3. » Wikipédia 
  2.  L'écholocalisation chez les chauves-souris [archive].
  3. D. R. Griffin, « Echolocation in blind men, bats and radar », Science, no 100,‎ 1944, p. 589–590.

SOURCES : 
Appel, H.M. and all. Plants respond to leaf vibrations caused by insect herbivore chewing. Oecologia (2014) 175:1257–1266. 

Das, Amitabha and all. Plant volatiles as method of communication. Plant Biotechnol Rep (2013) 7:9–26. 

Gagliano. Monica and all. Experience teaches plants to learn faster and forget slower in environments where it matters. Oecologia (2014) 175:63–72. 

Mabey, Richard. How plants think. The Guardian. Friday 16 October 2015.