Être plus attentif.

Comment y arriver ?

Certaines tâches monopolisent toute notre attention : écrire, par exemple, exige une forme d’immersion mentale très exigeante.

Dessin : Pierre Guité. Être plus attentif. Comment y arriver ? par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

Dessin : Pierre Guité. Être plus attentif. Comment y arriver ? par Sylvie Gendreau, Votre laboratoire créatif.

C’est le cas de Jonathan Franzen, un écrivain américain, auteur de plusieurs best-sellers, qui, malgré son succès, a beaucoup de mal à écrire. Pour chaque nouveau livre, il a l'impression qu'il doit tout réapprendre. Son mode opératoire consiste à créer un ensemble de personnages qu’il doit suffisamment aimer pour les soumettre à d’innombrables tourments. Sans amour, dit-il, ce serait trop cruel. Franzen s’échine à élaborer d’incessantes amorces d’intrigues. Il rédige un nombre incalculable de notes qu’il juge ennuyeuses lorsqu’il les relit.

Chaque roman nécessite la construction d’un univers dans lequel Franzen s'efforce de ressentir le plus intensément possible un nombre limité de petites choses vécues par ses personnages. Pour mener à bien cette entreprise, Franzen, de son propre aveu, a besoin de s’isoler. Selon lui, cet isolement est plus que jamais nécessaire dans un monde où la distraction s’infiltre partout, spécialement par le biais d’Internet.

Pour être en mesure d’écouter ce qui se passe vraiment dans le monde qui nous entoure, 99% du bruit ambiant doit être filtré. La petite fraction restante constitue un matériel narratif plus que suffisant. Notre capacité de nous concentrer est menacée par nos modes vies actuels et par notre dépendance aux réseaux sociaux. Notre capacité de nous concentrer diminue dès l’âge de vingt ans. Une mince consolation pour ceux qui croyaient que ce phénomène ne se manifestait qu’à un âge avancé.

Pourquoi devrait-on s’en soucier ? Parce qu’il existe une relation étroite entre prêter attention à une information, filtrer les interférences qui nous empêcheraient de capter correctement cette information, et notre capacité de la mémoriser. Il est évidemment plus difficile de se remémorer une information qui n’a pas été bien enregistrée correctement au préalable.

À part l'isolement auquel s'astreint Jonathan Franzen lors de la rédaction de chaque nouveau livre, il existe heureusement des solutions moins extrêmes pour accroître notre capacité de concentration. Une équipe de chercheurs de l'Université de la Californie dirigée par Adam Gazzaley a mis au point un jeu vidéo : NeuroRacer qui a pour objectif d'améliorer notre attention. Une route apparaît à l’écran. Le joueur doit maintenir sa voiture virtuelle selon la direction indiquée. Au début, l'exercice paraît simple mais la route ne cesse de dériver, les courbes sont difficiles à négocier, et la route elle-même s’élève et s’abaisse fréquemment. Le joueur doit à la fois maintenir le cap et en même temps réagir correctement à des signes qui apparaissent à gauche de l'écran de manière aléatoire. Aussitôt que le joueur atteint un score de 80%, le jeu se complexifie.

Après douze sessions d'une heure, à raison de trois fois par semaine, les effets du jeu sur l'attention du joueur fonctionnent de manière importante et soutenue. Un participant âgé de 79 ans a même surclassé un groupe de contrôle âgé d’une vingtaine d’années qui ne s'était pas entraîné sur NeuroRacer.

Le jeu poursuit un objectif très précis : augmenter notre capacité à filtrer les interférences et à augmenter notre attention. Il ne s'agit pas d'une panacée à tous les problèmes cognitifs, mais il démontre, une fois de plus, la plasticité du cerveau même chez les personnes âgées. Ce qui est très encourageant pour nous tous !


Sources :

Foster, Douglas. How to Rebuild an Attention Span. The Atlantic. Sep 4, 2013.

Franzen, Jonathan. Jonathan Franzen: ‘Modern life has become
extremely distracting. The Guardian. Friday 2 October 2015.

http://gazzaleylab.ucsf.edu/neuroscience-projects/neuroracer/