S'entraider pour Entreprendre

L'atmosphère est bon enfant ! Chaudes journées d'été, en bordure du Fleuve Saint-Laurent, dans le Vieux Port de Montréal... Les discussions sont à l'apprentissage, la co-création, l'action, la rentabilité, mais aussi la fête ! Le réseautage, comme on dit au Québec, bat son plein.

Plus de 70 conférences et 170 pitchs... Je cours d'une tente à l'autre et — entre les deux — je fais des rencontres! J'ai manqué la première journée, le mercredi qui s'adressait surtout aux investisseurs et à ceux qui s'intéressent aux aspects financiers : Angelfest-Fundfest-Scalefest et je suis arrivée seulement en après-midi le jeudi, premier jour officiel du startupfest. La journaliste-animatrice, Diane Bérard a écrit un post sur l'événement. Elle y était au moment où j'étais absente. Pour lire ses commentaires sur les accélérateurs et les tendances qu'elle observe : Qu'est-ce qui cloche avec les accélérateurs ?

À mon arrivée, l'événement était déjà bien engagé. Pour ma part, j'ai aimé la générosité de ceux qui ont donné des conseils détaillés pour éviter aux autres de commettre les mêmes erreurs qu'eux ou ont partagé ce qui contribue le plus à leur réussite. Une camaraderie, un esprit d'entraide... et plusieurs projets pour améliorer la société ont retenu mon attention. Certains de mes anciens étudiants, doctorants à l'École Polytechnique de Montréal, étaient aussi ravis des échanges qu'ils ont eus pendant l'édition 2016 de Startupfest et de ce qu'ils ont appris.

LA VISUALISATION DES DONNÉES

La visualisation rend les données accessibles, les histoires les rendent pertinentes.
— Noah Illinsky

La tendance lourde qui se dessine avec les données massives ne ralentira pas le flot d'informations qui nous assaille. Au contraire. Lorsque vient le moment de communiquer, il faut apprendre plus que jamais à extraire l'essentiel des idées que nous souhaitons transmettre. L'expert Noah Illinsky suggère quatre piliers pour concevoir une visualisation efficace :

  1. Objectifs — Pourquoi communique-t-on ? À qui s'adresse-t-on ? Soyons spécifiques.
  2. Contenu — Que voulons-nous dire ? Le fameux 'Less is More' de Mies van der Rohe est à-propos non seulement en architecture, mais aussi en design de contenu. Diffuser moins de contenu veut aussi dire un meilleur apprentissage, car il rend le message plus intelligible. Retirons les distractions de nos messages. Soyons clairs et précis.
  3. Structure — Comment organiser notre contenu ? Dans les graphiques, par exemple, les bâtonnets supportent bien les comparaisons, les lignes, l'évolution dans le temps, et les tartes, les compositions.
  4. Mise en page — Mettre en exergue le contenu pour attirer l'attention et focaliser sur ce qui est vraiment important.
Noah Illinsky à Startupest 2016. S'entraider pour entreprendre par Sylvie Gendreau, Les Marathons créatifs.

Noah Illinsky à Startupest 2016. S'entraider pour entreprendre par Sylvie Gendreau, Les Marathons créatifs.

Le succès exige que nous apportions des réponses : Que souhaitons-nous offrir à nos auditeurs qu'ils garderont en mémoire après nous avoir lus ou entendus ? Et le dernier conseil de Noah Illinsky : Twitter est la meilleure façon de rester en contact.

L'autre conférencier que j'ai entendu et que certains ont qualifié de plus inspirant de tout l'événement, c'est l'entrepreneur et investisseur Jonathan Bixby, venu de Vancouver, pour parler sur le thème de la passion.

Jonathan Bixby est un entrepreneur en série qui a lancé et vendu plusieurs entreprises. Il est le co-fondateur de Stanley Park Ventures, un accélérateur, et Koho qui met au défi le domaine bancaire avec leur application qui pourrait devenir la banque de demain sans frais bancaires !

L'entrepreneur-investisseur Jonathan Bixby

L'entrepreneur-investisseur Jonathan Bixby

Si passion dans son sens étymologique veut dire souffrance, pour Jonathan Bixby, il perçoit la passion plutôt comme une joie qu'il exploite non seulement pour lui-même, mais aussi pour toutes les personnes qui l'entourent. Chaque fois qu'un de ses collaborateurs mérite une reconnaissance, il le surprend en lui offrant un cadeau en lien avec sa passion. Une personne de son équipe est passionnée, entre autres, par le Cirque du Soleil. Il lui offre des billets pour participer à des spectacles dans des cadres particuliers. Il essaie d'être extrêmement à l'écoute de ses co-équipiers, il se donne la peine de bien les connaître, et contribue à leur bonheur en nourrissant leur passion.

Donc si la passion est joyeuse, on peut se poser la question, qu'est-ce qui rend heureux ? Se sentir en contrôle de sa vie et de son destin rend heureux. C'est pourquoi Jonathan Bixby essaie d'offrir cette liberté à toutes les personnes qui travaillent dans ses entreprises.

Dans tous ses projets entrepreneuriaux, l'entrepreneur-investisseur s'en tient à trois règles simples, dont il ne déroge jamais :

1. NO 'ASSHOLES'. Cela se passe de traduction ! Même les personnes les plus intelligentes et talentueuses au monde, si elles ne sont pas des personnes décentes et sympathiques, elles ne collaboreront pas avec Jonathan Bixby. Rien de tel pour gâcher l'esprit d'équipe que des égos surdimensionnés... Comme disait Bergson : « la seule cure contre la vanité, c’est le rire, et la seule faute qui soit risible, c’est la vanité ». Dans une vie, on passe souvent plus de temps au travail qu'avec sa famille, aussi bien faire en sorte que tous soient le plus heureux possible en travaillant les uns avec les autres.

2. MESURER LES RÉSULTATS. Jonathan Bixby ne se soucie pas de la façon dont les personnes de son équipe atteignent les résultats, il les laisse libres de travailler où elles veulent et de la façon dont elles le souhaitent. Tout ce qui l'importe ce sont les résultats. Il mesure tout avec précision pour vraiment comprendre ce qui se passe : données sur la participation sociale, données sur la perception (Aimez-vous travailler ici ? Pourquoi ?), données sur les journées d'absentéisme, réunion démocratique où tous peuvent s'exprimer sur ce qui ne va pas dans l'entreprise, il gère en transparence. Et il essaie de se poser la question :  Pourquoi je parle en ce moment ? Il a appris à se taire pour écouter ses collaborateurs. Les passionnés ont souvent la langue qui se délie facilement, il faut donc faire un effort pour être moins bavard.

3. LA FAMILLE D'ABORD. Pour Jonathan Bixby, père de trois enfants, il est essentiel de toujours respecter les obligations familiales de ses collaborateurs, car lorsqu'on arrive en fin de vie, tout ce qu'il nous reste... ce n'est pas le nombre d'entreprises qu'on a créées, ni combien d'argent on a gagné, mais plutôt les souvenirs heureux avec les membres de notre famille.

Cela m'a plu, dans un milieu d'entrepreneurs, de ne pas seulement entendre parler de performance et d'argent... 

L'entrepreneur Jeffrey Baikowitz, se penche, entre autres, sur les problèmes de la faim et de la santé dans le monde, tentant de rapprocher le monde de l'entrepreneuriat et de la technologie à celui des bénévoles qui travaillent sur le terrain pour tenter de résoudre ces énormes problèmes. On sent chez les jeunes, des personnes beaucoup plus engagées que leurs prédécesseurs à lutter contre les inégalités. Sur ce même sujet, lire le billet sur le Forum créatif, organisé par Ville nourricière, auquel je participe à Sherbrooke le dimanche 7 août : des ciotyens qui changent le monde.

J'ai aussi apprécié le vibrant plaidoyer de Janice Taylor qui participait à une table ronde, invitant les femmes à jouer un rôle plus important (en restant elles-mêmes) dans l'univers des startups et des technologies, conseillant à tous et à toutes : « Nous n'avons pas besoin d'attendre les lois pour bien faire et être bons. »

LA FIN DU MONDE ANNONCÉE...


Ma dernière conférence du jour : une conversation entre l'artiste Josh Luvvy Harris et l'animateur Andy Nulman sur la singularité. OUCH... selon eux, dans sept ans seulement, les machines auront pris le contrôle. Ce serait d'ailleurs la raison pour laquelle Josh n'a pas voulu avoir d'enfants. Il fait chaud, c'est la fin de la journée, les propos peuvent être déprimants pour certains... on sent les regards attentifs, les visages sévères. « On aura une mince fenêtre d'opportunités pour appuyer sur le bouton et dire stop... mais le ferons-nous ? Google aura ce bouton qui nous permettra de tout arrêter, mais Larry Page appuiera-il dessus ? Après... il sera trop tard, on aura basculé dans un autre monde, celui où l'intelligence artificielle aura le contrôle. Étant donné que de se sentir en contrôle de nos vies est ce qui rend heureux.. cela soulève quelques bonnes questions !

Rina, une participante, s'est voulue rassurante: L'éducation et l'intelligence collective peuvent encore nous sauver. Et un autre de s'écrier : C'est la musique qui nous sauvera.

On parlait plutôt d'une vingtaine d'années pour agir. Les sept années annoncées par l'artiste raccourcissent d'autant notre marge de manœuvre. Voilà un peu plus de pression pour entreprendre...  et concrétiser des solutions pour nous sauver !

Il fait toujours aussi chaud, mais il y a de l'orage dans l'air. « Tout le monde gagne à Startupfest », lance joyeusement le fondateur, Philippe Telio le vendredi en fin de journée pour la remise des prix.

Les grand-mères juges sont au premier plan lors de la remise des prix du Startupfest 2016.

Les grand-mères juges sont au premier plan lors de la remise des prix du Startupfest 2016.

Le prix de Vidéotron Mat TV, pitch de 30 secondes a été remporté par l'équipe de key2access.

Le prix de Vidéotron Mat TV, pitch de 30 secondes a été remporté par l'équipe de key2access.

Les organisateurs ont eu la courtoisie d'installer des fauteuils pour les grand-mères alors que la foule se tient debout, tous curieux de découvrir les startupers qui remporteront un prix.

Parmi les gagnants, le plus jeune a 17 ans, il est le fondateur de YouCollab. Il reçoit 35 000 $ de six juges-investisseurs. La startup basée à Toronto a créé une application qui connecte les créateurs sur YouTube cherchant à collaborer en fonction de leurs intérêts.

Et ne vous trompez pas, l'univers des tech a besoin des femmes comme l'a mentionné Janice Taylor pendant la table ronde : Les femmes doivent apporter leurs touches féminines dans cet univers encore trop masculin. Cela tombe bien, plusieurs ont remporté des prix à l'édition 2016 de Startupfest.

Le grand prix de 160 000 $ a été remporté par @Flixel pour lequel les juges étaient 14 investisseurs ! Flixel est une start-up basée à Toronto, qui a créé l'application Cinemagraph Pro qui rend la création simple et rapide. Les utilisateurs importent une vidéo, ils peuvent sélectionner un cadre et un mouvement directement sur l'écran. Les utilisateurs peuvent ensuite exporter en qualité broadcast ou télécharger sur flixel.com et facilement partager avec le monde. L'entreprise en démarrage a remporté un Apple Design Award en 2014.

Le grand prix de 160 000 $ a été remporté par @Flixel pour lequel les juges étaient 14 investisseurs ! Flixel est une start-up basée à Toronto, qui a créé l'application Cinemagraph Pro qui rend la création simple et rapide. Les utilisateurs importent une vidéo, ils peuvent sélectionner un cadre et un mouvement directement sur l'écran. Les utilisateurs peuvent ensuite exporter en qualité broadcast ou télécharger sur flixel.com et facilement partager avec le monde. L'entreprise en démarrage a remporté un Apple Design Award en 2014.

Sylvain Carle, directeur général @FounderFuel et associé @RealVentures a remis un prix de 100 000 $ à Amir Moravej pour Butler, un gagnant dont l'histoire l'a vraiment ému.

Sylvain Carle, directeur général @FounderFuel et associé @RealVentures a remis un prix de 100 000 $ à Amir Moravej pour Butler, un gagnant dont l'histoire l'a vraiment ému.

75 000 $ pour hellomd.com La santé et le bien-être avec le Cannabis médical, projet d'une start-up basée à San Francisco spécialisée dans les soins de santé numérique pour les patients de marijuana qui peuvent obtenir leur carte de cannabis médical en ligne sans visiter un bureau de médecins. 

75 000 $ pour hellomd.com La santé et le bien-être avec le Cannabis médical, projet d'une start-up basée à San Francisco spécialisée dans les soins de santé numérique pour les patients de marijuana qui peuvent obtenir leur carte de cannabis médical en ligne sans visiter un bureau de médecins. 

La jeune Amanda est ravie de son prix.

La jeune Amanda est ravie de son prix.

Il y a d'autres prix et gagnants... voilà seulement ceux que j'ai pu croquer avec mon téléphone. La belle histoire de ce Startupfest, c'est que les juges ont eu tellement de coups de cœur qu'ils ont décidé de mettre plus d'argent pour soutenir plus de gagnants. Des prix pour un total de 245 000 $ sans compter les 100 000 $ de Founder Fuel.

Comme moi, vous avez compris qu'il s'agissait d'un événement stimulant, rafraîchissant et incontournable. De jeunes entrepreneurs qui trouvent des mentors, des accélérateurs et des fonds... pour développer leurs idées. Une communauté d'entraide où il n'est pas seulement question d'argent, mais aussi de collaboration. Je vous invite à mettre l'édition 2017 à votre agenda...  et pourquoi pas prévoir un séjour à Montréal ?

Sachez que pour être entendus, vous n'avez qu'à avoir une bonne idée et faire un bon 'pitch', ensuite tout peut arriver... bravo à Startupfest et aux investisseurs-juges, c'est stimulant pour tous les participants, car même si on ne repart pas avec un prix, on aura appris énormément de choses et on pourra toujours revenir l'année suivante.