AVANT-PROPOS

Dans cette histoire, il y a trois personnages. Moi, la narratrice, Crayou, le sage et Pico, l’expérimentateur. Il y a peu de temps encore, nous n’avions jamais imaginé que nos destins seraient liés. La vie, toujours pleine de surprises, en a voulu autrement. Ce livre est le récit de nos aventures.

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Par quel hasard me suis-je retrouvée dans cette famille, dans ce pays, à cette époque ? Si Spinoza était là, il me répondrait. Mais tu n’as donc encore rien compris à ton âge ? Le hasard n’existe pas.

Dans sa chanson, Maxime Le Forestier dit :

« On choisit pas ses parents,
on choisit pas sa famille

On choisit pas non plus

les trottoirs de Manille

De Paris ou d'Alger

Pour apprendre à marcher

Être né quelque part

Être né quelque part

Pour celui qui est né

c'est toujours un hasard. »

Hum… Spinoza aurait probablement été en désaccord avec Maxime Le Forestier. Pourtant Maxime a raison, lorsqu’on est né quelque part, on ne sait pas pourquoi on est là et pas ailleurs

J’ai toujours aimé ce genre de questions… avons-nous choisi de naître dans ce pays, dans cette famille, à cette époque… comme un joueur le ferait avant d’entrer dans un jeu ? Il choisit son avatar, son pays et ses amis.

Dans les milieux de la haute technologie et de la futurologie, cette question fait débat. Pour certains, nous ne serions que dans un jeu. La naissance est le début. Go. La mort, son arrêt.

D’ailleurs le film de science-fiction des frères Wachowski en 1999, Matrix, a marqué les imaginaires. Certains sont convaincus dur comme fer qu’il s’agit là de notre histoire.

Lorsque Spinoza dit qu’il n’y a pas de hasard, il ne veut pas dire, pour autant, que nous soyons uniquement des pions sur un échiquier. C’est plus complexe que cela. C’est pour essayer de démêler cet imbroglio, dans le monde d’aujourd’hui, que j’ai décidé de partager avec vous mes lectures, mes quêtes, mes découvertes dans le cadre non pas d’un livre dans sa forme classique, mais plutôt dans une conversation créative. Et bien sûr, pas seulement avec Crayou et Pico, mais avec vous chers lecteurs et lectrices. Je sais que vous avez tous une imagination fertile, que chacun d’entre vous est unique, original et intelligent. Je sais également que vous êtes curieux parce que vous lisez ces lignes. Et j’anticipe qu’ensemble nous nous amuserons à créer un nouveau jeu.

L’autre question intrigante est : inventons-nous ou découvrons-nous de nouvelles choses ? Les plus grands artistes comme Michelangelo disent parfois qu’ils n’ont fait que laisser émerger l’œuvre qui se cachait dans le bloc de marbre. Les œuvres préexisteraient avant même qu’elles ne soient créées par leur auteur. L’histoire de ce livre que nous écrivons en ce moment existerait déjà ? Crayou et Pico, que Pierre et moi pensons sortis de notre imagination, attendaient simplement que nous les découvrions ?  Hum… Spinoza, qu’en penses-tu ? Toi qui as eu une telle influence sur de grands penseurs et créateurs comme Goethe, Einstein et Bergson, j’aimerais bien t’inviter pour un café afin que nous puissions avoir une petite conversation.

Pour Spinoza, la raison est clé. Comme l’explique le philosophe français Frédéric Lenoir, qui a étudié sa vie de près et relu plusieurs fois L’Éthique, l’ouvrage central de ce penseur qui a cherché pendant toute son existence à mettre en cohérence sa pensée et ses actes.

Voilà exactement ce que j’essaie de faire. Donc, cher Spinoza, pour te parler de manière un peu plus moderne, j’ai décidé de faire de toi, notre influenceur. Bien que tu aies joué au jeu de la vie de 1632 à 1677, tu es encore tellement présent et pertinent, que j’ai envie de faire de toi le joker de notre aventure pour que tu nous aides à sortir de nos impasses.

Ton porte-parole se nomme Crayou, je te le présenterai mieux plus tard. Tu as eu un effet apaisant sur Goethe, c’est lui qui l’a écrit. J’espère que tu auras ce même effet sur Pico, cette partie en nous, créative certes, mais sujette à des stupeurs et tremblements qui peuvent parfois nous éloigner d’un sentiment de joie. Tu sais, ces chocs émotionnels qui nous empêchent de faire évoluer notre histoire sereinement.

Pour nous, tu es le meilleur guide, car tu n’as en aucun temps porté un jugement sur les actes humains (déjà d’avoir réussi cela me semble surhumain), tu as plutôt cherché à les comprendre en vue de les améliorer. Tu as donc cette grande qualité d’exemplarité, essayer de t’imiter est déjà un bel apprentissage. Un influenceur ne doit pas seulement dire des choses intelligentes et sensibles, il doit agir en cohérence avec ses propos. Et cela représente un défi immense.

Un autre de tes atouts, cher Spinoza, tu es le philosophe de la joie. Or il se trouve que ce jeu auquel nous te convions se veut joyeux. Si si, j’insiste. Apprendre et réfléchir, découvrir ou inventer, appelez cela comme vous le voulez, c’est une joie !

Voilà, le temps est venu de te présenter celui qui jouera le rôle du sage dans cette aventure et qui sera, du moins je le souhaite, un interprète que tu aimeras et à qui tu souffleras chemin faisant, l’essentiel de tes réflexions alignées avec notre époque et ce monde en pleine rupture et transition.


Crayou

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Je suis Crayou, un habitué de l’écriture, du dessin, des gribouillis. Depuis toujours, je suis l’ami des écrivains (donc de toi Spinoza), des dessinateurs, des architectes, des ingénieurs, des mathématiciens, des enfants aussi.

Je suis un habitué des pages blanches, des moments des réflexions, des incertitudes. Je fréquente les agendas, les carnets de notes, les petits bouts de papier… et je m’installe sagement dans la pochette de votre chemise, dans votre sac à main ou votre sac à dos.

Je suis un ancêtre, et peut-être même un sage (sans vouloir te porter ombrage cher Spinoza que je respecte tant). J’étais là bien avant les téléphones intelligents et les tablettes électroniques. J’étais là alors que vous gribouilliez vos premiers dessins. C’est avec moi que vous avez appris à écrire. C’est encore moi que vous mordilliez nerveusement, à la recherche du mot juste, de la ligne parfaite, du bon chiffre, lors d’un examen, de la rédaction de votre composition, ou lorsque vous écriviez votre première lettre d’amour.

Je suis un ami, car je vous accompagne partout où vous allez. Je sais me faire petit. Je connais vos peurs, vos victoires, vos doutes. Je connais aussi vos travers, vos forces et vos faiblesses.

Les plus grands maîtres ont eu recours à moi pour leurs esquisses. Car tout naît d’une idée et la meilleure façon de l’exprimer demeure le dessin. Il suffit de quelques lignes pour exprimer ce qui, quelques secondes plus tôt, n’était qu’une intuition. Le fait de voir apparaître les traits sur le papier permet au concept de prendre forme, presque par magie.  

Je peux prendre plusieurs formes : je suis un crayon à mine, une plume, un stylo. Mais c’est sous la forme la plus simple — le crayon à mine — que je suis le plus sympathique.

Je ne tombe jamais en panne. Je n’ai pas besoin d’être rechargé : tout au plus, avez-vous besoin d’un aiguise-crayon à proximité. Il suffit de me tailler. Je suis léger. Je ne coûte pas cher. Je ne suis pas frappé d’obsolescence et je ne crois pas qu’on me mette un jour définitivement au rancart.  Pour cela, je suis rassurant, je suis quelqu’un sur qui vous pouvez compter. Je suis constitué de matériaux recyclables. Tout comme plusieurs de mes pairs, j’ai été fabriqué dans du bois de cèdre et lorsque je viens d’être taillé, je dégage une agréable odeur boisée.   

Je tire ma sagesse de la connaissance que j’ai de vous. Je vous observe constamment. Je ne vous juge pas, mais je vous jauge. Mon contact avec vous est tactile, intime. Pour chaque geste d’écriture ou de dessin, vous devez me prendre en main et m’indiquer le tracé de ma mine. Lorsque vous écrivez dans votre journal intime, c’est moi qui agis comme intermédiaire entre votre pensée et le papier. Je suis un passeur entre le monde éthéré de votre imaginaire et le monde réel inscrit sur la feuille de papier.

J’ai appris à faire preuve de patience. Je suis toujours là lorsque vous avez besoin de moi. Je suis à l’origine de grands projets, car toute oeuvre débute par une esquisse, un brouillon, et c’est à partir de ce brouillon que les idées se concrétisent et se mettent ensuite en place. Ainsi, je suis aux premières loges, j’assiste aux gestes premiers, j’inaugure les petites comme les grandes oeuvres.

Tout change. Je n’échappe par à cette règle immuable. Pour ne pas demeurer en reste, j’ai même décidé de me connecter. En fait, ce n’est pas nouveau puisque j’ai toujours été connecté par l’entremise de votre main. Mais maintenant, c’est différent. Je dois me mettre à la page et me relier autrement.

La jalousie m’a poussé à réagir. À cause de passage au tout numérique, je sentais que vous me délaissiez, que vous étiez sur le point de m’abandonner. Il arrive parfois que vous m’oubliiez dans le fond de votre tiroir, ou pire, que vous me reléguiez au rayon des vieux objets inutiles, dans un carton de rangement, dans un débarras ou dans le grenier. Je me retrouvais alors seul et désemparé.

Dorénavant, j’ai un plan. J’envisage la vie autrement. Je suis appelé à jouer un nouveau rôle. Je serai désormais connecté. Je disposerai de différents avatars selon les missions que vous me confierez. J’aurai la possibilité de stocker vos données. Je pourrai lire, scanner, analyser. Et, ô miracle, je pourrai enfin m’exprimer. Eh oui ! Je pourrai vous parler. J’ai tant de choses à vous dire. Je ne serai plus relégué au simple rôle d’exécutant, comme autrefois.

Connecté ?!? Mais comment ? Je le savais pourtant, mais je n’en étais pas vraiment conscient. Compte tenu de ma proximité avec vous, je baignais dans un univers de données que je serai dorénavant en mesure de capter et d’analyser. Je ne serai pas seul. Mon métier de passeur sera mis à contribution pour agir comme intermédiaire entre des experts et vous. Je leur soumettrai ce que j’ai noté, ils analyseront le tout, et vous feront ensuite des recommandations.

Lorsque j’y réfléchis, je réalise que j’ai toujours eu la mine un peu trop penchée sur le papier. Je manquais de recul. Je ne pouvais pas mémoriser tout ce que vous me demandiez d’écrire. Maintenant, c’est différent. J’ai du recul.


Pico

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Quant à l’expérimentateur, il a emprunté sa forme d’un petit oiseau. Il voltige d’une expérience à l’autre. Il est curieux, touche-à-tout, et parfois, il est si fébrile, il ne réfléchit pas toujours avant d’agir tant il adore l’action et être dans le mouvement du monde. C’est te dire à quel point, cher Spinoza, tes sages conseils tout au long de cette aventure lui seront très utiles.