La sociologue Céline Mounier

Une des présentations d'ouverture à MaisonMix 2016.

Une des présentations d'ouverture à MaisonMix 2016.

La salle est silencieuse, captivée par les propos de la spécialiste de recherche action qui travaille au service Marketing d'Orange. Son bureau est au café numérique d'Orange à Paris, elle travaille pour le site http://dream.orange.fr/

Céline Mounier parle des fragilités des personnes âgées. Elle s'appuie sur un rapport qui s'intitule Lisohasif (Lien social, habitat et situation de fragilité dans la ville innovante à l'horizon 2030).

Ce projet a réuni des personnes d'horizons variés en architecture, bricolage, assurance, vie numérique, chercheurs en management, sociologie et anthropologie. Il a été mené comme un atelier DKCP, en application de la théorie CK conçue sous la direction d'Albert David. La question à laquelle ce projet répondait :

Est-il possible de concevoir des dispositifs innovants de gestion des situations de fragilité ?

Céline Mounier, sociologue chez Orange

Céline Mounier, sociologue chez Orange

Initié par l'assureur Réunica puis AG2R La Mondiale, ce projet visait à agir efficacement dans les métiers du « care ». Lors de la journée de synthèse du projet, Thomas Godart d'AG2R La Mondiale a déclaré :

« Pour agir efficacement dans les métiers du 'care', il faut soutenir sans infantiliser, pallier sans mépriser l'intimité de chacun, injecter de l'empathie dans les solutions qu'on propose aux clients. »

Entendre cela avant de démarrer trois journées de prototypage, c'est forcément inspirant !

« Les fragilités individuelles sont directement corrélées à la faiblesse du lien social dans les collectifs », explique la sociologue d'usages d'Orange. « La notion de fragilité est étudiée dans différentes disciplines, et, partout, exprime l'idée d'un risque de rupture face à des perturbations. Plus précisément, rupture de la participation active, autonome et citoyenne à la vie sociale. Parmi les éléments perturbateurs, on retrouve la maladie chronique, la pauvreté, l'isolement, l'injustice, les troubles psychologiques. »

Céline Mounier ajoute : « Il y a des vieux fragiles et il y a des fragiles pas vieux du tout ! On veut toujours à notre époque tout faire vite, mais les fragilités forcent la lenteur. »

Le rapport a pris deux partis pris :

  • de l'exclusion à l'intégration, du design spécifique au design pour tous ;
  • de l'habitat en tant que bâti au chez-soi dans ses multiples dimensions.

À partir de là, trois concepts projecteurs ont été travaillés : Les nouveaux essentiels du chez-soi, « au fond, il me faut peu de choses pour me sentir chez moi », parcours défragilisant, sécurisant, « je suis plus fort, car je me donne les moyens de maîtriser ma fragilité », et Territoire à énergie sociale positive, « ce territoire-là, il me donne la pêche. » (Il me donne de l'énergie.)

Du travail sur les concepts sont nés sept projets :
L'expédition apprenante de la fragilité ;
Le chezsoiologue ;
L'observation du lien social ;
Le bilan de solidarité dans les copropriétés ;
L'animateur de lien social ;
La chambre qui fait oublier ses fragilités ;
Les robots et les objets connectés.

« La maison est un lieu qui fait oublier ses fragilités, en particulier, peut-être, la chambre. La maison est peuplée d'humains et de robots, y compris éclatés sous forme d'objets connectés, les robots y sont des aidants qui travaillent de concert avec des personnes. Les robots sont eux-mêmes fragiles. Il y a des joyeux aménageurs chezsoilogues qui interviennent. »

Céline Mounier invite à développer l'idée de 'portes entrouvertes à ma guise' pour dire qu'une maison, ce sont des pans, des parois, des portes et des fenêtres sur l'intérieur et sur l'extérieur, et le cocon s'adapte ou je l'adapte ou encore on me propose de l'adapter selon les circonstances et mon besoin de me sentir liée au monde et aux gens. Que ce soit pour écouter des romans lus par d'autres, le digital permet l'autonomie. La maison est ouverte et en son sein la chambre. La chambre, dans les romans, est ouverte, c'est intéressant ça ! 

Si on fait un zoom sur la chambre, elle se peuple des objets du salon quand on devient fragile, y compris la télévision, la domotique et la robotique s'intègrent dans un ensemble rond et douillet, la douche est accessible facilement, ça devient important. La porte connectée obéirait et informerait sur l'extérieur, et rappellerait des échéances. Les objets connectés sont toujours des aidants parmi les aidants et avec eux. »

La sociologue Céline Mounier s'est engagée tout naturellement dans le processus de Maison-Mix, elle apprécie la dimension politique du projet. Maison-Mix permet de développer des habiletés pour imaginer des usages qui amélioreront la qualité de vie et l'autonomie des personnes âgées.