Composition 2 — ELIXIR DE TRANSITION 4.0

Deuxième voyage | Nantes | Bretagne | Novembre 2013
Titre de la composition | Élixir de transition 4.0

NANTES. Trains au petit matin. De Saint-Malo à Nantes en passant par Rennes, la nuit s'étire. Dans cette course vers le jour, les visages ensommeillés des passagers prolongent les temps calmes de la nuit. Peu de bavardages repose. J’anticipe le plaisir de retrouver Le lieu unique. La première fois que j’y suis entrée, j'ai eu l'impression d'être à Montréal, ma ville natale. L’espace est non fini. Indéfini. Donc infini. J’aime ces lieux insolites à la croisée de rencontres improbables parce qu'artistiques.

La Fiole #2 a été créée un vendredi 13 en 2013. Dans un lieu bien connu des amateurs d’art contemporain, Le lieu unique. L'ancienne fabrique des biscuits LU a été réhabilitée par l’architecte Patrick Bouchain en lieu culturel. Avec une intention ambitieuse : transformer ceux qui le traversent. Artistes, musiciens, chorégraphes, auteurs, citoyens s’y donnent rendez-vous pour présenter leurs créations et susciter des échanges. C’est dans ce lieu de croisement que j'ai rendez-vous...  l’exposition en cours s'intitule Danger ! 

Me voici arrivée à la gare de Nantes. Je traverse les deux rues qui me séparent de la grande porte de verre. Une fois à l’intérieur, je me dirige vers le long escalier de bois. Les murs rouges mènent à une salle dans laquelle se trouve un vieux piano, des tables en bois qui dessinent un carré autour d’une colonne métallique rouillée. 

Ils sont une vingtaine se réunissant tous les mois pour explorer le monde des transitions sociétales avec des experts de tous horizons. Pour l'heure, les auditeurs écoutent attentivementle chercheur Serge Galam, directeur de la Recherche au CNRS, physicien, théoricien du désordre et fondateur de la sociophysique. Dans son livre Sociophysics, Serge Galam explique, à partir de modèles mathématiques qu’il utilise pour analyser le comportement des foules en périodes électorales entre autres, à quel point, dans la vie collective, notre comportement se rapproche de celui des atomes. Si nous arrivons à mieux comprendre ces phénomènes, nous serons moins facilement manipulables et apprendrons, c’est le souhait du chercheur, à tirer parti de la richesse et du potentiel de nos interactions sociales.

Serge Galam a expérimenté son modèle pendant plusieurs campagnes électorales sur différents continents. Il est étonnant de constater que plus il s’écoule de temps dans une campagne électorale, plus le doute s’installe, et moins nous sommes enclins à accepter les réformes. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les leaders charismatiques pendant les grandes réunions qui nous influencent le plus, mais nos conversations informelles en petits groupes. En écoutant l’avis des uns et des autres, le doute s’installe. Nous préférons alors protéger nos acquis plutôt que d’oser le changement. Ces modèles pourraient donc être des outils pour faire évoluer la démocratie.

La présentation est suivie d'un déjeuner convivial. 14h30. Voici venu le temps de la création. La petite bande rejoint la salle du matin. Chacun reprend sa place. L'Éprouvette #2 trône sur la table... mais avant la période de bricolage, tentons une courte période d'incubation, d'introspection. L'intelligence collective est plus intéressante lorsque s'établit une connexion entre personnes conscientes de l'importance des intentions à formuler avant de s'engager.

Associé au réseau national des Collèges des Hautes Etudes en Développement Durable, ce collège soutenu par le CESER Pays de la Loire entreprend un cursus sur une année.

De ces premiers deux jours passés ensemble, ils retiennent des valeurs qu'ils souhaitent défendre et incarner et des souhaits qui leur tiennent à cœur de partager et de transmettre dont l'amour, la bienveillance, le don, l'empathie, la fantaisie, la lenteur, l'observation (apprendre à regarder), la solidarité… Ils ont pris le temps d'y réfléchir... inspiré par l'exposition DANGER, Trésors de l'Institut National de Recherche et de Sécurité.

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Déjà, l'histoire de cette exposition a tout pour plaire. Il était une fois Felder et Cizo du collectif Ferraille qui tombent, par hasard, sur de vieilles affiches de l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) réalisées par Bernard Chadebec, figure centrale des affichistes de l'INRS. Le graphiste démontre avec brio que seule la prise en compte d'une composition artistique permet la présence et la lisibilité des affiches dans un environnement professionnel. « Une affiche doit se voir de loin. » Ainsi, comme l'affirment les commissaires, leur efficacité communicationnelle repose sur les mêmes principes que celles utilisées par les avant-gardes de l'art abstrait et conceptuel : minimalisme, sobriété, simplicité du trait, prévalence géométrique, gamme chromatique restreinte, jeux de répétition et de symétrie...

Découvrant le potentiel artistique de ce matériel de prévention, Cizo et Felder en ont fait un ouvrage, Trésors de l'institut National de Recherches et de Sécurité publié chez Les Requins Marteaux (2012). L'exposition présente des affiches réalisées entre les années 40 et le début des années 90 suscitant l'étonnement, le rire, la nostalgie, la consternation...

Mais ce qui valait aussi le détour, ce sont les pièces imaginées par les commissaires eux-mêmes. Les deux artistes-commissaires ont créé de nouveaux territoires de sécurité avec des photographies d'usines fictives apportant une vision décalée et humoristique, nous ramenant au vif des sujets qui seront étudiés par les auditeurs du Collège de transitions sociétales.