Blockchain et Économie

Séance de co-création
6 mai 2016

Dans le cadre du Forum mondial de l'Économie sociale, Communautique s'est vu confier la responsabilité du groupe de travail 'Technologie et Société ouverte'. L'idée a été de profiter de cet événement pour partager la réflexion collective amorcée pour nourrir un projet de recherche : Technologies de confiance (Blockchain), innovation ouverte et gouvernance numérique.

Blockchain et économie, une présentation de Geoffroi Garon-Épaule et une animation de Sylvie Gendreau

Blockchain et économie, une présentation de Geoffroi Garon-Épaule et une animation de Sylvie Gendreau

Le  mouvement des technologies ouvertes et des logiciels libres prend de l’ampleur et propose un changement de paradigme qui ébranlent les façons de faire traditionnelles : FabLabs, chaînes de blocs (Blockchain), badges numériques ou licences de partage, la coopération des usagers et des développeurs ouvrent la voie à des initiatives centrées sur la réponse des besoins. Même si les liens entre innovations sociales et technologiques semblent aller de soi, ils restent à développer. En quoi ces nouvelles technologies peuvent-elles inspirer l’économie sociale ? Et comment ces nouvelles technologies peuvent-elles s’inspirer des pratiques de l’économie sociale ? Ce groupe de travail cherchera à évaluer dans quelles mesures et dans quelles conditions ces technologies ouvertes, dites de rupture, permettent de nouveaux usages à l’économie sociale. À l’issue de cette discussion, le groupe proposera des recommandations au GSEF2016.

L'objectif du projet de recherche consiste à explorer et analyser les enjeux, les usages, les modèles d'affaires et la gouvernance des nouvelles structures organisationnelles autonomes et décentralisées qui émergent avec l'utilisation de la technologie Blockchain.

Geoffroi Garon-Épaule, doctorant entrepreneur et chercheur

Geoffroi Garon-Épaule, doctorant entrepreneur et chercheur

Communautique, un hub d'innovation ouverte (living lab et fab lab), LCA UQAM, Laboratoire de recherche en design communautique et innovation collaborative et Les Cahiers de l'imaginaire, un nouveau média sur l'art et la co-création se sont réunis pour organiser des séances de co-design avec des personnes intéressées à mieux comprendre la technologie BlockChain et ses impacts sur l'humain, l'économie et la société.  

La première rencontre prospective sur ces technologies ouvertes dites de rupture a cherché à évaluer dans quelles mesures ou quelles conditions elles permettent de nouveaux usages par rapport à l'économie. Elle s'est déroulée par une belle matinée ensoleillée dans les locaux de l'UQAM, rue Saint-Denis à Montréal. 

En accueillant les invités, on leur a demandé de réfléchir à la question : Qui suis-je ? avant #blockchain. Moment de recueillement introspectif pour tous, le temps que Geoffroi Garon-Épaule se prépare à présenter ce qu'est la Blockchain à ceux qui ne connaîtraient pas encore cette technologie qui transforme les façons de faire à la vitesse grand V.

D'entrée de jeu, Geoffroi nous explique que, dans le monde d'aujourd'hui, nous avons besoin plus que jamais de tiers de confiance tels que gouvernement, institution, entreprise pour valider des flux de transactions gigantesques. Ces transactions sont validées, certifiées et sécurisées par des organisations centralisées dans tous les secteurs : les transactions financières par les banques, les documents légaux par les gouvernements, des réseaux sociaux par des entreprises (comme Facebook), les diplômes par des universités, etc.

La Blockchain a été inventée, en 2008, en réaction à la crise financière qui a sapé complètement le sentiment de confiance, lire le billet Communautique ou comment réussir à bâtir une société du mieux-vivre ensemble où je parle, entre autres, du film The Big Short qui est d'ailleurs toujours d'actualité sur les raisons qui ont ébranlé la confiance à l'échelle mondiale.

L'inventeur de la Blockchain et du Bitcom se nomme Satoshi Nakamoto. Jusqu'à maintenant personne ne savait qui était cet homme mystérieux, mais depuis le début du  mois de mai 2016, un Australien âgé de 46 ans, Craig Steven Wright, laisse entendre qu'il serait l'homme se cachant derrière ce pseudonyme. Il serait donc le génie qui a inventé cette technologie. Lire le billet sur Satoshi Nakamoto sort de l'ombre ?

En 2009, l'apparition du Bitcoin, un système d'échange de monnaie entre pairs, basée sur la technologie Blockchain, une technologie de stockage d'information décentralisé qui enregistre les actions dans un grand livre partagé à tous sur le réseau — a donné à voir comment le monde des transactions pourrait être, un jour, complètement transformé par ce système.

Le chercheur Geoffroy Garon L'Épaule, a ouvert la séance avec une introduction et une présentation décrivant, ce qu'est la technologie Blockchain. Même si la technologie est complexe et ses applicationsmultiples, il a su simplifier de la manière suivante :  

LES TROIS PROPRIÉTÉS DE LA BLOCKCHAIN

DÉSINTERMÉDIATION
Le consensus remplace la validation centralisée. Elle permet de produire la confiance nécessaire pour que des agents (utilisateurs) échangent sans le contrôle d'un tiers de confiance.

SÉCURITÉ : UN PROCÉDÉ CRYPTOGRAPHIQUE ET L'ARCHITECTURE DÉCENTRALISÉE

L'architecture décentralisée et le code des blocs garantissent l'inviolabilité des informations — sécurité structurelle des informations enregistrées au sein d'une Blockchain : un procédé cryptographique et l'architecture décentralisée.

AUTONOMIE : LA CRÉATION D'UNE CRYPTO-MONNAIE RÉMUNÈRE LES COÛTS D'INFRASTRUCTURES. La puissance de calcul (hash/seconde) et l'espace d'hébergement sont fournis par les nœuds eux-mêmes. L'investissement matériel, la puissance de calcul et l'espace de stockage consommés par le mining sont compensés par l'émission de Bitcoins (ou autre crypto-monnaies).


LES TROIS GRANDS USAGES DE LA BLOCKCHAIN

TRANSACTIONS
finance, commerce, participation citoyenne...

REGISTRES
notaire, gouvernement, citoyenneté...

CONTRATS INTELLIGENTS
(smart contract) avec l'automatisation, la décentralisation et l'autonomie des algorithmes et des objets (Internet des objets, intelligence artificielle, learning machine, Big Data...)


DAO est une organisation autonome décentralisée
(Decentralized Autonomous Organization — DAO)
Il s'agit d'un programme informatique qui scelle dans une blockchain l'ensemble des règles qui régissent une organisation. C'est un outil pour transférer à l'échelle d'une organisation les propriétés de la Blockchain : sécurité, transparence, fluidité. Elle peut s'apparenter à une matrice qui articule une multitude de smart-contracts entre eux.

Il n'est peut-être pas évident de bien cerner le sujet pour tous et de mesurer ses répercussions sur l'économie, mais nous en savons suffisamment pour nous projeter dans l'avenir. Deux exemples qui aident à comprendre avant le démarrage...

SOLARCOIN, Le soleil produit plus d'énergie en une heure que nous consommons à l'échelle mondiale en un an.
LAzooz, New application for ride sharing (application pour co-voiturage qui pourrait tuer Uber) !


Atelier — 1
PERSONA │PERSONA

La deuxième partie de l'exercice Persona, commencé à l'arrivée des participants, consiste en un exercice d'imagination. Comment pensons-nous que la Blockchain peut nous transformer en tant qu'êtres humains ? Qui suis-je après #technoconfiance

Il s'agit d'une réflexion intimiste et personnelle pour cerner les traits de personnalité des personnes qui se mettent en mouvement pour co-créer les nouveaux écosystèmes qui nous transforment.

Après un partage au sein des équipes sur les perceptions de chacun et sur comment il pourrait être transformé par la Blockchain, on se prépare pour la suite. Il n'est pas évident de se projeter dans le futur en si peu de temps... mais tous jouent le jeu. Certains le voit comme un saut dans l'univers : « Des briques et des données et des humains en interaction » dit Josée Belleau. On saute dans l'univers et on d'adapte. D'autres y voient la possibilité de réaliser leurs rêves : « Je choisis ma vie et je la vis pleinement, » dit Suzanne Bédard. La blockchain me permet de réaliser mes rêves de liens avec les autres sans avoir besoin de voyager physiquement. Pour tous, cela représente un saut vertigineux dans l'inconnu... avec l'espoir que cela améliorera l'état du monde.

Curieux d'en connaître davantage, tous sont à l'affût de ce que je Geoffroi leur révélera. Il reprend la suite de son exposé, mais cette fois, il se concentre en illustrant la Blockchain par de nombreux exemples concrets dans divers domaines. Il est alors plus facile de saisir l'étendue et toutes les possibilités de cette nébuleuse.

Il commence avec l'explication du Hyperledger. Il existe, en effet, des bockchains privées que l'on appelle Hyperledger, les entreprises telles que les banques ont été parmi les premières à explorer cette technologie inventée pour en réaction à leurs abus. Vous vous doutez bien que tous les CEOs veulent en savoir davantage au sujet de la Blockchain. C'est à la fois une opportunité et une menace comme l'a déclaré le président d'IBM, Jerry Cuomo.

Pour IBM, la Blockchain est une solution d'interconnexion entre les industries qui permet de rationaliser les processus d'affaires en diminuant le temps de validation et les coûts d'opérations, de créer des réseaux d'entreprises qui partagent de l'information et des actifs (voitures, maisons, contrats, jeux...), de communiquer entre des grands livres (ledger) qui ne sont pas structurés de la même manière s'il s'agit d'informations-clés ou de 'smart contracts' et de conserver de l'information privée, accessible et non-transformable. IBM offre des services aux entreprises comme on peut le voir sur leur site : https://www.ibm.com/blockchain/

Mais ce qui est encore plus intéressant, pour nous, qui nous intéressons à l'innovation sociale, c'est le Blockchain ouvert et accessible à tous.

Vitalik Buterin, un Russe qui a étudié et vécu au Canada, résidant désormais en Suisse est le co-fondateur de Ethereum, https://www.ethereum.org/, une plateforme décentralisée qui exécute des contrats intelligents : applications qui sont programmées pour s'exécuter sans aucune possibilité d'interférence ni de temps d'arrêt, de censure, de fraudes ou de tiers.

À la fin de l'année 2013, Vitalik Buterin publie le livre blanc Ethereum. Dès janvier 2014, c'est le lancement de d'Ethereum et la publication du livre « jaune » de Gavin Wood. Quelques mois plus tard, c'est la création de la fondation suivie d'une ronde de financement qui rapporte 18 millions de dollars. La première version de la plateforme est mise en ligne au mois d'août 2015, la deuxième version en mars 2016. Et deux mois plus tard, en mai 2016, c'est le spectaculaire lancement du DAO — « la mère de toutes les DAO » en mai 2016.


Des entrepreneurs sont déjà en marche... seront-ils les prochains Larry Page et Steve Jobs ?

Slock.it (Christoph Jentzsch, auteur DAO et Stephan Tual, co-fondateur)
Louez, vendez et partagez sans intermédiaires.
Objets connectés + Blockchain + Smart Contract  (Airbnb killer apps)

  • Ubuntu for the Internet of Things (pour l'Internet des objets), Construisez votre stratégie de cloud avec Ubuntu
    • Mobotiq (Google car) ⇒ Robot avec des roues (véhicules autonomes/DAO) modulaire, location et partage.
  • Arcade City, ride sharing (une application de co-voiturage qui tuera Ubber)
  • Backfeed, un système d'opération social pour organisations décentralisées pour permettre la coopération décentralisée. Selon la chercheure à l'origine de Backfeed, Primavera De Filippi, il faut ajouter une couche de confiance à l'infrastructure de la blockchain.
  • PLANTOID, Organisme autonome (DAO) qui se nourrit de Bitcooins pour survivre et se reproduire (vers un autre artiste choisi par la communauté).

Geoffroi Garon-Épaule a aussi donné l'exemple de l'Estonie qui a créé E-Estonia pour attirer des entrepreneurs, le chercheur est devenu un e-resident, il parte de l'expérience sur son blog.

Et finalement l'exemple de Bitnation, governance 2.0 créée par Susanne Tarkowski Tempelholf qui se présente comme une anarchiste. On peut y trouver différents services : assurance, droit, sécurité, diplomatie, services sociaux... on peut même s'y marier !

Avant d'entreprendre les exercices de co-design, retenons, en synthèse la défintion suivante : 

L'utilisation de cette technologie permet potentiellement de transformer radicalement les relations et les processus d'interactions entre les gens et les organisations dans plusieurs autres secteurs de l'économie et de la société. La blockchain permet l'émergence de nouvelles formes d'organisations, les « organisations autonomes décentralisées » (decentralized autonomous organization). Ces nouvelles structures vont générer de nouveaux usages qui confirment un changement de paradigme au niveau des processus décisionnels, de la structuration des organisations et, plus globalement, de la révolution anthropologique en cours dans nos sociétés.


 

Atelier — 2
POPULATION AGISSANTE et MACHINE INARRÊTABLE.

Autre exercice d'imagination, se projeter cette fois collectivement. À quoi pourraient ressembler des projets construits avec la Blockchain et quels en seraient leurs impacts.

Deux grands domaines sont abordés : L'impact sur notre relation avec l'Économie et l'impact sur notre relation Humains-Machines... car, après tout, les logiciels gardent les traces et fonctionnent de manière autonome, une fois que la machine est en marche, elle ne s'arrête plus.

Parmi les projets imaginés, il y a la blockchain pour le développement durable (agir localement pour des retombées globales), une plateforme d'intelligence collective pour échanger des idées et des savoirs (+ de mémoire, de partage d'idées, + d'expériences cognitives)  ; pour une métamorphose de la société (école et habitat vivant et intelligent ; modèle décentralisé adapté à l'usage des drones...  Voilà les premiers traits sont dessinés, nous poursuivrons au cours des deux prochains ateliers.
 

Développez la technologie de confiance avec nous !

La suite le vendredi 3 juin...  suivez-nous sur Twitter et donnez votre avis #technoconfiance


Références : 
La présentation de Geoffroi Garon-Épaule, M.A.
Doctorant - @geoffroigardon - www.geoffroigaron.com
Entrepreneur, Pygmalion numérique
www.pygmalionnumerique.com
Chercheur et doctorant en communication, UQAM
www.lca.uqam.ca
Vice-président, Communautique Living Lab et Fab Lab
www.communautique.qc.ca