L'École des sables au Sénégal

Tout ce qui n’évolue pas meurt.
— Germaine Acogny

C'est un magnifique film qu'ont conçu les réalisateurs montréalais, Vali Fugulin et Martin Morissette, Danser l'espoir : portrait de Germaine Acogny, 2016 présenté au 35e Festival International du Film sur l'Art à Montréal.

Un voyage en terres africaines, au cœur de la brousse, dans l'essence de ce qu'elle a de plus beau : Le cosmos, la nature et la danse. Non seulement la danse traditionnelle, mais l'appropriation de ce riche héritage pour le faire évoluer comme un nouveau souffle de création pour la danse contemporaine africaine : le rêve d'une artiste-chorégraphe, Germaine Acogny.

Aujourd’hui âgée de 70 ans, celle par qui la danse contemporaine a commencé en Afrique, raconte son parcours, son travail avec Maurice Béjart et, surtout, son superbe travail à l’École des Sables au Sénégal. Il n'est pas étonnant que tous les jeunes danseurs d'Afrique rêvent de passer par ce lieu de formation et de création. Au-delà de la danse, on y apprend à vivre et à affronter l'espoir. 

Danser l'espoir : portrait de Germain Acogny, 2016 présenté au 35e Festival International du Film sur l'Art à Montréal.

Danser l'espoir : portrait de Germain Acogny, 2016 présenté au 35e Festival International du Film sur l'Art à Montréal.

La première chose que les danseurs apprennent à L'École des sables, c'est de se saluer les uns les autres et de mettre leur corps en joie. Aucune danse ne peut commencer sans ce rituel, ce moment de rencontre et de communion avec soi, les autres et le lieu où l'on se trouve.

Danser l'espoir : portrait de Germain Acogny, 2016 présenté au 35e Festival International du Film sur l'Art à Montréal.

Danser l'espoir : portrait de Germain Acogny, 2016 présenté au 35e Festival International du Film sur l'Art à Montréal.

La chorégraphe invite les étudiants à se tapoter, se malaxer, se caresser... tout est dans les mains, explique-t-elle. D'abord sur le dos de la personne devant eux, puis sur le tronc d'un vieil arbre magnifique. Elle les invite à voir la sensation que cette expérience fait sur eux, dans leur corps.

POUR LA CRÉATION D'UNE NOUVELLE DANSE

À travers le corps vous pouvez parler, et le corps ne ment pas.
— Germaine Acogny
 

Revenir aux sources pour développer le patrimoine qui a été légué aux Africains par leurs ancêtres. « Prendre l'essence de cette danse basée sur la nature et le cosmos pour en faire une danse urbaine (...) une danse qui progresse et qui peut traduire vos sentiments, » c'est le défi lancé aux jeunes danseurs de l'École des sables. « Avec l'imaginaire et l'essence des danses africaines, on peut arriver à créer une nouvelle danse », affirme la chorégraphe.

Tous les mouvements de la méthode Acogny, fortement inspirée par la nature, sont initiés par la colonne vertébrale. « La colonne vertébrale est le serpent de la vie ou l'arbre de vie. » 

Danser avec une joie, une liberté totale.

Germaine Acogny y a réalisé son rêve en réunissant par la danse toute une génération de jeunes danseurs qui se battent pour faire vivre la danse contemporaine en Afrique. Issus de la danse de rue ou du hip-hop, de la danse traditionnelle ou du contemporain, ils évoluent autour d’Acogny qui, au-delà de la technique exigeante qu’elle leur enseigne, leur apprend la vie.

Un de ses étudiants Richard Adossou, explique que la méthode Acogny est une leçon pour tous et non seulement les danseurs. « Apprendre à danser avec une vraie joie, une liberté totale et garder son énergie. Danser toutes les formes de danse sans perdre son énergie, voilà ce que la méthode Acogny enseigne. Tout le monde devrait apprendre à maîtriser cela pour leur corps, pour leur vie. » 

Danser l'espoir : portrait de Germain Acogny, 2016 présenté au 35e Festival International du Film sur l'Art à Montréal.

Danser l'espoir : portrait de Germain Acogny, 2016 présenté au 35e Festival International du Film sur l'Art à Montréal.

Germaine Acogny pense que si tout le monde devient des robots, la danse va redonner la vie aux gens. Les Africains seront là pour nous enseigner ce que nous avons oublié.

À l'École des sables, on invite les jeunes à venir avec leur savoir, c'est leur patrimoine. Il le partage avec les autres.  « C'est important qu'ils aient leur enracinement pour pouvoir se confronter aux autres cultures même si elles sont africaines. Chaque peuple a sa spécificité et nous n'avons pas les mêmes coutumes. Les danses ne sont pas les mêmes. L'Afrique unit par la danse. Nous avons réussi ce que les politiciens n'ont pas réussi à faire. » conclut la chorégraphe.