David Hockney

Prix du meilleur portrait
au 34e Festival International du Film sur l'Art

  « On n'a pas besoin d'or pour faire de l'art. » — David Hockney

 

« On n'a pas besoin d'or pour faire de l'art. » — David Hockney

Le portrait de David Hockney du réalisateur Randall Wright montre qu'une particularité peut mener loin... Né dans une famille modeste en Angleterre, il n'imaginait pas connaître un tel succès en tant qu'artiste. Après des études au Royal College of Art de Londres, il se lance dans la peinture figurative alors complètement à contre-courant des mouvements contemporains.

David Hockney, atteint de synesthésie, voit des couleurs lorsqu'il entend de la musique. Il utilise la photographie des objets, choisissant des angles différents, des prises de vues décalées les unes par rapport aux autres. C'est ainsi qu'il peint A closer Grand Canyon et nombre de photocollages (A Chair, Jardin du Luxembourg).

À partir de 1960, David Hockney mêle figuration et Pop Art. Lors de la Biennale de Paris, en 1963, il expose des œuvres plus autobiographiques. Il peint des autoportraits et des portraits. C'est l'époque où il rencontre Andy Warhol à New York, autre artiste à faire du figuratif. En 1978, Warhol lui rend visite à Los Angeles et lui suggère de faire sa série de piscines. 

Les techniques de David Hockney consistent à appliquer sur la toile de très minces couches de peinture en aplats qui donnent une impression proche de la photographie. Il approfondit sa technique avec des polaroïds, déplaçant le point de vue et les assemblant différemment.

De 1986 à 1998, il travaille sur une très grande œuvre, Bigger Grand Canyon. Il s'agit de l'assemblage de 60 photographies qui mesure 113 x 322 cm. Il reprend ensuite ces vues sur trois bandes de papier pour les dessiner avec des fusains et des crayons. La peinture finale mesure 207 x 744,2 cm.

À Paris, le Centre Pompidou présente une rétrospective de son œuvre sur les paysages, intitulée : ESPACE / PAYSAGE en 1999. On voit les questions posées et les réponses qu'il apporte, depuis les années soixante, à la représentation des paysages avec d'autres moyens que la perspective linéaire. 

En 2001, il publie l'essai passionnant : Savoirs secrets, les techniques perdues des Maîtres anciens, aux éditions du Seuil.2 Il montre l'utilisation d'appareils d'optique, par de nombreux peintres depuis le XVe siècle.1

C’est en affichant sur le mur de son atelier des photocopies en couleurs des peintures d’avant la Renaissance jusqu’à nos jours, qu’il a vu des différences notables, à partir de certaines époques. En même temps, les dessins de tissus plissés deviennent parfaits, les reflets des armures sont comme des photographies, les personnages qui tiennent une coupe à la main pour boire sont presque tous gauchers. L’utilisation de miroirs est probable.2 

Jan van Eyck sur sa toile « Les époux Arnolfini » montre un miroir convexe représentant ce que voient les personnages qui nous font face, qu'on ne pourrait pas voir autrement. Plus tard certains peintres, comme Canaletto, ne se cachaient pas d’utiliser la « camera obscura », d’autres ont utilisé des jeux de miroirs ou des miroirs concaves qui projetaient l’image sur la toile à peindre. Ses démonstrations sont fascinantes, notamment celle qu’il réalisa à Florence avec ses assistants pour reproduire la fameuse tablette de Brunelleschi. À l’heure où le soleil éclaire la Baptistère devant le Duomo, il a installé un miroir concave à l’ombre du porche qui reproduisait fidèlement l’image du baptistère sur un carton blanc placé devant lui. Comme Brunelleschi lui-même l’avait très probablement fait, en utilisant un miroir pour illustrer l’invention de la perspective.2

En 2005, il revient en Angleterre sur les lieux de son enfance. Dans un vaste atelier dans l'Est du Yorkshire, il peint des paysages en très grands formats. D'abord des aquarelles qu'il présente dans un seul cadre qui contient 36 aquarelles pour montrer l'ambiance générale. Ses peintures ont plusieurs points de vue différents pour permettre au « regardant » d'entrer dans le paysage pour le ressentir comme le peintre qui les observe.

En 2010 il expose à Paris, à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent ses œuvres réalisées sur Iphone et Ipad. 

 

Une grande exposition a été présentée en 2012 à la Royal Academy de Londres, « A Bigger Picture » qui montre de grandes œuvres sur le thème du paysage anglais. Ce sont surtout de très grands formats mais il montre aussi des œuvres réalisées sur un iPad dont il use comme un carnet de croquis avec des possibilités plus étendues. Plus surprenante, la perception d'un paysage par 18 caméras placées à différents points de vue. Il poursuit donc son exploration de la reproduction des paysages, commencée il y a une cinquantaine d'années, sans se contraindre à la perspective. Il multiplie les points de vue sur un assemblage de plusieurs toiles et pense que la peinture est seule à pouvoir donner cette lecture d'un paysage.

David Hockney revient à la Royal Academy cette année avec un nouveau travail remarquable. Embrassant le portrait avec une vigueur créative renouvelée, il offre un aperçu intime du monde de l'art de Los Angeles et des gens qui ont croisé son chemin au cours des deux dernières années. Hockney se détourne cette fois de la peinture et de sa maison de Yorkshire, il est de retour à Los Angeles. Il revient à la contemplation silencieuse du portrait, en commençant par une représentation de son directeur de studio. Au cours des mois qui ont suivi, il a été absorbé par le genre et a invité des personnes de tous les domaines de sa vie à poser dans son studio. Ses sujets —tous les amis, famille et connaissances— personnel de bureau, d'autres artistes, des conservateurs et des galeristes tels que John Baldessari et Larry Gagosian. Chaque travail est de la même taille, montrant son modèle assis sur la même chaise, contre le même fond bleu. Tous ont été peints dans le même laps de temps : trois jours. La virtuosité de Hockney permet à la personnalité de chacun de sauter hors de la toile avec chaleur et immédiateté. À voir cet été si vous êtes à Londres.


Randall Wright est producteur et réalisateur. Il entre à la BBC en 1985 après des études en histoire et en histoire de l’art à l’University College de Londres. 
 
Filmographie | Séries Bookmark (1983), The Great Detectives(1999), Play it Again (2007); John Le Carré: The Secret Centre(2000); David Hockney: Secret Knowledge (2003), 21e FIFA; Freud’s Naked Truth (2010); Sister Wendy and the Art of Gospel (2012) ; Lucian Freud: Painted Life (2012), 32e FIFA.


Références autres que le film :
1. Wikipedia
2. HOCKNEY David, Savoirs secrets, Seuil, Paris 2001