VIVA DADA

Prix du meilleur film éducatif
au 34e Festival International du Film sur l'Art

Le film de Régine Abadia est sensationnel. Entre effets sonores originaux, animations décalées et propos disruptifs... nous revivons l'impertinence et la vivacité de ce mouvement important de la seconde moitié du XXe siècle.

Si DADA est mort sept ans après sa naissance, cent ans plus tard, il vit toujours, dans l'art de la performance. Il a inspiré d'autres mouvements d'activistes créatifs tels que la Beats Generation, le Fluxus, le Punk, Yes Men, Pussy Riot...

Il faut se remettre dans le contexte de la Première Guerre mondiale, une guerre de destruction qu'aucun esprit sensé ne peut admettre. C'est la pensée des jeunes artistes et poètes qui ont fait DADA, un cri de révolte contre les sociétés capables d'engendrer une telle boucherie.

« Nous vivions dans un monde où aucune personne qui est un peu sensible ne pouvait accepter ou approuver, » déclare Hannah Höch à l'origine du dadaïste berlinois.

Mouvement littéraire et artistique bruyant, contestataire et iconoclaste, DADA a été une incroyable explosion créatrice dans les domaines des arts plastiques et de la pensée qui a révolutionné l'art du XXe siècle.

« En 1916, des artistes venus de toute l’Europe se rassemblèrent autour d’un idéal pacifique. Ils s’appelèrent eux-mêmes les dadaïstes. Ce mouvement artistique et littéraire, international et contestataire, a révolutionné l'art du XXe siècle. »

Plusieurs artistes célèbres y ont participé dès les premières heures : Tristan Tzara, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Jean Arp, Man Ray...  L’Europe est morcelée. À l’époque où l’Internet n’existe pas, les dadaïstes créent un véritable réseau. Ils refusent les frontières et les fils barbelés...  Ils cassent tous les codes et s'attirent les fougues de la censure. Ils sont extrêmement créatifs tant avec la langue, la typographie, le graphisme. Après le poème phonétique, ils inventent le poème mathématique. Leur créativité est sans limite. Leurs figures de style font scandale.

Après la guerre, l'esprit est à la fête et à la provocation. Ceux qui ont vécu ce cataclysme dans leur jeunesse ne pensent qu'à se tourner vers la vie avec une espèce de fièvre... Ils veulent créer leur nouveau monde.

DADA est une attitude illogique qui conteste tout : les bourgeois, l’expressionnisme, le cubisme... C'est le mouvement le plus destructeur, le plus insensé, le plus subversif. Ils voulaient tout détruire à commencer par ce qui était conventionnel. Certains journalistes voient les dadaïstes d'un très mauvais œil, mais quand on est artiste ou intellectuel, dans le Paris des années folles, il faut en être.

Paris est cosmopolite. Les boîtes de jazz pullulent à Montmartre et à Montparnasse. Les dadaïstes, eux, choisissent un bar dans une ruelle près de l'Opéra. DADA connaît tout. DADA crache tout. Oui égale Non. Le mot DADA, synonyme de provocation, est présent sur toutes les lèvres.

Mais DADA n'était évidemment pas fait pour durer.  Le mot est rien, c'est un grand nettoyage pour aboutir à rien. 

Un siècle plus tard, une historienne de l’art américaine, Adrian Sdhalter, veut achever le projet du Dada Globe, une idée de Tzara qui a invité les dadaïstes du monde entier à soumettre des autoportraits, des dessins, des photographies d'une œuvre, des mises en page et deux types littéraires : prose et poésie. Comme l'affirme Adrian Sdhalter, après l'analyse des œuvres : « C’est de l’humour qui n’est pas drôle, plutôt désespéré. »

Pourquoi on doit se soucier du Dadaglobe ? Parce que c’est un projet qui a généré énormément de créativité. Sans le Dadaglobe, certaines œuvres n'auraient jamais été créées comme par exemple Le rossignol chinois de Marx Ernst qui est devenu une image phare du surréalisme

Si des luttes d’ego et de pouvoir ont fait que chacun est finalement parti de son côté, il n'empêche que Tristan Tzara avait raison lorsqu'il a écrit : « DADA est un chainon dans le long parcours de la transformation des idées. » Loin d'être mort, cet esprit de rébellion vit toujours aujourd’hui.

Ce film rythmé et éducatif montre à merveille comment ce mouvement s'est construit jusqu'à la finalisation de l’une des œuvres majeures que Tzara n’a jamais pu terminer : le Dada Globe.

Bravossimo à Régine Abadia et à toute son équipe pour ce film vraiment extra, prix du meilleur film éducatif au 34e Festival International du Film sur l'Art. À voir et revoir.

Pour en découvrir davantage sur l'univers Dada à l'occasion du centenaire du mouvement, vous pouvez visiter le site interactif, cabaret digital, www.dada-data.net.


Régine Abadia est réalisatrice de fictions et de documentaires, scénariste et photographe.
 
Filmographie | The Spirit of Gospel (2008) ; Pigalle nuit et jour (2000) ; Dalida, chez nous soyez reine (2002) ; Pourquoi marcher quand on peut rouler ? (2003) ; Berit (2006) ;  Jenny Bel’air (2008) ; Yasmina et Mohammed (2012).