Bill Viola

Un très beau documentaire a été présenté au Festival international du film sur l'art à Montréal. Il avait été produit pour sa rétrospective au Grand Palais à Paris l'an dernier. 

Bill Viola est un artiste reconnu mondialement, il a été parmi les premiers à utiliser la vidéo comme médium en art. Comme tous les vidéastes de cette époque, il s'est beaucoup filmé et investi personnellement. Il devait faire lui-même l'expérience. Il s'intéresse à la douleur des hommes et à leurs passions, ces émotions qui vous submergent. La mort est aussi très présente dans ses œuvres.

Toute sa vie, il a été fasciné par l'eau. À l'âge de six ans, il est tombé à l'eau. Son oncle, qui était là par hasard, lui a sauvé la vie. Il n'a pas eu peur. En fait, il serait resté là, et il aurait été heureux. « Mon expérience a été un traumatisme heureux » dit-il. « Un autre enfant aurait pu être effrayé, mais cela n'a pas été mon cas. » 

Voilà qui explique le rôle central de l'eau dans plusieurs de ses œuvres. Cela semble souvent très paisible puis quelque chose se produit, tout explose. La puissance de la goutte d'eau qui tombe par exemple dans He weeps for you.

Naître et mourir. Apparaître, prendre une identité, assumer cette identité, puis disparaître. Le corps apparaît et plus il avance, plus il est distinct. Lorsqu'il est au premier plan, une pluie l'inonde jusqu'à sa dissolution. Même chose avec l'image du feu sur l'écran à côté. À partir des années 90, apparaît, dans ses œuvres, la notion du temps, de la narration et de l'histoire biblique de l'humanité. « On voit souvent les choses sans vraiment les voir et lorsque nous les voyons nous ressentons des émotions », confie l'artiste.

Dans The sleep of reason, la vie psychique est organisée par des images. Le temps a une relation avec notre conscience. Des images archétypales. Un son — très travaillé — apparaît juste avant le surgissement de l'image. Un travail psychique sur la conscience. C'est à la fois poétique, lyrique et intellectuel. 

Les questions qui intéressent Bill Viola sont des questions métaphysiques et de transcendance. Au moment où la plupart des artistes en art contemporain prône le nihilisme, Bill Viola ramène une fonction à l'art : le pragmatisme. Il lie son sujet au monde de manière presque religieuse. L'artiste n'est pas religieux, mais il croit qu'un lien existe entre le sujet et la réalité.

Sept admirateurs et grands connaisseurs de Bill Viola (né en 1951), y compris Jérôme Neutres, le commissaire de l’exposition au Grand Palais en 2014, commentent l’œuvre du pionnier de l’art vidéo. Ils tentent d’éclairer le parcours spirituel et la quête artistique en relation avec les partis pris technologiques de celui qui se définit comme un sculpteur du temps. Viola répond lui-même aux questions de Jean-Paul Fargier, chez lui, dans son studio à Los Angeles, auprès de sa compagne et collaboratrice de toujours Kira Perov sur les grands thèmes au cœur de son œuvre : vie, mort, transcendance, espace, temps, répétition, ralenti, musique, silence. Le film est illustré d’extraits d’œuvres d’art vidéo de Viola.                                                                                              


Critique de cinéma et ex-maître de conférence à l’Université Paris VIII, Jean-Paul Fargier est cofondateur du Festival international d’art vidéo de Montbéliard. Il a réalisé, depuis 1973, 10 installations vidéo et plus de 100 films documentaires pour la télévision.