Ai Weiwei

L'installation d'Ai Weiwei est composée de 6000 tabourets. Le dernier objet symbolisant la mémoire vive des Chinois, de ce qu'ils ont perdu, de ce qu'ils ont gagné, de ce  qu'ils ont oublié, de ce qu'ils se souviennent.

L'installation d'Ai Weiwei est composée de 6000 tabourets. Le dernier objet symbolisant la mémoire vive des Chinois, de ce qu'ils ont perdu, de ce qu'ils ont gagné, de ce  qu'ils ont oublié, de ce qu'ils se souviennent.

Après vous avoir parlé il y a peu de temps de l'artiste dano-islandais, Olafur Eliasson, l'ami d'Ai Weiwei, le hasard fait bien les choses. Le film EVIDENCE de la productrice et scénariste allemande Irene Höfer est en compétition à la trente-troisième édition du Festival international du film sur l'art à Montréal dans lequel Olafur Eliasson parle du projet qu'il développe avec son ami, The Moon.

En avril 2014 s'ouvrait à Berlin au Martin-Gropius-Bau la plus importante manifestation consacrée à ce jour à Ai Weiwei. Le commissaire a mis plus de deux ans à travailler avec Ai Weiwei et son équipe pour la préparer. Une douzaine de containers ont quitté la Chine pour l'Allemagne. Si l'artiste a pu expédier des œuvres, il n'a pu toutefois quitter son pays pour assister au vernissage de son exposition, et il ne peut, toujours pas, occuper l'atelier qu'il a acquis à Berlin, il y a déjà quelques années, à côté de celui d'Olafur Eliasson.

Composée d’œuvres monumentales, de photos et de vidéos, l'exposition témoigne une fois de plus de sa rébellion face à un régime qui cherche à le bâillonner. Emprisonné en 2011, puis assigné à résidence, surveillé en permanence, accusé de fraude fiscale, privé de son passeport, interdit d’expositions, Ai Weiwei s’exprime surtout via son blog et ses tweets dans son pays. Il tient à rester sur place pour « documenter » le caractère répressif du régime. Dans son atelier, il a reproduit, à l'identique, sa cellule d'incarcération (notez que le Gouvernement chinois, à l'été 2015, a finalement remis le passeport à l'artiste pour qu'il puisse se rendre à Berlin.)

Ai Weiweil nous ouvre les portes de son atelier, situé à la périphérie de Pékin, alors qu’il prépare cette grande exposition berlinoise. Des chats, de la lumière, un grand jardin, des fenêtres... le lieu est convivial. Une petite oasis au cœur de la répression qui l'assaille à l'extérieur des murs de sa maison et de son atelier, dans les rues, les places publiques, les parcs... où chaque fait et geste de l'artiste, chaque déplacement est surveillé et filmé.

La répression, il la vit depuis son enfance. Ses parents, considérés comme des héros à une certaine époque, ont énormément souffert en luttant contre le régime communiste de Mao.

Ai Weiwei lit un poème que son père a écrit lorsqu'il était exhilé à Berlin sur le mur qui séparait la République démocratique allemande de l'est du reste de l'Allemagne.

Comme un couteau,
le mur rompt
la ville en deux,
une moitié à l’est,
une moitié à l’ouest.

Quelle est la hauteur du mur ?
Quelle est son épaisseur ?
Quelle est sa longueur ?

Il ne peut dépasser la muraille de Chine
la blessure d’une nation
que personne n’admire.

Alors qu’est-ce que 3 mètres de hauteur,
50 centimètres d’épaisseur
et 45 kilomètres de longueur

Même s’il était mille fois plus haut
et mille fois plus long
il ne pourrait masquer les nuages,
le vent, la pluie et le soleil
de même qu’il ne pourrait empêcher
les ailes des oiseaux, la chanson des rossignols
ni la circulation de l’eau et de l’air
ni les millions de pensées aussi libres que le vent
le souhait de millions est plus tenace que le temps.
— AI Qing

Ai Weiwei affirme avoir peur, mais il ne veut pas se laisser terrasser par elle. ll ne veut pas être une victime. « La peur ne doit pas nous empêcher d'agir. » Il précise ne pas être un homme politique. Il est simplement un artiste et un être humain qui fait ce qui lui semble être le plus juste pour aider son pays à sortir de la dictature et de la répression. Avec ses nombreuses expositions dans les plus grands musées d'art contemporain au monde, le célèbre artiste, né en 1957, est de loin, un ambassadeur important des droits humains en Chine. Le film d'Irene Höfer permet de diffuser largement ce témoignage. Espérons qu'il sera acheté par de nombreux diffuseurs.