Musings on a Glass Box

Musings on a Glass Box (Ballade pour une boîte de verre), Diller Scofidio + Renfro en collaboration avec David Lang et Jody Elff.

Musings on a Glass Box (Ballade pour une boîte de verre), Diller Scofidio + Renfro en collaboration avec David Lang et Jody Elff.

En arrivant, si on regarde à gauche, on pourrait croire qu'il n'y a pas d'exposition. La grande salle du rez-de-chaussée est dénudée comme on la voit rarement. Un seul élément attire notre attention : un seau rouge perdu dans l'espace. De loin, il est si quelconque qu'on pourrait penser que le sol vient d'être nettoyé, on cherche presque la serpillière ! Ou peut-être y a-t-il un souci avec la toiture. Une fuite ? Surtout que ce jour-là, il pleuvait abondamment comme c'est souvent le cas à Paris en décembre.

Musings on a Glass Box (Ballade pour une boîte de verre) de diller Scofido + renfro à la fondation cartier à paris - OCTOBRE 2014 - FÉVRIER 2015

Musings on a Glass Box (Ballade pour une boîte de verre) de diller Scofido + renfro à la fondation cartier à paris - OCTOBRE 2014 - FÉVRIER 2015

C'est la première fois que je peux apprécier, à ce point, les détails du bâtiment de Jean Nouvel, la première fois que je le vois aussi dénudé. Et puis, j'entends une ponctuation sonore... une goutte est tombée du plafond et voilà que le seau se déplace dans l'espace. Lorsqu'il s'arrête, une autre goutte tombe ! Et le seau repart, s'arrête à nouveau, et encore une goutte. Chaque fois, le son de la goutte est amplifié et se mêle à une musique électro planante. En même temps un autre phénomène advient... la vapeur d'eau qui embuait les parois de verre se dissippe. On découvre, peu à peu, la verdure et les arbres  du jardin à l'extérieur. Tous ces changements sont à la fois subtils et amusants... ils attirent l'attention sur des détails du bâtiment. C'est bien là tout l'esprit de Diller Scofido + Renfro.

Nous voulions jouer de manière espiègle, avec le bâtiment de Jean Nouvel et certains de ses systèmes : sa peau, sa plomberie, son acoustique.
— DILLER SCOFIDIO + RENFRO

Ma joie était presque enfantine lorsque j'ai appris que la Fondation Cartier avait invité les artistes et architectes new-yorkais, Diller Scofidio + Renfro pour célébrer le trentième anniversaire de la fondation. J'étais curieuse de découvrir leurs installations. Ils ont le don d'étonner avec un soupçon de légèreté. Leurs œuvres sont toujours percutantes d'intelligence et de sensibilité. C'est la troisième installation qu'ils créent dans le bâtiment de Jean Nouvel. La trame sonore ajoute à l'installation, elle a été composée avec les musiciens David Lang et Jody Elff.

La médiatrice qui nous a reçus ce jour-là parle de l'installation et de la réaction du public avec passion, ses propos rendent l'expérience encore plus complète et intéressante. Avec Diller Scofidio + Renfro, tout est en nuances et en finesse, il faut s'arrêter pour saisir la chorégraphie des interactions afin que rien ne nous échappe.

La médiatrice de l'expostion Musings on a Glass Box (Ballade pour une boîte de verre) de diller Scofido + renfro à la Fondation Cartier à Paris.

La médiatrice de l'expostion Musings on a Glass Box (Ballade pour une boîte de verre) de diller Scofido + renfro à la Fondation Cartier à Paris.

Renversant les conventions du « white cube » et repoussant les limites de l’architecture, les espaces d’exposition en verre créés par Jean Nouvel pour la Fondation Cartier interpellent artistes et commissaires d’exposition depuis vingt ans. Dans les années 1990, les grandes parois transparentes du bâtiment étaient à la pointe de la technologie du verre qui visait à atteindre l’un des objectifs principaux du modernisme : dématérialiser le mur et relier sans rupture apparente intérieur et extérieur. Musings on a Glass Box (Ballade pour une boîte de verre) vide les salles du rez-de-chaussée afin de les exposer. Leurs qualités visuelles et acoustiques sont soulignées par des interventions dans les systèmes de plomberie et d’électricité du bâtiment et sur ses façades. Jouant avec les notions de temps qui passe et d’usure, le projet part d’une simple fuite sournoise au niveau du plafond. S’ensuit une réaction faisant intervenir un seau, un chœur, des capteurs, des éléments de robotique et de communication à distance, de la vidéo et des effets sonores en temps réel. Les deux salles du rez-de-chaussée sont ainsi reliées entre elles par une boucle autoalimentée. Des événements minimes se produisant dans la grande salle sont amplifiés dans la petite, rendant ce qui est familier étrange et troublant, et transformant le banal en grotesque.
— DILLER SCOFIDIO + RENFRO
'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO À LA FONDATION CARTIER

'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO À LA FONDATION CARTIER

Dans la deuxième salle, il y a des transats qui roulent afin que l'on puisse se glisser sous les écrans suspendus. On y observe ce qui se passe dans l'autre salle. Nous devenons voyeurs ou 'capteurs' des réactions de ceux qui se penchent sur le seau puisqu'il y a une caméra à l'intérieur.

Allongé, on voit aussi le bâtiment autrement, à une hauteur inhabituelle. Cela change la perspective. L'expérience est très ludique.

'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO À LA FONDATION CARTIER

'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO À LA FONDATION CARTIER

'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO À LA FONDATION CARTIER

'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO À LA FONDATION CARTIER

Photographie de la fondation cartier - EXPOSITION 'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO

Photographie de la fondation cartier - EXPOSITION 'BALLADE POUR UNE BOÎTE DE VERRE' DE DILLER SCOFIO + RENFRO

Les fondateurs du studio Elizabeth Diller et Ricardo Scofidio se distinguent depuis près de quarante ans dans différents domaines : édition, vidéo et installations conceptuelles, commissariat et scénographie d'exposition, théâtre expérimental et danse, ainsi qu'architecture.

Photo courtesy Diller & Scofidio

Photo courtesy Diller & Scofidio

Le Blur Building est une de leurs œuvres les plus connues : land art architectural doté d'un environnement sonore conçu par l'artiste et compositeur Christian Marclay. Cette œuvre, commandé pour la Swiss expo en 2002, consistait en un nuage artificel installé sur le lac de Neuchâtel.

Pour mieux les connaître, lire le reportage sur le documentaire réalisé sur leur travail en 2013.

Notre premier projet à la Fondation Cartier, Master/Slave, mettait en scène la collection de robots de Rolf Fehlbaum dans la grande salle du rez-de-chaussée. Au milieu de la salle, nous avions imaginé une vitrine géante inspirée de la forme du bâtiment. À l’intérieur de cette vitrine, cent robots animés paradaient sur un circuit compliqué, propulsés par un tapis roulant d’usine pharmaceutique. De minuscules caméras vidéo capturaient des vues détaillées qui étaient retransmises via un réseau d’écrans de surveillance. Les observateurs étaient piégés entre le mur de verre de la vitrine et le mur de verre de la galerie, visible depuis la rue. La deuxième installation, Exit, avec Laura Kurgan, Mark Hansen et Ben Rubin, a été créée en étroite collaboration avec Paul Virilio pour Terre Natale, Ailleurs commence ici. Cette exposition s’appuyait sur une réflexion autour des trajectoires des migrations humaines provoquées par des causes politiques, économiques et environnementales. Physiquement, Exit se présente comme une vidéo immersive, utilisant des statistiques issues de centaines de sources de données. Chaque donnée est traduite par un pixel, géocodée et transcrite visuellement à travers un langage de programmation. L’animation visuelle de l’œuvre est ainsi entièrement produite par des données. C’est une expérimentation sur la narration. Nous pensions que la visualisation de données, par son caractère abstrait, pouvait porter en elle un contenu émotionnel fort et devenir un médium de storytelling aussi efficace que la littérature ou le film. La vidéo panoramique exigeait un espace contrôlé par la lumière et le son, nous avons donc dû occuper les espaces du sous-sol. Pour le trentième anniversaire de la Fondation Cartier et le vingtième anniversaire du bâtiment de Jean Nouvel qui l’abrite, nous nous concentrons à nouveau sur les espaces d’exposition du rez-de-chaussée. Notre stratégie est de vider les espaces d’exposition, afin que les murs de verre du bâtiment, ses systèmes mécaniques et son acoustique puissent être mis en valeur. Ici, le sujet et l’objet ne font qu’un.
— DILLER SCOFIDIO + RENFRO

— UNE HISTOIRE D’INNOVATIONS

La Fondation Cartier collabore avec Elizabeth Diller et Ricardo Scofidio depuis plus de vingt ans. En 1992, le duo présente l’installation Para-site dans le cadre de l’exposition Machines d’architecture, qui explore, autour de Daniel Liebeskind et de dix autres architectes internationaux, une conception expérimentale de l’architecture comme outil de réflexion sur l’espace contemporain. Pour l’exposition Un Monde réel en 1999, ils explorent la relation entre réalité, fiction et science-fiction dans l’installation Master/Slave. Cette œuvre met en scène les robots de la collection de Rolf Fehlbaum, président émérite de la société Vitra. Placés sur un tapis roulant qui les fait passer à travers une machine à rayons X, ces robots sont abrités dans une grande cage en verre rappelant à dessein le bâtiment de la Fondation Cartier, qui est aujourd’hui au cœur de leur nouvelle installation Ballade pour une boîte de verre. Illustrant la préoccupation permanente de Diller et Scofidio pour la surveillance et la technologie, Master/Slave a été le point d’orgue de l’exposition rétrospective consacrée à leur œuvre au Whitney Museum of American Art de New York en 2003.

 

Enfin, leur installation Exit, basée sur une idée du philosophe et urbaniste Paul Virilio et créée en collaboration avec Mark Hansen, Laura Kurgan et Ben Rubin, était une pièce majeure de l’exposition Terre Natale, Ailleurs commence ici en 2008. Grâce à un écran circulaire créant un environnement immersif, Exit propose une représentation des causes et des effets des migrations de population dans le monde sous la forme de cartes dynamiques. Cette œuvre innovante illustre la capacité unique du studio Diller Scofidio + Renfro à fusionner recherche, technologie et design pour produire des œuvres marquantes. —

Pour aller plus loin...