LUCIEN HERVÉ, photographe malgré lui

Dans le film du réalisateur belge, GERRIT MESSAIEN, Lucien Hervé attribue sa façon particulière de photographier à sa construction mentale et à sa rigueur. L'outil qui lui a été le plus utile au début de sa carrière sont les ciseaux. Il découpait pour éliminer le superflu. Avec sa volonté de dépouillement et son désir d’abstraction, il a forgé un style photographique très différent de celui de ses contemporains.

Considéré comme l’un des principaux photographes d’architecture du XXe siècle, ce Juif hongrois immigré en France fut le photographe attitré de Le Corbusier entre 1949 et 1965. Ils sont rapidement devenus amis, partageant la même recherche harmonique des problèmes posés. « C’est dans le détail que l’architecture prend forme. Le photographe est comme le chef d’orchestre qui respecte scrupuleusement l’intention du compositeur. »

« La photographie, explique-t-il, permet de comprendre le phénomène de l’architecture. La couleur noire n'est pas un décor, c’est une créatrice d’espaces. Noir et blanc sont des couleurs. L’ombre et la lumière sont les haut-parleurs des formes. Nous photographions de l’intérieur vers l’extérieur en suivant le soleil. Aucune architecture ne sépare du paysage.  »

Lucien Hervé photographie les grands chantiers parisiens, du siège de l’Unesco à la pyramide du Louvre. Ses cadrages en plongée, ses vues en oblique sont sa signature. Il collabore également avec les architectes Alvar Aalto, Oscar Niemeyer et il est reconnu pour ses très belles images de Chandigarh, Brasilia ou du Thoronet.

« Il y a toujours de l’humain dans l’architecture », conclut le photographe qui toute sa vie, a appliqué à lui-même la dialectique d'Héraclite : poser toutes les questions.


Lucien Hervé, photographe malgré lui
BELGIQUE / GERRIT MESSAIEN / 2012 / COULEUR, N. ET B. / 54 MIN / FRANÇAIS
Le documentaire a reçu une mention spéciale au 32e Festival international du film sur l'art, 2014.