DANSER SA VIE

DANSER SA VIE
      ART et DANSE de 1900 à nos jours

      sous la direction de Christine Macel et Emma Lavigne
      Exposition au Centre Pompidou, Paris, 2012.
   

À une époque où il nous faut créer du lien pour réinventer nos modes de vie, il y a une belle inspiration à puiser dans l'exposition qui s'est déroulé au Centre Georges Pompidou sur ce qui unit les arts plastiques et la danse depuis la fin du dix-neuvième siècle jusqu'à nos jours.

Performance d'entrée de jeu. Un danseur rampe au sol entre deux grands écrans sur lesquels d'autres danseurs exultent. Le ton est donné. Sur plus de 2000 mètres carrés, on se faufile entre corps dansants, rythmes et sons, entre toiles, installations, sculptures, photographies, vidéos. Tout bouge autour de nous. Le dialogue entre films d'artistes, captations audiovisuelles de spectacles, performances, documents d'archive et grands chefs-d'œuvre de l'art moderne de Matisse à Picasso en passant par Nolde et Kirchner... est incessant.

Pablo Ruiz Picasso L’Acrobate bleu, 1929 Fusain et huile sur toile - 162 x 130 cm Collection Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (en dépôt au Musée Picasso, Paris) © Succession Picasso.

Pablo Ruiz Picasso
L’Acrobate bleu, 1929
Fusain et huile sur toile - 162 x 130 cm
Collection Centre Pompidou,
Musée national d’art moderne
(en dépôt au Musée Picasso, Paris)
© Succession Picasso.

Les 450 œuvres font revivre le XXe siècle dans l'art du mouvement. Une traversée qui coupe le souffle et en donne... Il est impressionnant de constater à quel point cet art éphémère a marqué l'avant-garde artistique.

Le président Alain Seban a voulu revenir à la tradition beaubourienne des grandes manifestations transdisciplinaires. Voici un exemple où les artistes collaborent en débordant de leur simple et stricte discipline et réussissent à créer quelque chose de neuf.

Comme l'explique Emma Lavigne, commissaire de l'exposition avec Christine Macel : « Il y a bien évidemment des œuvres qui représentent la danse, mais le cœur du sujet est plutôt de voir comment la danse a généré de nouvelles formes picturales, plastiques, photographiques... et, inversement, comment les arts plastiques ont inspiré les chorégraphes et les danseurs pour inventer de nouvelles formes. C'est l'influence réciproque des médiums qui nous a intéressées. Nous avons voulu montrer comment l’art et la danse ont réinventé l’art du corps en mouvement».

Un parcours en trois actes: LA DANSE COMME EXPRESSION DE SOI, DANSE ET ABSTRACTION, DANSE ET PERFORMANCE qui permet de comprendre la réciprocité des échanges entre les arts plastiques et le geste chorégraphique depuis les années 1900 jusqu'à aujourd'hui.

« Je n'ai fait que danser ma vie »: ces mots de la danseuse Isadora Duncan, pionnière de la danse moderne, ont donné le titre à l'exposition Danser sa vie.

Nicolas Floc’h Performance painting #2, 2005 Vidéo HDV, 16/9e, couleur, sonore, 9’ Interprète Rachid Ouramdane  Édition 1/3 Reims, Frac Champagne-Ardennes  © Adagp, Paris 2011

Nicolas Floc’h
Performance painting #2, 2005
Vidéo HDV, 16/9e, couleur, sonore, 9’
Interprète Rachid Ouramdane
 Édition 1/3
Reims, Frac Champagne-Ardennes
 © Adagp, Paris 2011


« La danse a été ce fantastique détonateur », précise Emma Lavigne « on peut le sentir dès le début de l'expédition où l'on voit combien les artistes, les photographes comme Muybridge, les sculpteurs comme Rodin ont été fascinés par la transcription du corps en mouvement à travers plusieurs séquences, plusieurs sculptures et comprendre comment à travers les mouvements du corps, le corps devenait une sorte de sismographe de la société contemporaine.

« On sent à un certain moment qu'on est à un stade intermédiaire où il y a une confusion tellement forte que l'on ne saurait dire s'il s'agit d'une œuvre plastique, d'une performance chorégraphique. Ce qui nous intéresse vraiment c'est ce moment où le corps est complètement réinventé. »

Le catalogue est aussi une mine foisonnante d'informations : Tout au long du 20e siècle, aussi bien dans l'art que dans la danse, une tendance expressionniste privilégie l'exaltation de la subjectivité manifestée par le corps débarrassé de ses carcans. Cette nouvelle subjectivité est explorée à travers la naissance de la « danse libre », dégagée du ballet classique par l’Américaine Isadora Duncan. En Allemagne, dans la droite lignée de la conception nietzschéenne du corps comme « je en action », à l’heure de l’expressionnisme et de la Freikörperkultur (la culture du corps libre), ce sont de riches échanges entre artistes et danseurs qui se nouent et qu’incarnent, par exemple, la danseuse Mary Wigman et les peintres Ernst Ludwig Kirchner et Emil Nolde. Tandis qu’en France, Henri Matisse et André Derain font du corps nu qui danse le creuset de leur renouveau pictural.

De Vaslav Nijinski à Matthew Barney, de Mary Wigman à Pina Bausch, l’art contemporain va dialoguer avec les chefs-d’œuvre modernes.