BRANCUSI

ILM FRANCE/2013/COULEUR, N. ET B. / 26 MIN / FRANÇAIS

Le film BRANCUSI d'Alain FLEISCHER consacré à l'atelier Brancusi à Paris a remporté le prix du meilleur essai au 31e Festival international du film sur l'art à Montréal.

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Dès les premiers plans de caméra, le ton est juste. La lumière, au premier plan, est si bien étudiée qu'on a l'impression d'y être. Notre regard se pose entre les clairs-obscurs de l'atelier. On découvre, admire, attend. On pénètre dans l'univers de Brancusi à pas feutrés, ayant presque l'impression que nous pourrons échanger avec l'artiste qui a poussé l'abstraction sculpturale jusqu'à un stade jamais atteint dans la tradition moderniste et qui a ouvert la voie à la sculpture surréaliste ainsi qu'au courant minimaliste des années 60. L'atmosphère qui s'en dégage, nous y replonge de facto. Nul besoin de savoir qui est derrière la caméra, on sait déjà qu'il s'agit d'un maître. Et pour ceux qui  connaissent Alain Fleischer, on reconnaît sa signature sensible et artistique.

À son décès en 1957, l'artiste lègue la totalité de son atelier du XVe arrondissement à l'État français. En 1996, l'atelier est reconstruit à l'identique sur la place du Centre Pompidou. Le film d'Alain Fleischer le donne à voir mieux que si on y était. Sa caméra glisse sur les contours des sculptures, le jeu d'ombres et de lumières magnifie chaque coin et recoin de l'espace.

L'œil du cinéaste-photographe-écrivain est aguerri, les sensibilités du cinéaste et du sculpteur roumain se superposent jusqu'à se fondre. Le film est une œuvre sur l'œuvre. Alain Fleischer a filmé en artiste complice des visées perfectionnistes du sculpteur qui ne laissait rien au hasard dans cet atelier qui lui servait aussi de lieu d'exposition. Chaque mise en espace était étudiée pour préserver l'épure de l'œuvre, l'axe, souvent légèrement désaxée, avec un grand soin apporté à la lumière. Jamais de surcharge. Une épure qui fit scandale à l'époque.

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Les transpositions d'Alain Fleischer sont toujours créatives et réussies dans le respect de l'essence même du sujet qu'il traite. Brancusi aurait adoré être filmé par ce cinéaste expérimenté. À ses propres images de l'atelier reconstitué, Alain Fleischer ajoute des extraits de films de l'artiste. C'est Man Ray qui avait convaincu son ami de filmer son travail. Dans un des extraits, Brancusi dit : « Créer comme un dieu, travailler comme un esclave. » On le sait, le désir ne suffit pas, l'acharnement fait partie du jeu.

Les muses de Constantin Brancusi sont souvent des danseuses qui font aussi dans l'épure de gestes libres et élégants. Elles accompagnent subtilement la visite de l'atelier. Tantôt filmées par Brancusi, tantôt par Alain Fleischer, elles sont de jolis traits d'union pour passer d'un temps à l'autre.

Alain Fleischer a créé et dirige à Tourcoing Le Fresnoy — Studio national des arts contemporains. Il est un habitué du Festival international du film sur l'art de Montréal. Son film À la recherche de Christian B. (1990), a reçu le Grand Prix du 8e FIFA ; Pierre Klossowski ou l'éternel détour (1996), primé au 15e FIFA ; Le roi Rodin (2002), 21e FIFA ; Le frivole et le complexe — la dentelle d'Alençon (2007), primé au 26e FIFA ; Anthony Carol, la sculpture comme religion (2008), primé au 27e FIFA, Choses lues, choses vues (2009), 28e FIFA ; Immersion — Un solo de Carolyn Carlson (2011), 30e FIFA ; Yann Kersalé, les aventures de la lumière (2012), 31e FIFA.

Le FIFA lui rendait hommage en 2002 et pour cause. Prolifique tant avec ses pinceaux de lumière qu'avec sa plume, Alain Fleischer est un artiste plus grand que nature qui a la grande générosité de parler des autres artistes comme nul autre sait le faire. Il laisse de belles traces sur les artistes et leur relation à l'art et à l'amour... quelle chance pour ceux qui croisent sa route au Studio national des arts contemporains à Tourcoing !