FRAC-Bretagne

Construire est certainement l'un des actes les plus importants pour structurer une ville. Les formes et les matériaux importent. Mais aussi les mouvements que l'architecture permet, encourage, prévient, empêche.
   

 

photo : Pierre Guité

photo : Pierre Guité


 

 

 

 

 

 

 

Les symboles que l'ensemble donne à voir, à imaginer, à communiquer. La relation que le bâtiment entretient avec ce qui l'entoure. Tout cela contribuera à l'urbanisme d'une rue, d'un quartier, d'une ville. S'il s'agit d'un bâtiment public fréquenté par des centaines, voire des milliers de personnes, le geste de construire est encore plus grave. Son impact va bien au-delà de son utilité et de son esthétisme. Il participe aux attitudes et aux comportements. Il influe sur la convivialité et l'intelligence des uns et des autres.

UN LIEU D'ART POUR L'ART.

 

Temple de nos sociétés modernes, les musées favorisent la réflexion, la méditation, l'inspiration, la connaissance. Leur construction revêt une importance de premier plan. Un nouveau musée — surtout s'il est innovant — crée l'événement et s'inscrit dans les tendances artistiques de son époque. Il impactera une ville dans le temps. Une architecture réussie vieillira bien en jouant son rôle de témoin et de mémoire vivante.

C'est l'architecte ODILE DECQ qui a remporté le concours pour construire le premier grand musée d'art contemporain 'nouvelle génération' de France en Bretagne. L'architecte à qui l'on doit, entre autres, le Musée d'art contemporain de la ville de Rome, MACRO, le restaurant tout en courbes de l'Opéra Garnier, le Phantom, et le musée géologique de Nanjing en Chine a conçu une œuvre à la fois sobre et spectaculaire qui rehausse la ville entière. Le nouveau bâtiment crée une diagonale avec le cube noir des archives départementales qui était jusque-là bien isolé.

photo :  Rolan Halbes / Région Bretagne

photo :  Rolan Halbes / Région Bretagne

Il allait presque de soi que l'architecte-urbaniste-artiste ODILE DECQ gagne ce concours. D'une part, pour la qualité de ses réalisations antérieures. D'autre part, parce qu'elle est une enfant du pays qui a reçu ses premières reconnaissances nationales et internationales, au tout début de sa carrière, grâce à la construction de la Banque Populaire de l'Ouest (1988-1990), réalisée en collaboration avec Peter Rice pour la façade.

Cheveux de jais, yeux soulignés de noir, vêtue de noir, ODILE DECQ a réalisé une œuvre qui lui ressemble. Sobre, sensuelle et en tension. Le noir mat ou brillant met en scène la lumière, la nature et l'art avec une sobriété et une poésie séduisantes. À l'instar de sa tenue et de son maquillage d'inspiration gothique  qui mettent en exergue la couleur diaphane de sa peau blanche, son architecture en est une de constrastes. «Notre projet réinterprète l'idée duelle et apparemment contradictoire, de la nécessaire inscription urbaine et de l'échappée immatérielle, du naturel et de l'artificiel, du lourd et du léger, de l'ombre et de la lumière.»

Côté prouesses architecturales, le défi est plus que relevé.  La grande galerie d'exposition de 500 m2 est entièrement construite en porte-à-faux : sans pilier de soutènement, elle flotte littéralement au-dessus du hall d'entrée.

Photo : Roland Halbes / Région Bretagne

Photo : Roland Halbes / Région Bretagne

Côté expérientiel... le lieu permet de belles rencontres tant avec l'art qu'avec les autres promeneurs-regardeurs. Le concept de déambulation verticale fonctionne. Tous les lieux sont conçus pour entraîner les visiteurs dans un parcours au long cours. « Aspirées vers le haut ou mises en abîme, les perspectives sont tangentielles et enchaînent les points de vue séquentiels. »

Photo : Roland Halbes / Région Bretagne

Photo : Roland Halbes / Région Bretagne

On découvre les paysages urbains qui l'entourent : le ciel, le parc et l'œuvre monumentale d'Aurélie Nemours.

La promenade est agréable et poétique avec les clairs-obscurs qui se tamisent selon l'heure du jour.

Seul bémol, l'écologie. Il semble encore  difficile pour les grands architectes de talent d'intégrer à leur pratique les concepts d'écologie. La biosphère, pourtant, ne peut plus tolérer nos façons de vivre. Souhaitons que les prochains musées du XXIe siècle en tiennent compte et permettent d'innover sur ce terrain aussi. Il y a tant de génie dans la réalisation de ce lieu d'art... un pas de plus aurait pu le rendre révolutionnaire côté énergie. Si seulement ces surfaces avaient pu capter et stocker l'énergie, le monde entier aurait pu s'en inspirer.

L'écologie ne doit surtout pas nuire à l'esthétisme qui est tout aussi important. Il est essentiel de donner à voir le Beau. Un musée est un écrin pour d'autres œuvres, mais il est aussi une œuvre dans la ville qui donne accès à tous à l'art. Cela élève de voir la beauté de ce bâtiment dans un quartier qui jusque-là semblait chercher sa personnalité. Une si belle œuvre doit en inspirer d'autres.
   

Le Fonds d'art contemporain de Bretagne, créé en 1981, premier réseau national ayant pour mission de constituer une collection de référence, représentative de la diversité de l'art contemporain, pourra donc poursuivre sa mission de précurseur pour promouvoir toutes les formes de créations artistiques dans un lieu à la hauteur de ses aspirations.

www.fracbretagne.fr